L’actualité future d’Alan Watts

 

 

 

 

Actualités & Actualité

 

Une actualité en remplace toujours une autre, tout en conservant les mêmes moteurs émotionnels. La haine qui entoura les faits et gestes du Christ n’était, on peut en être certain, d’aucun caractère différent que celle dont nous pouvons être les spectaleurs actuels. La haine, la violence font partie des caractéristiques de l’espèce humaine ; mais l’amour et la sagesse aussi. En cela, Alan Watts ne saurait être “dépassé” ; il traitait de “réalités humaines” assez permanentes dans le passé, le présent et le futur.

La pensée et la vie même d’Alan Watts furent assez décriées, tout comme on peut se sentir horrifié par le simple constat de la permanence des guerres et autres bains de sang, qui, le progrès aidant, ont acquis une efficacité de plus en plus importante. Pourtant, à la suite et avec bien d’autres, Alan Watts a répercuté un message de paix et de tranquilité d’esprit. Ne serait-ce qu’en cela, il n’appartient pas aux nouvelles du jour, mais à la permanence intemporelle des sages de toujours et de partout.

 

Le texte qui précède fut écrit à un moment, où la situation en Bosnie-Herzégovine faisait la une de l’actualité journaliste, la une de l’information sur l’actualité. (A présent, c’est le Kosovo et la Tchetchenie.)

Je tiens au passage à faire observer que, par une simple émission de radio, j’ai été “informé” de la situation en Bosnie-Herzégovine deux ans avant que ne soit tiré le premier coup de feu. Puisque j’en étais informé, sans être l’occulte directeur d’un puissant service de renseignement, on peut supposer que les gens “bien informés” en savaient bien plus que moi. Or, ce premier coup de feu a été tiré, de nombreux autres coups de feu ont été tirés ; certains de ces coups de feu ont atteints leurs cibles, ces cibles en sont mortes. Quelques charniers se sont donc avérés indispensables au bon déroulement des opérations sur le terrain.

Mais, laissons les morts enterrer ou incinérer les morts, laissons les croque-morts à leur métier - fonction plein d’avenir. A quand “croque-morts sans frontières”? La demande est urgente. Elle est urgente ; elle n’est pas nouvelle. Toujours et partout, il y eut des mères épeurées berçant de petits corps sans s’être encore rendues compte qu’elle ne bercent plus qu’un cadavre. Actualité permanente de la cruauté et de la bonté, de la laideur et de la beauté, du mensonge et de la vérité du temps présent.

Lors de la guerre du Biafra, j’avais répondu à un appel de Lanza del Vasto et participé à une manifestation non-violente. Nous étions une centaine, guère plus. La mort des autres n’est guère mobilisatrice ; la paix n’est pas motivante. Elle n’est même plus à la mode, comme elle le fut au temps des hippies et des Beatles. “Peace and love”, “fais l’amour et non pas la guerre”, tout ça...exit!

Pourtant, selon Watts, la violence n’est pas “instinctive”, ni “pulsionnelle” ou autre ; elle est de l’ordre de la force motrice d’une locomotive : locomotive. S’interroger sur l’instinct de violence revient donc à se demander ce qui fait qu’un instinct est instinctif ou que la violence est violente.

A ce titre des hommes tels qu’Alan Watts, Thomas Merton, Thich Nhat Hanh, Khrisnamurti, Sa Sainteté le Dalaï lama ou le Pape et bien d’autres comptent et pèsent autant que des divisions blindées1.

Je place Alan Watts en tête de ma liste parce-qu’il est le sujet de ces lignes, et non par ordre de prééminence ou de précellence.

Traitant et raisonnant de, et depuis, la philosophie d’Alan Watts au niveau des idées, mon coeur ne le dissocie pas de tous les autres hommes de paix et d’amour fraternel. La planète Terre en a de plus en plus besoin.

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L’anglais a strictement conservé, dans son usage courant, le sens premier de l’acte (Actual = réel, véritable, avant que de signifier l’actuel, le présent ; actuality = réalité autant que temps présent ; actually = véritablement, de fait, en fait autant que actuellement.)

