Carnet 01

De quelques aspects de mon actuelle réflexion :

 

Avant qu'il n'y ait toutes ces questions de paperassie, un marin pouvait s'embarquer sur n'importe quel bâtiment. Etre matelot, c'était avoir quelques rudiments de ce qu'en quoi consiste le fait d'aller sur l'eau : faire avec les courants et les écueils, la houle et le vent, sortir du port d'attache et se diriger vers la destination du navire. Pour le reste, il y suffisait d'un peu de muscle et de beaucoup de courage, de détermination et de sens de l'obéissance. J'ai souvent comparé la plupart des "chercheurs spirituels" à des personnes qui auraient ou supposeraient avoir les qualités que je viens d'évoquer, mais qui passeraient leur temps à faire le tour des quais, sans parvenir à se décider sur quel bateau s'embarquer ; ou encore à s'informer des capitaines, sans en trouver un inspirant une confiance suffisante pour procurer l'envie de s'engager envers lui.

Je trouve l'image assez évocatrice. Mais, je viens d'en trouver une autre bien plus simple1. Les enseignements, maîtres et méthodes sont comparés à une automobile. Et, la méditation au lit de sa chambre. Une automobile peut conduire vous conduire jusqu'au garage, et, bien sûr, on peut s'y endormir mais elle ne vous conduira pas plus loin. Quand on veut se reposer dans son lit, quel que soit son degré de fatigue, il faut encore faire un effort personnel que l'on est le seul à pouvoir faire : marcher jusqu’à la chambre à coucher, se déshabiller et s'allonger sur le lit. Ce qui m’intéresse dans cette image est l'énorme différence -ça n'a même rien à voir!- entre se trouver derrière le volant d'une voiture (ou sur le siège arrière, car il y a des enseignements riches, efficaces et confortables) et l'absolu nécessité de faire l'effort de marcher, se déshabiller et s'allonger si l'on veut se reposer et dormir. (Il va de soi que ce "dormir" signifie l’Éveil.)

L'association d'idées pourra paraître curieuse : même en sachant le contenu de Matières à réflexion, je me demande de plus en plus si The Book ne serait pas le seul et unique livre de l'ensemble de l’œuvre dans lequel Watts nous recommande de s'embarquer (pour suivre mon image habituelle) ou de descendre de voiture (pour suivre celle de Chogyam Trungpa). Cette dernière s'appareille mieux avec l'idée qu'il faudrait bien finir un jour, dans sa vie, par admettre de vivre avec nous-mêmes - sans le confort sécurisant d'une voiture, avec ou sans chauffeur. Avec ou sans Guru...

Dans tous les cas : sans la protection d'une quelconque doctrine dogmatique. Dans tous les cas : et serait-elle à deux pas du garage, qu'il faut marcher et se déshabiller et se mettre à nu et s'allonger pour dormir dans son lit! On peut aller jusqu'à gloser sur la nécessité de se débarrasser des oripeaux divers dont ce tabou nous a revêtu pour couvrir la vérité vivante de notre vie elle-même. (Ici, je ne puis affirmer mon dada taoïste, qui ne connait ni Vérité, ni Être, ni Non-être mais Alan Watts lui-même ne s’embarrasse pas trop, dans ce livre, d'une cohérence du vocabulaire. Pourvu que tombe le tabou, du moins qu'il perde son pouvoir d'interdit majeur - ce qui revient au même.)

Mais, pour conclure mes commentaires de The Book, je reviendrai brièvement sur ce naturel de Ziran !

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J'ai dépassé mes 65 ans. Il est de bon ton que je me plaigne de mes "problèmes de circulation". Il m'arrive de le faire. Mes doigts prennent un blancheur un peu translucide et l'engourdissement ne tarde pas. Il y a plusieurs moyens de supprimer cette blancheur cadavérique. On peut secouer ses mains ou encore les tremper dans de l'eau chaude; c'est une solution moderniste, externe, rapide et efficace mais non dépourvue d'effets secondaires désagréables. On peut faire quelques mouvements de gymnastique, la simple activité de l'ensemble du corps ramène la circulation dans les doigts, le cas échéant dans les pieds; c'est une réponse interne, bonne et naturelle à la situation. On peut aussi s'exposer à une source de chaleur, par exemple le Soleil; c'est une solution écologique que je connais depuis mon enfance. C'est elle qui m'a permis de trouver naturel et patent que la peau est autant un lien avec l'environnement qu'une limite du corps.

Lorsque j'étais enfant ou "jeune adolescent", je passais la moitié de mes grandes vacances en Bretagne, en bord de mer, à Dinard.

J'avais trouvé un endroit merveilleux à deux ou trois kilomètres, grand maximum, qui me permettait d'assister chaque matin au lever du Soleil. Pour y parvenir en temps et heure voulus, je devais quitter -discrètement- ma chambre, et suivre en partie le chemin des douaniers, en partie prendre le raccourci des rochers s'il faisait suffisamment clair, sans danger de tomber. Mes minutages étant très approximatifs, le plus souvent j'arrivais sur place avec beaucoup d'avance. Je m'abritais dans un recoin constitué d'une petite émergence de rocher et du mur d'une propriété privée. Qu'il y ait du vent ou pas, je ne tardais pas à être frigorifié. Bien sûr, j'avais entendu parler de Chateaubriand, du moins de sa tombe et du fait que c'est un "romantique". Où avais-je été pêcher une telle expression ?

