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Situation de cette note

Un ami m'a fait remarquer que j'utilise souvent l'expression d'Apophatique Générale pour désigner l'ensemble de la philosophie d'Alan Watts, sans donner plus de précisions.

Que je suis actuellement occupé ailleurs. (J'écris une sorte de roman.)

Qu'intuitivement, les lecteurs habituels, les familiers de l’œuvre et de la vie d'Alan Watts comprennent très bien ce que je veux dire par là, ou du moins de quel côté j'invite à regarder (et, souvent, dans leurs propres vies y vont -de ce côté là.

Que je ferais bien, toutefois, à l'intention des nouveaux amateurs de ce philosophe hors normes, "philosophe en liberté" comme il aimait lui-même se qualifier, -et en attendant un ouvrage complet-, de préciser au moins d'où me vient cette expression.

 

Je me propose d'apporter ici cette précision :

L'idée de cette expression, de cette étiquette, -car ce n'est d'abord que cela-, vient de deux-trois associations d'idées évidentes :

A- La Théologie mystique de Denys le pseudo Aréopagite, que traduisit du grec et commenta sommairement Alan Watts pour l'obtention de son Doctorat de Théologie

B- La Sémantique générale de J. Korsybski, à laquelle il s'est maintes fois référé pour expliquer ou exploiter certains paradoxes de la littérature Chan/Zen quand elle vise au ko'an (ou Kong-an) ou encore au "hua tu" (qui est justement une "mise en doute")

C- Une grande partie de l'ésotérisme guénonien peut être considéré comme une variété d'apophatisme (pour peu que l'on cesse d'y voir de mystérieux codes pour initiés de Service Secret)

 

En matière de référence textuelle, on notera aussi qu'Alan n'hésita pas à dire et réitérer que Shankara et Nagarjurna visent une même réalité (ceci au grand scandale des érudits).

 

Affaire de donner une définition :

Quand Alan Watts, dès le 1°Chap. de "Psychothérapie en Orient et en Occident" nous dit que

"les idées que nous avons du monde et de nous-mêmes (ne sont que) des conventions sociales, et que les institutions ne sont pas à confondre avec la réalité. Les règles de communication ne sont pas nécessairement les règles de l'univers, et l'homme n'a pas le rôle ou l'identité que société entend lui donner", il définit là ce que je me suis permis d'appeler "Apophatique Générale".

 

En pratiquant un "aller-retour" entre cette "définition" et les points A, B et C, toute la philosophie d'Alan Watts s'y récapitulerait. Les commentateurs, les critiques (élogieuses ou non) se sont généralement attachés à un seul aspect de sa démarche, notamment son rôle dans la propagation du Zen en Occident, sa dénonciation de la société moderne et sa proposition d'un style de vie qui sorte du "métro-boulot-dodo" & costume trois pièces cravate ou le psychédélisme et la mode hippie...

 

En restant dans le cadre restreint de cette note, le point central de sa démarche peut se désigner par "modification de la conscience". Toute sa conscience d’Être au monde. Alors, conscience de Dieu ? Mais qu'est-ce que C 'Est que ça que l'on formule par le mot Dieu ? Et, Conscience sociale ? Et, Conscience de soi ? Expansion de "ma conscience à moi" ou autre conscience de celle du "moi-je" ?Etc.

Quelle est ma prière la plus fréquente : voir Dieu sans mourir ou voir la fin de "La Crise" ?

 

Enfin, -au final-, Alan Watts nous dit que la seule "modification" serait d'accepter que cette partie de "moi" qui voudrait changer son "moi" ou "le monde" est précisément celle aurait besoin d'être "modifiée" en Joyeuse Acceptation & Cosmologie de ce qui Est, de ce qui est là, tout de suite, ou "ici et maintenant" selon la formule habituelle. Mais, là aussi, tout change spontanément, et Watts était d'accord avec Aldous Huxley selon qui "toute formule verbale peut devenir, pour celui qui la prend trop au sérieux et l'adore avec idolâtrie comme si elle était la réalité symbolisée par les mots, un obstacle sur la voie de l'expérience immédiate."

 

Qui lit cette présente note, -celle-ci devant ses yeux-, a la possibilité de saisir "Alan Watts" dans un moteur de recherche ; il peut être sûr de trouver opinion à son goût, mais doit savoir bien sûr aussi que la saveur du taoïsme chan/zen s'expérimente et ne se "pense" pas.

La "carte n'est pas le territoire", O.K ?.

Et, les panneaux indicateurs servent à quoi, sinon à marcher, à prendre la route - peu importe laquelle du reste...

 

Laozi, et bien d'autres vieux taoïstes l'avaient admis : Le Tao (dit) Tao n'est pas Le Tao. Le Nom (que l'on verbalise) du Nom n'est pas (la chose du) vrai Nom.

道 可 道 非 常 道
名 可 名 非 常 名

dit-on en chinois et lire les différents rendus en langues indo-européennes de ces deux vers sont sans fin.

La toute dernière phrase de La philosophie du Tao (Ed. du Rocher), Alan Watts nous dit : "A force de croquer des menus, nous mourrons de faim".

Contre-Note : Apophatique Générale, oui! Généralisable, non!
J'ai rédigé ma note alors que les journaux sont emplis de "catastrophes naturelles".
Il n'y a aucun apophatisme ou théologie négative à nourrir là dedans.
Les ouragans, les inondations, les glissements de terrain -la Mort- participent d'une Joyeuse Cosmologie.
Rien à voir avec les promoteurs irresponsables ou franchement criminels, les déshérités qui s'installent là où ils peuvent ou ceux qui meurent de faim parce que résidant en dehors d'une zone économiquement rentable!
Pour prendre un exemple où -par exception- l'attitude japonaise se confond avec le pur esprit (un tant soit peu) Zen : Les tremblements de Terre y sont admis dans leur souveraine et terrible somptuosité naturelle ; mais les hommes y ont inventé et respecté des "normes parasismiques" particulièrement efficaces...
Une distinction sémantique serait à mettre en place entre "dégâts catastrophiques faits à la nature" (dont éventuellement l'homme est lui aussi victime, en ce qu'il fait parti de la nature) et "catastrophes naturelles". Un météore venant frapper la planète Terre, une irruptionn volcanique imprévisible, un raz de marée inhabituel, etc. sont des "catastrophes naturelles" ; pas Tchernobyl ou Three Miles Island, les marées noires ou les poisons d'une certaine alimentationindustrielle....