En français cet usage anglo-saxon est réservé à la langue théologique et philosophique: “actuel” = “ce qui est en acte” =/= potentiel ou virtuel ; “actualisation” = passage à l’acte ; “actuer” = faire passer à l’acte ce qui est en puissance. En ce sens, le titre du présent essai n’a rien d’un paradoxe ou d’un jeu de mots.

 

Watts et ses masques.

Du jeune gentleman débarquant à New-York, muni d’une canne à pommeau d’argent, au quinquagénaire excentrique accusé de corrompre la jeunesse, Watts porta bien des masques. Après s’être, à quinze ans, prétendu bouddhiste, le voici a trente prêtre épiscopalien. Il devient ensuite professeur, un pro­fesseur honorable portant noeud papillon. Quelques années plus tard, il reprend sa liberté pour devenir un philosophe non affilié qui proclame n’être un tenant ni du bouddhisme, ni du christianisme, ni du zenisme, ni d’aucun autre “isme”. Il stupéfie parfois l’auditoire de ses conférences par l’extravagance de sa te­nue, son attitude ou ses propos. Faisant tinter une clochette selon un rythme espacé, il explique que Dieu est ce silence duquel provient le son universel de la vie. Au milieu de son exposé, il s’interrompt et demande à ses auditeurs de ne pas froncer les sourcils afin de mieux comprendre : il est préférable, dit-il, de se détendre : Allons, respirez...Là-à-à...Respirez doucement!” Voilà qui ne fait guère sé­rieux : s’attend-on à ce type de comportement chez un philosophe de renommée internationale ? Que penser ?

Ses détracteurs lui reprochent de n’être qu’un amateur, un homme de spectacle, quand ils ne l’accusent pas de charlatanisme à la mode orientale. D’autres le prennent très au sérieux et lui portent une grande affection. Dans son Journal (été 1963), Anaïs Nin le dépeint comme un maître au “sourire contagieux” qui a “appris un silence vivant, pas inarticulé, mais une méditation...”

Mircéa Eliade, qui a bien connu Watts, juge pour sa part qu’il “avait un génie de divination en ce concerne certaines traditions orien­tales (...) Je crois (ajoute-t-il) que Watts n’a pas véritable­ment abandonné la prêtrise, mais qu’il a cherché une autre voie pour communiquer à l’homme moderne ce que les hommes d’autrefois ap­pelaient Dieu (...) J’admirais sa puissance de divini­sation.2

Témoignage précieux, provenant d’une personnalité peu contesté, car il nous ramène implicitement à un “Dieu” pré-humaniste, un “Dieu” qui n’était pas encore cette figure où se mêlent le père fouettard et le copain christique. Il permet d’autre part d’expliquer l’évolution de la pensée de Watts qui, très jeune, a le privilège de connaître une première “illumination”. Il éprouve alors le senti­ment de son étrangeté, encore accru par le fait que le Grande-Bretagne sort à peine de l’ère victorienne. Bien qu’il ne sache où se tourner, il lui faut choisir un rôle social et occuper une place dans le monde. Il écrit donc quelques articles ainsi qu’un premier livre sur le bouddhisme zen alors peu connu. Emigré à New-York, il donne des conférences sur la psychologie, organise des groupes... Ses in­térêts essentiels étant d’ordre religieux, pourquoi en pas se plier au style de vie occidental en tenant le rôle du prêtre ? Il est inti­mement convaincu du relatif isomorphisme des religions, aussi ce virage du zen vers le sacerdoce ne pose-t-il aucune difficulté psy­chologique.