Blotti contre le muret de la Dame aux Cormorans, je me disais pénétrer romantiquement l’Éternité! En fait, la grande cérémonie du lever du Soleil était presque invariablement annoncé par le très lointain bruit du moteur de bateaux de pêche. Je ne puis l'affirmer mais je suppose que cela venait de St. Malo, les pêcheurs se préparant à partir dès les premières lumières de l'aube. Cinq-six minutes après trait lumineux apparaissait sur toute la ligne d'horizon. Et puis après, le rebord rouge de la courbe du Soleil, enfin le soleil tout entier. Il faisait alors déjà moins froid. Mais, il fallait attendre encore un peu de temps pour que la chaleur soit réellement perceptible et que je la sente pénétrer ma peau et mon corps tout entier. C'était généralement à ce moment là que celle que j'appelais la "Dame aux Cormorans" se montrait de derrière son mur et levait la main. Presque aussitôt deux cormorans piquaient vers elle, se posaient et prenaient des "friandises" de sa main. Je les appelle "friandises" parce-que je n'ai jamais su en quoi consistait ce petit déjeuner qu'elle leur servait chaque matin. J'étais trop loin, une dizaine de mains... Très rapidement, par discrétion, dès que le soleil devenait parfaitement visible dans le ciel, j'avais d'ailleurs pris de m'éloigner d'une bonne centaine de mètres. J'avais remarqué que si ces deux cormorans n'étaient pas gênés par ma présence, pour peu que je reste immobile, il n'en était pas de même pour toute une bande de leurs congénères et quelques autres bestioles volantes. De loin, je pouvais voir une dizaine ou une vingtaine, peut-être bien certains jours une trentaine d'oiseaux divers, pas seulement ces "corbeaux de mer", s'assembler autour de la "Dame". Cette "Dame" ne m'adressa jamais la parole, ni même ne fit une quelconque remarque, lorsque le vent me poussait à passer son muret et entrer dans sa propriété.

Expérimenter Watts, prolonger son expérience en s'aidant des textes d'Alan Watts. A l’occasion, profiter des éclaircissements qu'il donne pour mieux prendre conscience des germes d'expériences nouvelles qui sont déjà là. Non pas comme potentialité, mais comme des éléments bien réels et réellement vécus que la culture ambiante nous a appris à négliger, ou nous a purement et simplement contraint de réprimer, ou de refouler!

Je passais l'autre moitié de mes vacances d’Été à l'intérieur de terre, dans le Centre Bretagne, sa partie la plus boisée. Et, là, j'ai connu mes expériences de la nuit. J'errais la nuit en forêt ou sur la lande, afin d'y invoquer "les esprits". Lesquels ? Je n'ai sais toujours rien et je n'ai rien à dire sur ce sujet. Je voudrais plutôt rendre l'impression comme une sorte d'orgueil de me sentir appartenir à tout cet Univers. J'avais un peu peur d'éventuelles mauvaises rencontres, un chien errant ou une quelconque bestiole de ce genre. Mais, j'étais pourvu d'un grand bâton qu'à l'époque je savais manier avec une relative dextérité. Pas assez pour m'éviter toujours des morsures aussi sanguinolentes qu'humiliantes. Mais, ne ressortons pas du sujet. J'entends "orgueil" au sens où l'on peut éprouver une légitime fierté d'appartenir à la Garde Royale et non plus à la gendarmerie ordinaire. Je mentionne ces deux exemples pour dire que mon enfance en Bretagne comme les grandes vacances que j'ai pu y passer par la suite sont, pour moi, synonyme de totale liberté.

Paris, le Paris de l'aller-à-l'école, en comparaison, me sera total esclavage, peur et sentiment d'isolement et d'enfermement justifié ! (C'était le début de la guerre d'Algérie, il y avait eu un viol au bois de Boulogne et un meurtre particulièrement odieux au bois de St. Cloud. Je n'étais pas habitué à ce type de violence. La seule violence que je connaissais était celle de la Nature elle-même, ou encore, indirectement, lorsque les Sauveteurs bretons prenaient la mer ou que le canot de la CRS ramenait le cadavre d'un noyé. Cette violence là me paraissait "normale" puisque "naturelle" - quoique l'imprudence de certains plaisanciers ou de certains nageurs...)

 

Si je ne m'étais pas égaré dans The Book (en le relisant trop attentivement), j'aurais pu achever mon rapide survol de la philosophie d'Alan Watts avec "Psycho est-ouest", les questions orient-occident, philosophie existentielle et voie de libération, l'usage de la parole strictement utilitaire (bénéfique plutôt que vraie) y sont abordés. Et aussi "culture et spontanéité"...

Il ne me serait plus resté qu'à indiquer divers liens en français et une brève bibliographie indicative. Et puis voilà! Mission accomplie. J'aurais pu passer à mes "réflexions wattsiennes", lesquelles auraient été avant tout miennes. Dès qu'un certain seuil est atteint "étudier" la Philosophie d'Alan Watts revient à laisser fleurir la sienne propre, à désirer partager comme dialoguer et échanger.

