Le Livre de la Sagesse (4-5-C)

 

Pour débroussailler le terrain, qui en a bien besoin, je propose d'aller voir ailleurs que dans l’œuvre d'Alan Watts.

Car, je pourrais dire que (particulièrement au long du Chapitre 5) qu'Alan Watts a copié sur Liezi et son si fameux Yangzu :

 

...il faut leur laisser toute liberté d’écouter, de regarder, de flairer, de goûter ; toute licence pour les aises du corps et le repos de l’esprit. Toute restriction mise à quelqu’une de ces facultés, afflige la nature, est une tyran­nie. Être libre de toute contrainte, pouvoir satisfaire tous ses instincts, au jour le jour, jusqu’à la mort, voilà ce que j’appelle vivre.

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Il arrivera certainement à vivre plus longtemps, dit Yang-tchou. Mais, vivre plus longtemps, est ce un résultat qui vaille qu’on se donne tant de mal, que l’on fasse tant d’efforts ? Le monde a toujours été, et sera toujours, plein de passions, de dangers, de maux, de vicissitudes. On y entend, on y voit tou­jours les mêmes choses ; les changements même n’y aboutissent à rien de nouveau. Au bout de cent ans d’existence, ceux qui ne sont pas morts de douleur, meurent d’ennui.

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Le monde a toujours été, et sera toujours, plein de passions, de dangers, de maux, de vicissitudes. On y entend, on y voit tou­jours les mêmes choses ; les changements même n’y aboutissent à rien de nouveau. Au bout de cent ans d’existence, ceux qui ne sont pas morts de douleur, meurent d’ennui.

...

Les anciens ne donnaient pas un poil à l’État, et n’au­raient pas accepté qu’on se dévouât pour eux au nom de l’État. C’est dans ces temps là, alors que les particuliers ne faisaient rien pour l’État, et que l’État ne faisait rien pour les particuliers ; c’est dans ces temps là, que l’État se portait bien. (Liezi.7) (ici traduction Weiger)

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Mais, comme le note Cassandre, dans son http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1936

on ne manquera pas de me dire que

Lie Zi (4e siècle avant notre ère) et son « complice » Yang Zi (quand on écrit ce Zi là, on veut dire Maître, titre réservé aux penseurs et aux philosophes, attitude qui décrit une civilisation aussi bien que le fait qu’ailleurs ce même mot soit obséquieusement attribué aux avocats et aux notaires) sont définis dans notre langue par sept attributs : déterminisme, fatalisme, naturisme, épicurisme, scepticisme, égoïsme, pessimisme.

Il va sans dire que je ne partage pas les ardeurs militantes de Cassandre, dont je n'ai d'ailleurs découvert le site que hier matin, alors que je cherchais une traduction très "académique" de Liezi!

mais -c'est un autre fait- je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il aurait bien fait rigoler Alan par ces autres qualités de Yangzi:

Égotiste revendiqué, individualiste, hédoniste, trois nouvelles qualifications....

...on pourrait l’accuser d’athéisme ; comme, en outre, il refuse tout embrigadement, voilà que l’on n’a pas manqué quelquefois de lui attribuer un anarchisme vigoureux. Encore deux - ismes de plus.

ou encore cet autre paragraphe:

« L’attitude de Yang Zhu possède en outre un énorme avantage : elle a probablement épargné à ceux qui ont eu à la connaître de se débattre dans l’hypocrisie des sentiments. On voudrait même aller jusqu’à dire que l’on pourrait la qualifier, ce que quelques esprits mal informés affubleront du mot paradoxe, d’une parfaite selflessness.

Pour les hésitants : selflessness est un compliment immense et neutre. Il signifie, selon le Harrap’s, soit désintéressement, soit générosité. On est loin des qualificatifs du début. Certaines traductions sont, d’évidence, idéologiquement biaisées quand elles donnent comme résultat : abnégation (trad Google), dévouement, abnégation (Collins), altruisme (Larousse), ou bien pire : oubli de soi, priorité à autrui. Elles reflètent toutes, plus ou moins, l’idéologie poisseuse d’une « société du care  », cette société dite du « bien-être » dans laquelle de bonnes âmes (sic) veulent nous engluer.»

Je rappelle au passage que j'ai prétendu viser une réponse à la question : "Pourquoi ne sommes-nous pas naturellement heureux, dans une société, religieuse ou laïque, qui -et c'est bien naturel- ne veut rien d'autre qu'assurer le bonheur de chacun le temps de son existence?" Ou, après...

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Découvrir la véritable nature du "Moi" et du tabou qui nous en voile le simple perception est en effet bon à savoir pour la santé et la paix de nos esprits mais aussi pour des raisons très pratiques en économie, politique et technologie. («This is important not only for sanity and peace of mind, but also for the most "practical" reasons of economics, politics, and technology.»)

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Je renvois (publicité gratuite) à Le monde diplomatique, d'Avril 2012, au sujet de la réunion sur « le bonheur » organisée par le royaume du Bhoutan au siège des Nations unies, Olivier Zajec, dont je voudrais citer ces trois phrases : « En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue. »  1968, Robert Kennedy

 

«Comme l'écrit la CMPEPS, l'exigence de passer d'une évaluation de l'activité marchande à une évaluation du bien-être se fait plus pressante. (...) Les politiques devraient avoir pour but non d'augmenter le PIB, mais d'accroître le bien-être au sein de la société . Objectif qui ne remet pas totalement en question le PIB comme indicateur, mais implique de le transcender. Ce qui pourrait avoir des conséquences radicales. L'une d'elles serait la contestation du « modèle » américain, qui corrèle croissance et progrès. S'imposerait aussi le réexamen des mesures macroéconomiques monolithiques du FMI, fondées sur l'unilatéralisme des indicateurs classiques. 

 

L'économie libérale demeure un artéfact religieux et, comme tel, hésite à se priver de ses faillibles augures. Tant pis si ces derniers, marché ou agences, ont régulièrement besoin de victimes pour pouvoir « lire » dans les entrailles de la croissance.»