Malheureusement, le message ne passe pas. Et, de plus en plus mal à l’aise dans son rôle, il finit par le quitter. Il écrit Bienheureuse insécurité, livre dont il suffirait de modifier quelque peu les tournures de phrases pour en faire un autoportrait spirituel. Les con­clusions qu’il présente à son lecteur sont celles qu’il apporte à sa propre vie. Il voulait annoncer Dieu, mais non des “bondieuseries”, et il découvre que l’on ne peut procurer une “vision de Dieu” en prê­chant une “croyance en une quelconque idée de Dieu.3” On ne peut posséder (et donc donner) Dieu qui est aussi insaisissable que la vie ; toute tentative de retenir l’un ou l’autre sera follement vaine. Il ne reste qu’à couler au fil du fleuve de la vie, en oubliant toute représentation de Dieu, car il n’est connu que de “ceux qui ne le connaissent pas du tout.4” Voilà le programme qu’il suivra dé­sormais. A partir de cette époque (1951), il se coulera dans les formes diverses des circonstances socio-culturelles, sachant abo­lie toute séparation entre “je” et moi, homme et monde, idéal et réel. Il consacrera le reste de sa vie et de son oeuvre à , d’une part, rappeler le caractère bi-polaire (mais non agressivement duel) de l’univers entier ; d’autre part, insister sur le rejet par le monde moderne du pôle naturel, joyeux, féminin, contemplatif, réceptif, irrationnel, non-historique, non-progressiste, non-poli­tique......Bref, le pôle “yin”. Chungliang Al Huang résumera ainsi la vie et l’oeuvre de Watts : “Alan est mort des excès de yang du monde moderne”. Excès qui se caractérisent principalement par une volonté de conquérir la nature - et donc de se prétendre situé en dehors et au dessus d’elle -par l’importance démesurée accordée au politique et aux institutions diverses, ainsi que par l’inflation verbale et la surinformation.

Dans un livre de souvenirs, Jacques Brosse parle d’Alan Watts comme d’un ami5. Il rapporte aussi la rencontre de Michaux et de Watts. Henri Michaux qui prononca une condamnation sans appel: ”Eh bien, non, ce n’est pas un maitre! De loin, on aurait peut-être pu s’y méprendre, mais quand on a l’homme en face de soi!...C’est seulement un illusionniste qui s’est pris à son jeu...” Jacques Brosse juge la sévérité excessive, précisant: “Je sentais que surtout il en voulait à Watts d’oser emprunter les mêmes parcours.6

Dans ce même livre, Jacques Brosse trace un très beau portrait d’Alan Watts ; un portrait tout en nuances, plein d’humour et d’amour7. Ce qui me réconcilia mentalement, je ne l’ai jamais rencontré, avec Jacques Brosse. En effet, j’avais très mal supporté le titre de son article: Alan Watts, histoire d’un échec8.

Le mot “échec” ne convient absolument pas, ni à Watts, ni du reste au contenu de l’article. “Alan Watts, une histoire inachevée” eut été préférable à mes yeux. Tenter de résumer ce portrait de Watts serait en trahir la saveur douce amère. Je ne puis que citer la conclusion. Jacques Brosse était en train de lire les “Mémoires” d’Alan Watts, un soir de novembre 1973, “quand, tout à coup, le texte se mit à danser sous mes yeux (...) tout autour de moi était devenu noir, (...) Au sein de la ténèbre, je percevais des ondes, des sillages ; elle était irisée, nacrée même, ce qui pour un Noir est bien singulier. (...) Me vint à l’esprit cette interrogation absurde: ‘Qu’est-il arrivé à Alan?’ (...) Une semaine plus tard, j’appris la mort de Watts, elle avait eu lieu cette nuit-là. Il ne s’était pas réveillé.

Alan Watts avait cinquante-huit ans, ce qui, comme le remarque l’éditeur de son livre posthume, L’Envers du néant, est beaucoup trop jeune pour un métaphysicien. Peut-être, en effet, son oeuvre n’était-elle pas mûre.”

Peut-être bien, oui. Raison pour laquelle, j’eus aimé “Alan Watts, une histoire inachevée”, pour titre de l’article précité.

Pour m’aider à faire le point sur cette actualité, dont je parle plus haut, j’avais pris contact avec l’Alan Watts Society for Comparative Philosophy . Sa secrétaire m’avait rassuré sur la poursuite de la diffusion de la pensée d’Alan Watts et donné l’adresse de Dominique Becker9.