 

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Nous retombons d'une manière inattendu sur mes allusions à la culture, l'acculturation et l'inculturation. Nous sommes tellement conditionner à envisager les choses de façon linéaire que nous les pensons chronologiquement ou par étapes ou par édification (la pierre du bas étant mise tout logiquement avant la pierre du haut). Pour prendre un exemple (qui, depuis le temps(!!!), devrait avoir perdu tout pertinence), on continue de présenter le Yoga (de Patanjali) en niveaux et étapes, et jamais (en tout cas, je n'ai pas trouvé) en relations et inter-relations. Autrement dit, que toutes les branches d'un arbre tendent à se ramifier simultanément et dans toutes les directions, de façon équilibrée, harmonieuse, etc. Il s'agit d'un tendance. Telle branche peut être cassée par le vent, atrophiée par la proximité d'un rocher, etc. Cette restriction faite, un arbre croît de partout à la fois.

Autrement dit, en l'absence de perturbation, les HUIT branches du Raja-Yoga croissent ensemble et se répondent ensemble. Je constate que yama et niyama, pour mentionner "le plus gros", continuent d'être présentés comme des recommandations éthiques, mais qu'il n'est jamais fait mention que la posture du corps, la respiration, l'attitude mentale, l'expérience personnelle de l’Éveil en font partie - et réciproquement. Pour prendre des évidences : l'envie comme la peur, la colère, la sensation d'être agressé ou réprimandé ont une influence sur le rythme cardiaque et la respiration, l'attitude du corps, l'agitation ou le tremblements de certaines de ses parties (les yeux, les lèvres, les doigts), le système glandulaire par la décharge d'endomorphine ou d’adrénaline. Pourquoi se refuse-t-on d'en déduire qu'il soit possible de purement et simplement supprimer ces peurs, colères, sensation d'être agressé, etc. par un corps droit, une relaxation des sourcils et des lèvres, des mains qui tombent d'elles-mêmes le long du corps et un regard qui se contente de regarder l'objet d'envie, de peur, colère, etc. ? Inversement, trop de personnes ne parviennent jamais à bénéficier des effets bénéfiques du yoga physique parce-qu'ils l'abordent bien trop fortement dans un esprit de peur, de vouloir réussir, de compétition, d'avidité, de peur, etc.

Je ne puis résister à l'envie de tenter un "bon mot", même s'il est lourdingue : que l'on ne peut tordre son corps en tout sens avec un esprit tordu ! C'est au mental de s'incliner d'abord pour entrainer le monvement quand le corps se plie pour saluer...

Je voudrais souligner que toute question de vocabulaire et d'inculturation mises à part (= ici, de prêcher en douce pour sa paroisse) ce que nous appelons en français, et sauf erreur toutes les langues occidentales, les cinq sens et le mental sont indiqués par l'Hindouisme (Védanta comme Yoga), le Bouddhisme et le Taoïsme (en fait tout le sanjia) comme des facteurs, vecteurs et dynamiques aussi bien "d'esclavage et de souffrance" (comme on dit en français) que de Liberté et de Bonheur (que, selon notre chapelle, nous appelons Libération -mukta-, Éveil ou Sagesse).

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La position du Chan est fort simple : considérant que devenir Bouddha ne dépend que de soi, ou de son intime rapport du petit soi au Grand Soi (2), les gens du Chan ne pensent pas qu’une institution, même bouddhique, puisse être d’une grande utilité, à plus forte raison un pacte avec ce petit diable qu’est l’Empereur.

Le point de vue du Chan est que “Les soûtras parlent de prendre refuge dans le Bouddha et non dans quelqu’un d’autre que vous qui serait le Bouddha. Vous ne trouverez refuge que dans votre propre état naturel.3

 

Et ce point de vue porte en germe la condamnation de toute idéologie politique et de toute religion instituée.

 

Répétons le : Lorsque Watts disait qu’une conversion massive au Bouddhisme serait une catastrophe pour l’Occident, il entendait par là “se convertir à telle ou telle forme du Bouddhisme” au lieu de se convertir soi-même à son véritable “soi” -pas à un “soi” bouddhiste, hindouiste, taoïste, panthéiste ou unijambiste. (J’ai justement un ami personnel à qui on a coupé une jambe, lors de l’un de ses voyages en Orient ; je n’y vois aucun motif militant en faveur de l’unijambisme.)

L'apparition récente en Occident de "congrégations taoïstes" relève de cette "catastrophe" là. On pourrait dire la même chose de l'Ecologie, qu'on aurait pu croire à l'abri de la politique comme le taoïsme de la religion...

(Comment les "écologistes" peuvent-ils être une force de dénonciation du mensonge s'ils font eux-mêmes parties d'une combinaison politique? A Fukushima, le mensonge fut à trois niveaux : scientifique sur la puissance d'un tsunami, technologique sur la résistance des matériaux effectivement utilisés et économico-politique dans la formulation comme dans les chiffres du rapport remis au gouvernement japonais. Être a-politique est une chose ; prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvage en est une autre.)

 

Le religieux, d’appartenance à une religion instituée, paraît devenu un moyen de confort moral et de congratulation mutuelle à l’intérieur de chaque groupe religieux sectaire, chaque membre solidement uni à ses co-sectaires pour décrier tous les autres groupes. (Watts y fait explicitement allusion dans The Book).

 

Cette espèce de “manque viscéral” de spiritualité, et même de simple poésie, qui invite l’Occident à se frotter à l’Orient traditionnel n’implique pas de s’y convertir. Ou, pire encore, de s’y frotter pour n’en recevoir qu’une vague teinture exotique ne correspondant à rien de profond. On change l’étiquette du flacon, voire le flacon lui-même, mais on conserve la même vinasse.

 

Dans son Bouddhisme zen, Watts note justement que “S’il existe quelque chose au monde qui transcende les conditions d’une structuration culturelle, c’est bien le Zen, quel que soit le mot par lequel on le désigne4 . Et c’est là une excellente raison pour qu’il ne s’organise pas en une institution ; les anciens maîtres étaient d’ailleurs souvent des ‘individualistes universels’ qui restèrent toujours en dehors de toute organisation.”

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Du Chan ? De l’art de méditer ? De la doctrine que Huangbo (hsi-yüan, jap. Obaku kiun, ?-850) qualifia de Doctrine sans Nom ? De la philosophie chan ?

Pour indiquer que la philosophie est parfois l’expression d’une peur de la vérité et une fuite devant la réalité de sa propre existence, Bernard Faure nous raconte l’expression chinoise “aimer les dragons en peinture”. Elle se rapporte à un peintre amoureux des dragons et qui “y avait acquis une telle habilité que ses dragons paraissaient vivants. Ayant appris la chose, un roi-dragon décida, pour le récompenser, de se manifester à ses yeux. Mais cette vision bouleversa tellement notre peintre qu’au lieu d’en profiter pour reprendre ses tableaux d’après nature, il s’enfuit sans demander son reste5.”

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Il me semble que le seul problème existentiel majeur de la vie est de la vivre6. Or, sauf à mourir sans plus attendre, nous vivons. C’est assez. Ou ce pourrait l’être, bien que ce ne soit pas le cas si on se contente de suivre les normes d’une culture de consommation/déjection/pollution au niveau des objets matériels, et de distraction/éparpillement/illusion au plan mental. Ces niveaux ordonnés selon les seules valeurs économiques, généralement réduites aux lois du rendement et du profit.

Que nous le voulions ou non, nous existons de notre naissance à notre mort. Aussi court ou long soit-il, chaque être vivant vit le temps de sa vie, son existence au monde, sa conscience d’être conscient face à sa page blanche ou l’écran vide de son ordinateur -pour prendre mon propre cas particulier présent. Mais, on peut également prendre le cas particulier qui est le vôtre et qui est de lire ce que j’écris. Tels sont les faits à l’état brut : nous vivons ; j’écris, vous lisez. Et ce que j’écris en ce moment, vous le lisez en ce moment même, maintenant. A partir de cet état de fait, je puis analogiquement déclarer que je suis maintenant le Grand Éveillé que je vais devenir dès maintenant. C’est complètement idiot mais c’est ainsi, de même que “le Vajra-prajna-paramita doit être conservé sous ce titre parce-que, selon l’Enseignement, la Prajnaparamita n’est pas la Prajnaparamita et c’est pourquoi on l’appelle la Prajnaparamita. Qu’en penser 7?”

 

De fait : qu’en penser? Car, d’évidence, à partir de cet état des faits, le vaste horizon de la réflexion philosophique se découvre devant nous, laissant se profiler d’inquiétantes questions : pourquoi est-ce que j’écris et pourquoi me lisez-vous? quel est le prix de revient d’un manuscrit et celui du livre que vous tenez dans vos mains, que vous avez posé sur une table ou reposé sur l’étagère si vous en baissez déjà les bras, découragé par ma prose? (Auquel cas, je serais en train d’écrire sans être lu ; ce qui n’est pas le cas, puisque vous lisez mon inquiétude de ne pas être lu.) D’où proviennent les mots que j’utilise et pourquoi, comment avez-vous appris à les lire? sommes-nous d’accord sur ce qu’ils veulent dire ou votre lecture, à vous, ré-écrit-elle ce que, moi, j’écris?

 

Comment puis-je oser prendre la plume et comment peut-il bien se faire que vous ayez la faiblesse de me lire? quel est cette carence de votre caractère qui vous persuade d’une possibilité d’apprendre quelque chose sur la méditation en lisant? Il se peut même que vous ne lisiez jamais ces lignes, soit que je les décide de leur trop peu d’intérêt, soit que les Éditeurs prennent cette décision pour moi! Tout peut se casser, à tout moment, en n’importe quel maillon de la longue chaîne allant de mon écriture en état potentiel d’être imprimée et la réalité objective que vous me lisez pour avoir acquis ou emprunté ce livre. (En l'occurence, visité ce blog)

 

Quoiqu’il puisse en être de ces contingences, je suis présentement en train d’écrire, et, présentement, vous me lisez. Nous vivons l’un et l’autre dans le présent. Votre présent qui est mon futur, quoique aujourd’hui dé-passé, du passé, puisque je n’ai plus à espérer être lu : Vous me lisez !

 

Et sans doute avez-vous déjà compris, pas forcément grâce à ces lignes, une chose fort étonnante : l’inexistence du Temps fixe et absolu, la relativité du passé-futur, l’inexistence relative du présent, l’absolu de l’Instant, de cet instant précis, fugace, pendant lequel vous avez lu “instant” et venez de le relire parce-que je viens de l’écrire à nouveau.