Dominique Becker, qui cite d’ailleurs Jacques Brosse, mentionne également les opinions de trois autres personnalités bien connues en France, avec ce commentaire: “Il est frappant que (...) tous parlent de qualités non mesurables, dont l’appréciation est très subjective ; même Mircéa Eliade parle de divination, forme d’intuition, là où Dom Aelred Graham utilise le mot de génie et Arnaud Desjardins ceux de liberté intérieure. Sans complaisance par ailleurs, reconnaissant ouvertement les faiblesses de Watts, le père Graham, Eliade et Desjardins sont d’accord pour dire que Watts était un individu exceptionnel par sa présence et sa méthode.10

 

Ce qui se présente à mes yeux comme le plus important est l’expérience subjective que l’on a de sa relation personnelle à Watts et à son oeuvre ; l’appréciation portée sur Watts révèle autant “l’appréciateur” que “l’apprécié” (en bien ou en mal, selon telle orientation ou telle autre). Appréciation pouvant varier dans le temps chez une même personne, et si Jacques Brosse est un exemple typique à cet égard, il n’est pas unique. Et, personnellement, j’ai beaucoup “apprécié”, à mon tour, son portrait/souvenir de Watts précisément parce-qu’il y synthétise avec beaucoup de nuance et de coloration ses propres positions.

L’éclairage que l’on donne aux masques d’Alan Watts diffèrent selon les points de vue ; de même pour l’oeuvre.

Il est possible d’envisager son oeuvre au plan de la culture. A la sortie de Bouddhisme zen, ce fut le cas de la revue Les Livres (Institut Pédagogique National): “C’est une très bonne divulgation qui n’a pas les défauts d’une vulgarisation.” Et, j’applaudis à cette critique! Watts divulgateur sans être vulgarisateur. Mon avis est que Watts est un bon divulgateur, si bon du reste que certains prétendus spécialistes feraient bien de procéder à une révision de leur savoir en tenant compte des pistes ouvertes par Alan Watts. Je crois que c’est à ce point que faisait allusion Mircéa Eliade par son expression “pouvoir de divination”. Sans faire étalage d’un apparail d’érudition particulièrement vaste, Watts comprenait et donnait à comprendre, parce qu’il était ce qu’il disait. Il ne faisait qu’effleurer les divers sujets, mais il le faisait là où il fallait le faire, là où c’était juste. Pour ma part, et contrairement à ces mauvaises vulgarisations auxquelles je faisais allusion, je parviens à déchiffrer des textes assez savants grâce aux clefs que Watts m’a fourni par son oeuvre.

Il revient à chacun d’approfondir les domaines qui l’intéresse particulièrement, ou dont il a besoin pour éclairer sa propre recherche expérientielle, sur le terrain de son existence et des réalités quotidiennes. Watts n’était pas un spécialiste s’adressant à d’autres spécialistes ; il entendait passer le message “en direct”.

Tout en reconnaissant que ce puisse être possible, Mircéa Eliade demeurait assez sceptique: “nous sommes ‘condamnés’ à recevoir toute révélation à travers la culture”11. Cette tentative d’ouvrir la philosophie et les phénomènes religieux et/ou mystique est cependant celle d’auteurs de plus en plus nombreux.

 

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Il est également possible d’envisager Watts en tant que maître à penser de toute une génération s’essayant à une contre-culture. Maître à penser et contre-culture furent les deux façons de le présenter (en France) de 1970 à sa mort en 197312.

La manière la plus concise et représentative de ce point de vue est celle de Kenneth Rexroth (qui fait mention du nom de Watts: “Si la société alternative devenait une société de bouddhas écologistes, nous aurions atteint le but final: un monde fondé sur l’aide mutuelle, le respect de la vie, et sur la conscience de la place de chacun dans la communauté de toutes les créatures. Tels sont les fondements d’une société alternative.13

Ainsi que celle Michel Lancelot: “La contre-culture est une culture nouvelle, souvent parallèle ou souterraine, et qui entre en rébellion avec la culture officielle, celle-ci, aux mains de l’économie et du pouvoir, étant jugée aliénante, statique, sclérosée, dépassée ou inutile. (...) La contre-culture ne prétend pas détruire concrètement la culture existente. Elle la renie, ou s’en détache, pour mieux la prolonger ou l’élargir.14

Et, Michel Lancelot cite un écrivain suisse, Herbert Meier:

“L’homme nouveau ne se tient ni à droite, ni à gauche, il avance. Il est en chemin. Qui se tient à droite, qui se tient à gauche, se tient dans un cas comme dans l’autre, à l’écart.