 

Dans l’achèvement du destin -du Karma - d’un livre deux autres personnes sont au moins aussi importantes que l’auteur et le lecteur ; ce sont le typographe en son imprimerie et le vendeur en sa librairie. Tous les métiers du livre y participent, coordonnés par l’Éditeur.

Sans eux, auteurs et lecteurs ne se rencontreraient point, dépassant le temps et l’espace.

Vous n’êtes pas ici, derrière mon épaule. Pourtant telle est la Réalité :

j’écris ici et maintenant et vous me lisez aussi dans l’ici et maintenant, car si vous quittez des yeux ces lignes-ci, dans ce livre ci, sur l'écran de cet ordinateur ci, vous ne me lisez pas et j’écris pour rien d’autre que mon seul plaisir. Par la faute de votre manque d’Attention, de votre perte de Vigilance, me revoici seul au monde8.

 

Et, certainement, peut-on parler de “philosophie du Chan”, c’est-à-dire d’un mode de comportement, d’un art de vivre chan, tout comme on peut traiter de la “psycho-socio-économico-philosophie” du Livre. Mais, le Chan n’est qu’une rencontre de faits aussi bruts que mon écriture et votre lecture -écriture de nos existences dans la lecture du monde- quel que soit mon éditeur et votre libraire, mon ordinateur et le vôtre.

Cette rencontre des faits de la conscience en leurs états bruts, le Maître de méditation Sengcan (Seng Ts’an, jap. Sosan, troisième Patriarche dans la lignée de Bodhidharma) y fait allusion quand il nous rappelle que plus nous parlons et plus nous pensons, qu’à l’orée de soi il n’y a plus de passé, ni de futur, que nos paroles et discours peuvent à présent s’interrompre pour faire place au silence de la pensée et des émotions, à la cessation de tout commentaire et de toute réaction.

Alors, la vie de contemplation tend à “nous rendre immortel” -et je ne cite pas là Zhuangzi ou Sengcan, mais tout bonnement Aristote.

 

Dans la méditation, pour reprendre une dernière fois ma métaphore, nous devenons les écriture et lecture de soi-même dans l’instant de leur rencontre, de leur identité suprême, de leur intuition, de leur jonction ou communion, tous ces termes voisins qui naissent du recueillement et de la récollection des multiples entités qui habitent en notre “for intérieur”9.

 

Je voudrais évoquer cette totale incompréhension entre l’Occident et la Chine d’une part, entre le langage de la norme conventionnelle et celui des voies dites mystiques, ainsi qu’entre celui du Maître10 et du disciple, par une petite histoire d’un rendez-vous chez un psychiatre.

Pour la déchiffrer, il convient de s’abstenir de tout jugement de valeurs ou autre “à priori” tendant à donner raison au médecin sous prétexte qu’il est supposé avoir “toute sa raison”, et tort au malade parce-que “fou”. Ce que cette historiette voudrait illustrer est la difficulté de communication entre deux êtres partant de prémisses absolument différentes et étrangères les unes aux autres. Souvenons-nous qu’il est courant entre amis ne s’entendant pas sur un point précis de dire : “Mais, tu es complètement fou.” Le “fou”, le “barbare”, le “sauvage”, c’est toujours l’Autre. Et, il a toujours tort.

 

“- Que faites-vous là? demande le psy-quelque chose.

- J’ai pris le bus, répond le patient, atteint de schizoïdie.11

 

Tout schizoïde qu’il soit, ce malade n’est pas subséquemment un menteur. Il a réellement utilisé ce moyen de transport pour se rendre au cabinet de son médecin. Médecin qui, en l’occurrence, a posé étourdiment une question dépourvue de sens pour son patient. Celui-ci ne prend jamais le bus que pour aller chez son thérapeute et en revenir. Dans son esprit, “prendre le bus” et “se rendre chez son thérapeute” signifie donc la même chose. Le thérapeute aurait du s’en souvenir, et, plus que tout, éviter de s’enferrer en tentant de se reprendre et reprendre le dialogue par une phrase du type : “vous vouliez me voir?”.

Il est trop tard. la communication n’a pas été établie. Déçu, le malade est probablement en train de se demander par quel bus il va rentrer chez lui. Aussi, tout logiquement à son sens, répond-t-il : “J’ai oublié d’arroser mes plantes.”

Et, si le thérapeute, par agacement ou nouvelle étourderie, constate d’un air aimable que “le soleil est très chaud aujourd’hui”, j’ai tout lieu -à mon sens- de penser que le malade rétorquera que “sa sœur est très gentille avec lui, mais que, vraiment, elle est bien naïve : elle veut lui faire croire des bêtises...” en lui ayant offert un album de reproductions de tableaux de Van Gogh, dont le célèbre La nuit étoilée (de 1889), qui représente plusieurs soleils dans la nuit.

On peut encore imaginer que la sœur de ce patient soit astrophysicienne ; il lui est normal de voir des soleils dans les étoiles. Et, pour ma part, je dirai et affirmerai que La nuit étoilée est la plus éblouissante représentation impressionniste du Taiji qu’il m’ait été permis de voir. L’habituelle figure géométrique du Taiji est certes emblématique, mais ne transmet pas l’impression de rotation du yin-yang, ni même leur entrelacement amoureux dans le Dao. Ce que Van Gogh a réalisé avec une luxuriance folle.