“Qui chemine vraiment ne va ni toujours à droite, ni toujours à gauche, ni ne tient non plus son juste milieu. Il revendique la route sur toute sa largeur...15

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Dominique Becker m’apporte une appréciation qui a d’autant plus de valeur qu’elle est le fait d’un universitaire et non d’un “fan” inconditionnel, tel que moi16: “S’il est bien difficile, voire impossible, de parler de l’actualité ‘future’ de Watts, on peut parler de son actualité au sens où ses idées peuvent représenter une source de réflexion (spirituelle, philosophique, sociale) aujourd’hui, mais aussi au sens où on publie de plus en plus ses essais ainsi que des ouvrages critiques sur lui. Il est vrai que c’est principalement aux USA et que c’est le fait d’un petit groupe personnes (...).

Enfin, l’actualité de Watts, c’est peut-être aussi les marques de reconnaissance de ceux qui l’ont connu: ainsi le peintre californien Gordon Onslow-Ford qui exprime sa reconnaissance à Watts dans le manuscrit de son livre non encore publié Instant Painting ; on pourrait parler aussi de l’octogénaire britannique Douglas Harding qui a bien connu Watts et a probablement été influencé par lui...”

Dominique Becker revient à l’objet de mes préoccupations personnelles en me donnant un avis synthétique, qu’il m’a aimablement permis de reproduire ici: “On peut donc bien parler de l’actualité de Watts, car on a l’impression qu’en ce qui le concerne, il y a constamment du nouveau. On peut, finalement, parler de son ‘actualité future’, en postulant que, les ouvrages de Watts étant de plus en plus difficiles à trouver en langue française, Watts ne pourra sans doute être réellement connu dans notre pays que grâce au réseau Internet (...) Il y a peut-être un espoir lorsque l’on découvre un site désintéressé comme la ‘Alan Watts mailing list digest’ dont le but est de permettre aux gens de s’exprimer pour échanger entre eux questions et réponses sur des sujets qui touchent autant au bouddhisme qu’à la mystique, à l’écologie qu’au problème de l’action dans le monde, et, bien sûr, à la pensée d’Alan Watts. Un optimisme mesuré est sans doute permis, mais la disponibilité de plus en plus réduite des livres de Watts en langue française n’est guère rassurante.”

Je ferai remarquer que Dominique Becker est la preuve vivante de son erreur d’appréciation sur ce dernier point, puisqu’il a pu soutenir une thèse sur Watts, et y interesser un certain nombre de personnes du monde universitaire17.

C’est un fait qui ne peut avoir que des retombées positives au plan éditorial. Si le public en exprime la demande, les maisons d’Edition ne sauraient se refuser à une reprise de la diffusion de l’oeuvre d’Alan Watts.

 

Certains esprits grincheux ne manqueront pas de prétendre à l’inutilité, voire la nocivité, d’une telle reprise d’audience. Je vais y revenir sur un plan plus philosophique au chapitre suivant. Je puis dire sans attendre que le bienfait d’une telle reprise est double. D’abord, mais l’aspect est d’intérèt mineur, Watts demeure un témoin d’une réelle rencontre entre l’Orient et l’Occident, aventure qui ne fait que commencer et qui continue de permettre une critique socio-culturelle des valeurs de la Société occidentale “progressiste”18. Ensuite, et surtout, je suis intimement convaincu que l’on a pas encore compris et exploité toute la valeur de la pensée d’Alan Watts, tant sur le terrain culturel que sur le terrain intime de la recherche de chacun. Ce qui signifie que ce temps n’a pas encore “rattrapé” Watts, que Watts est devant nous, en avance. La pensée d’Alan Watts sera pour le début du XXI° siècle de notre impérialiste comput occidental l’une des possibles planches de salut. Tout particulièrement pour l’Europe, une Europe qui n’a toujours pas digérée cette réalité de ne plus être le centre du monde, en fait de ne l’avoir jamais été en dehors de nos fantasmes colonialistes et de notre européano-centrisme culturel. A la mondialisation qui s’engage déjà au plan économique doit correspondre une planétisation des esprits et des mentalités. Personnellement, j’eusse préféré que cette planétisation spirituelle soit première. Mais, c’est désormais impossible ; le rêve s’est évanoui. Faute de ne plus pouvoir en rêver, on peut néanmoins en faire une ou deux questions: A une mondialisation économique n’est-il pas nécessaire d’y faire correspondre un oecuménisme philosophique et religieux global -un oecuménisme de tout le Globe planétaire, un oecuménisme de la Paix, paix des armes et paix des coeurs? Est-ce trop demander?

 

Est-ce trop demander?

 

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OM - Shânti - Shânti - Shânti.

 

 

1- La célèbre phrase prêtée à Staline : “Le Vatican ? Combien de divisions?”

2- L’épreuve du labyrinthe, Mircéa Eliade, Belfond, p 77

3- Bienheureuse insécurité, par Alan Watts, Ed. Stock, p 29

4- ibid. p 186

5- Les grandes personnes, par Jacques Brosse, Robert Laffont,1988, p 267

6- ibid. p 343

7- ibid. p 349-354

8- Dans “Question De”, n° 34, Janvier-février 1980, p 83-97.

9- Lettre de Ruth Costello d’octobre 1995.

10- Thèse de Dominique Becker, 3° Partie, chap. 1, intitulé “L’audience de Watts”. Le soulignage est de mon fait. Je pense que l’approche que l’approche tant de l’homme que de l’oeuvre de Watts ne peut être que subjective, que le but est soi-même, que le lecteur importe plus que l’objet de sa lecture, ou si l’on préfère que l’objet même d’une lecture de Watts est soi-même.

11- op. cit. p 77

12- Plexus de Juin 70, sous la plume de François Clairval

- Psychologie de septembre 70, sous la plume de Jacques Mousseau

- Le sauvage de février 74, interview d’Elisabeth Antebi

- Le Monde du 22 Novembre 73, sous la plume Jean-Michel Palmier (qui utilise également le terme de “génie”)

- Question de n° 2, 1974, sous la plume de Jacques Mousseau

- Ces thèmes seront repris lors de la parution de mon propre essai sur Watts, par Le Monde du 8 juillet 83, sous la plume de Roland Jaccard, par la revue Aurores de Mai 83, sous la plume de Eric Edelmann, par la revue canadienne Spirale de Mai 85, sous la plume de Gilles Farcet.

- Quant à la liste d’articles dans des revues associatives ou parallèles, écolos ou anarchistes, l’énumération serait fort longue. Le dernier article que j’ai lu de ce genre est, je crois, celui qui est paru dans Le journal du chant de la Terre, “Equinoxe 1993”, sur papier recyclé, et distribué gratuitement!

13- Traduction par la revue Plein chant, n° 24, Avril-juin 1985, p 49 d’extraits de The Alternative Society, Essays from The Other World, par Kenneth Rexroth, Herder & Herder, New-York,1972

14- Le jeune lion dort avec ses dents, génies et faussaires de la contre-culture, par Michel Lancelot, Ed. Albin Michel,1974, p 21. Michel Lancelot avait publié deux ans plus tôt Je veux regarder Dieu en face, même éditeur, qui constitue un véritable document historique sur les naïvetés, les espoirs fous, les rêveries du mouvement hippy, sa noblesse aussi!

15- Le jeune lion..., p 290

16- Lettre du 19 octobre 1996, les soulignages sont de mon fait.

17- Dominique Becker signale aussi qu’il est en contact avec un étudiant australien menant un travail de recherche sur Watts.

18- Je m’en voudrais de trop insister sur ce point, mais je puis ne m’empêcher d’y penser. Tous ces morts de Bosnie, du R/wanda et d’ailleurs sont les victimes de nos normes socio-culturelles et socio-politiques occidentales. Ce sont ces normes mêmes qu’il faut traduire en cour de justice pour Crime contre l’humanité et non ces pauvres types sadiques qui n’en sont que l’expression. Ces atrocités sont d’abord métaphysiques et religieuses. Ce n’est pas la gachette qu’il faut supprimer, c’est le doigt mental qui appuie dessus.

19- Les carnets du yoga, n° 24, Décembre 1980, par Jeannette Kempfrer.

20- L’un des thèmes dont débatirent les premiers penseurs chinois convertis au Bouddhisme porta précisément sur le contenu du Nirvana : est-il joie ou “plus rien du tout”?

21- Quelque part dans les nuages, op. cit.