 

Si le dialogue du psychiatre et son patient de mon historiette est un dialogue de sourds, la raison en est fort simple : ils vivent dans deux mondes absolument opposés. Le psychiatre représente La raison, La norme et Le “vrai” savoir ; le malade l’irrationnel, l’anormalité et un être de peu d’intelligence, enfermé qu’il est dans une mentalité de type infantile.

Ne pourrait-on dire la même chose des rapports entre l’Occident et la Chine?

Ne prétendons-nous pas, même actuellement, représenter La raison, La norme et Le “vrai” savoir (“scientifique”) -et regarder les autres civilisations comme autant d’enfants plus ou moins débiles? (Inversement, les “intégristes” de la sinité continuent de nous regarder comme des “barbares”, les plus fondamentalistes allant jusqu’à nous juger bien proche de l’animalité.)

Tel est, je crois, le premier obstacle à franchir pour comprendre la pensée Chinoise et, en cela, l’une de ses productions les plus éminentes qu’est le Chan : nous appartenons à deux mondes, deux Civilisations, totalement différentes. Une fois cet obstacle franchi, pleinement assumé, alors une ouverture réelle peut s’effectuer réellement, authentiquement, vers cette “bizarrerie extrême” qu’est le Chan -y compris aux yeux mêmes de la plupart des chinois. Dès le XV°s, au moins, quand on veut émettre une réserve, ou dénigrer un théorie quelconque, on demande si celle-ci n’aurait pas une tendance par trop visiblement chan. Ce qui revient à sournoisement suspecter la dite théorie d’être un peu trop mystique et a-sociale, voire franchement anarchiste.

Cette suite de confusions et de malentendus de mon historiette pourrait être aussi, en effet, des échantillons de Kong-an (jap. ko’an) posé par le Maître ou de réponses de celui-ci à son disciple. Ils ne sont absurdes qu’en apparence. L’aspect absurde provient de l’élément caché du dialogue, qui est généralement la situation même -dans mon exemple celle du discours d’un malade mental. Discours parfaitement cohérent à l’intérieur de sa perspective à lui, dans sa différence. Différence identique à celle qui peut apparaître entre un traditionaliste et un moderniste occidental, entre un occidental et un chinois, entre un Maître et un disciple......et entre toutes les combinaisons pouvant en résulter!

Évidemment, quand un Maître répond à un adepte l’interrogeant sur l’état de Bouddha qu’il peut aller prendre une tasse de thé, cela n’a rien de surprenant s’il est l’heure du thé. L’adepte devrait avoir la “présence d’esprit” de rétorquer en demandant au Maître quel thé il désire boire. Interroger sur la bouddhéité, le Tao, la Vérité ou la Liberté est l’impertinence même. Mais demander quel thé prendre est une question pratique pertinente, qui requiert une réponse précise et détaillée. Et le Maître ne manquerait pas de répondre que son mélange préféré se trouve sur la troisième étagère, à gauche en entrant dans la cuisine ; que pour gagner le cuisine il faut prendre l’allée de droite en sortant ; qu’en sortant, l’adepte doit prendre garde à la marche branlante mais qu’elle sera réparée dès le retour du camarade menuisier parti au chevet de sa mère agonisante. >>

 

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J’aime dire qu’un kong’an (jap. koan) ne peut se comprendre qu’en situation. Le disant, je me réfère à la situation concrète. Je prétends , à titre polémique, que le cyprès dans la cour n’a aucun sens s’il n’y a pas effectivement un arbre d’essence cyprès dans la cour. Ce qui peut faire impression sur un intellectuel occidental mais pas chinois (ni japonais, du reste). Ils me rétorqueraient d’abord qu’il faudrait se mettre d’accord : parle-t-on du concept, de l’entité d’un cyprès dans la cour ou d’un arbre, fut-il catégorisé “cyprès”, se trouvant effectivement dans la cour?

 

“L’intellect qui tente de discerner des repères est lui aussi en situation, il décide et fait la part des choses au fur et à mesure qu’il progresse dans le discours, sans chercher à établir des règles absolues et définitives.” (AC p 14112)

Autrement dit, s’interroger sur la “stupidité” de celui qui prend le doigt pour l’astre de la nuit ne mène à rien. Il n’est pas du tout “stupide” de regarder un doigt qui désigne quelque chose : ce doigt même est l’indication de la chose et il indique que nous aussi nous sommes en mesure de regarder la Lune. Au fond, le doigt est au moins aussi important que l’astre de la nuit.

 

L’important est que des auteurs faisant référence, tel Jean-Pierre Vernant, en viennent à reconnaître ouvertement que “L’Occident ne peut plus aujourd’hui prendre SA pensée pour LA pensée, ni saluer dans l’aurore de la philosophie grecque le lever du soleil de l’Esprit 13.” “Dans le cas de la Grèce, l’évolution intellectuelle qui va d’Hésiode à Aristote nous a paru suivre, pour l’essentiel, une double voie : en premier lieu une distinction nette s’établit entre le monde de la nature, le monde humain, le monde des puissances sacrées, toujours plus ou moins mêlés ou rapprochés par l’imagination mythique, qui tantôt confond ces divers domaines, tantôt opère par glissement d’un plan à un autre, tantôt établit entre tous les secteurs du réel un jeu de correspondance systématiques.

En second lieu, la pensée ‘rationnelle’ tend à éliminer ces notions polaires et ambivalentes qui jouent dans le mythe un rôle important ; elle renonce à utiliser les associations par contraste, à coupler et unir les opposés, à progresser par renversements successifs ; au nom d’un idéal de non-contradiction et d’univocité elle écarte tout mode de raisonnement qui procède de l’ambigu ou de l’équivoque.14

 

Mentionnant la Théogonie d’Hésiode -116 sq- il ajoute :

“On reconnaîtra (...) la structure qui sert de modèle à toute la physique ionienne. Cornford en donne schématiquement l’analyse suivante : 1.au début, il y a un état d’indistinct ion où rien n’apparaît, 2.de cette unité primordiale émergent, par ségrégation, des paires d’opposés, chaud et froid, sec et humide, qui vont différencier dans l’espace quatre provinces : le ciel de feu, l’air froid, la terre sèche, la mer humide, 3.les opposés s’unissent et inter-agissent chacun l’emportant tour à tour sur les autres, suivant un cycle indéfiniment renouvelé, dans les phénomènes météoriques, la succession des saisons, la naissance et la mort de tout ce qui vit, plantes, animaux et hommes.15” Ensuite, son étude passe en revue les divers auteurs -Anaximandre, Hippocrate, Empédocle...-qui conservent sous une forme ou une autre le même fond mythique “plein de dieux et pleinement naturel”, pour peu à peu s’en détacher, avec Anaximène et Anaxagore, et disqualifier la nature, abandonner tout lien entre shamanisme et philosophie. Et, nous arrivons à Platon et Aristote.

“Avec la Cité, l’ordre politique s’est détaché de l’organisation cosmique.” (p 304) >>

Nota : J-P Vernant n'est pas un sinologue ; mais un anthropologue et helléniste. Ce n'est pas un guénonien ; il fut membre des Jeunesses Communistes. On ne saurait l'accuser de Traditionalisme (et/ou de fasciste en chambre, comme il plaît à certains intellectuels parisiens d'accuser à peu près quiconque croit pouvoir apprendre quelque chose de l'Inde classique ou de la Chine ancienne.)

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Cette pensée chinoise, écologique avant la lettre, est un organicisme dans lequel il y a continuité entre l’individu, le clan, la nature, la raison et le mythe.

 

Cet organicisme fait de l’immanence intégrale du Dao en toute chose l’unique transcendance sublime. La sphère politique elle-même s’y intègre : le Laozi est autant un traité de gouvernement du monde que de gouvernement de soi. “Conformité des hommes au souverain, conformité du souverain au Ciel.” résume bien l’idéal d’une harmonie du Ciel, de la Terre et de l’Homme reliés ensemble par l’Empereur. (cf. AC p 290).

Nota : L'idéal de la conformité au Ciel est celle de l'animal suivant son instinct (sa spontanéité) et fuyant la domestication et ses réflexes conditionnés.

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Le mot “dao” (tao) signifie voie ou chemin, dans toutes les acceptions possibles, principalement celles concomitantes de moyen et de fin.

Le Tao dont il est question ici (et, me semble-t-il, dans l’ensemble des écoles se réclamant à un titre ou à un autre du Chan/Zen) unit indissolublement connaissance et action -Gnosis et praxis. Et il est “Wu yi shi Dao”, une Voie sans aucune intention, c’est-à-dire sans à priori, sans idée préconçue, sans désir d’appropriation ni d’atteinte d’un but précis.

La Voie est "le chemin qui est son propre but". Le chemin est le but (the path is the goal) disait Chogyam Trungpa cité précédemment.

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La difficulté pour indiquer la Voie est l’absence de définition dogmatique précise sur ce lieu où il faudrait rester et vers lequel il faudrait partir, et réciproquement. C’est à chacun de voir et d’expérimenter. Joseph Needlam pense que cet absence de dogme fait que le taoïsme est le ...”seul système à tendance mystique au monde qui n’ait pas été profondément antiscientifique16.”

La logique du yin-yang permet d’entrevoir le système taoïste.

La logique du yin-yang doit au moins et simultanément prendre en compte quatre dimensions : bi-polarité, complémentarité, inter-dépendance17, et changement.

Bi-polarité, tout comme le pôle nord est fonction du pôle sud, que si vous perdez le nord vous perdez également le sud, ou, qu’à force de soigner vos maux de tête par tubes entiers d’aspirine, vous vous retrouvez aux Urgences d’un hôpital avec une perforation d’estomac, que si vous perdez le sens du bien vous perdez aussi le sens du mal et que si vous persévérez à vouloir toujours chercher le bien vous risquez de parvenir au mal tout comme, dépassant le nord et le cherchant toujours, vous atteigniez le sud. Bref, cette bi-polarité exprime le fait que l’un des termes du yin-yang est fonction de l’autre, de même qu’un vendeur est fonction d’un acheteur -encore que l’on puisse refuser de mettre en vente ou refuser de se porter acheteur.

 

La complémentarité est simplement ce qui fait que l’électricité ne passe pas s’il manque soit une fiche femelle soit une fiche mâle, ou que le contenu d’un vase est inséparable du vase le contenant. Suis-je assez “chinois” (et érotique)?

L’inter-dépendance s’exprime bien dans ce que les peintres appellent les “liens chromatiques”, le fait qu’une couleur puisse influer sur une autre selon diverses modalités de volume/ombre et de lumière, d’effets de réverbération et de réfléchissement, de rapport de la couleur de fond et de celle de la forme qui s’y superpose, etc...A noter que cette inter-dépendance se joue à partir de la complémentarité des couleurs mais qu’il ne suffit pas d’utiliser des couleurs complémentaires pour parvenir à jouer de leur inter-dépendance chromatique. Pour simplifier : un rapport sexuel ne requiert que l’addition de deux sexes complémentaires ; l’amour est une inter-dépendance génitrice d’un supplément : enfant, affection, compréhension mutuelle, etc. etc. etc.

 

 

 

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1cf. Le chemin est le but, Chogyam Trungpa, Points sa 219, p 83.

2- La différence “soi” et “Soi” étant au reste sujet à discussion (non-polémique).

3- P. Carré, op. cit p 51, citation produite dès mes “préliminaires”.

4- Je souligne en ce que ce présent essai pourrait aussi bien renvoyer au “Chan/Zen”, qu’au Zen japonais contemporain, au Zen occidentalisé, au Dzorg-chen tibétain, à l’Attention sereine du Vippasana qu’à ce que j’appelle par convenance le Chan originel, en ce qu’il transcende originairement Bouddhisme, Taoïsme et Confucianisme. Donc en ce qu’il refuse toute inféodalisation au Bouddhisme, au Taoïsme et au Confucianisme ou à toute autre idéologie, religion, doctrine, méthode ou règle. Donc en ce qu’il “n’obéit” qu’au Dao, chemin et terme de sa démarche intérieure, hors de l’espace-temps.

5- Bouddhismes, philosophies et religions, par Bernard Faure, Flammarion, 1998,

p 110

6- Huineng dit : “ce qui, pour l’homme, compte le plus, c’est qu’il est né et qu’il mourra.” Le Soûtra de l’Estrade du Sixième Patriarche Houei-neng (638-713), par

Fa-haï, tr. et commentaires par Patrick Carré, P/S n° 99, 1995, p 19

7- cf. Le Sutra du Diamant, Manuel de Bouddhisme zen, D. T. Suzuki, Ed. Dervy, 1999, p 44.

8- A moins que vous ne faisiez parti du Métier du Livre (ou peut-être pour cette raison), mes jeux de mots vous agacent ou vous ennuient peut-être alors qu’ils m’amusent. Toutefois, quitte à me montrer désagréablement didactique, il me semble qu’il conviendrait que vous me lisiez avec la même sensation (quelle qu’elle soit) que celle que vous avez présentement....lorsque dans quelques pages, je vais chausser mes gros sabots pour ensuite recouper les cheveux en quatre pour tenter d’exposer quelques bribes de ce que j’ai compris de la doctrine et de la méthode de l’Éveil.

9- En chinois : Xin (=hsin ou sin, selon les anciennes romanisations), que l’on traduit ordinairement par “cœur” et “esprit”, mais qui peut signifier aussi “attention” et “estomac” (au sens du fameux “Harâ” nippon), en fait à tout ce qui -à tort ou raison- évoque l’idée de “Centre de l’Homme/Monde”, quelles que puissent être ensuite les définitions idéologiques que l’on donne à “Centre”, “Homme” , “Monde” et ce rapport ambiguë signalé par “/”.

10Je fais allusion (jap.) au Roshi Watts ou (ch.) à Alan-zi, dont je ne suis que le scribe chargé de la conservation du message, mais du Message vivant et non des archives diverses supposées le contenir.

11- Cette question est posée par Grégory Bateson dans le T 1 de Vers une écologie de l’esprit, Ed. du Seuil. Je me suis contenté d’en illustrer le thème. Lorsque j’ai rédigé cette historiette, mon idée était de montrer les difficultés de communication “moi-l’autre”, ce “moi” et cet “autre” pouvant aussi bien être dans la position de n’importe lequel des personnages que j’évoque, voire successivement plusieurs d’entre eux. Je n’avais pas encore pris connaissance de la théorie du syntexte “Un problème, tous les problèmes” de Zhao Tingyang, professeur de philosophie à l’Université de Pékin, qui vient par son “écologie de la Culture” conforter mon entendement de l’écologie de l’esprit, selon Grégory Bateson.

12- Toute la part historique de mes propos s’organisant à partir de Histoire de la pensée chinoise, d’ Anne Cheng, Le Seuil, 1997, je me bornerai à indiquer AC lorsque je puisse directement dans ce superbe magistral ouvrage.

13- Mythe et pensée chez les grecs, Jean-Pierre Vernant, Maspero/La Découverte, 1985, p 374

14- op. cit. p 11 ; ce qui est dit là du mythe pourrait servir d’introduction à la philosophie, ou à la “mytho-philosophie” antique chinoise.

15- id. p 377 ; ici, la différence est que les chinois de l’antiquité envisageaient les choses en cinq éléments fondamentaux : 1. l’eau 2. le feu 3. le bois 4. le métal 5. la terre.

16-Science et Civilisation en Chine, une introduction, par Joseph Needlam, Ed. Philippe Picquier 1995, p 109

Voir aussi La science chinoise et l’Occident, Ed. du Seuil

17- Complémentarité et interdépendance ne sont pas synonymes en ce sens qu’un ensemble inter-dépendant peut être plus que le total de ses parties.