Arc-en-Ciel 2/2 Guan-Yin m'est miséricordieuse! Je viens de trouver en http://ideeschinoises.blog.lemonde.fr/ du 04.04.2012 ...ce qu'il me faut pour poursuivre : «Dans les premiers chapitres je n’ai pas eu le sentiment, comme promis par le compte-rendu du Monde des livres1, de découvrir des idées nouvelles. La pensée comme l’expression arborent une pleine maturité, mais, pour qui connaît le travail de F.Jullien , rien de neuf dans l’interprétation proposée de la pensée chinoise : « ni muthos ni logos », toujours la même expression, au demeurant si efficace sous l’angle pédagogique. Là-bas, nous rappelle-t-elle, on ne narre pas, on n’argumente pas, on est dedans, tout de suite, dans le mouvement des choses, et on n’en sortira plus. Dans ce discours simple, étale, doucement irrésistible, pas d’Être (ni de devenir), pas de Dieu (ni de monde créé), pas de Sujet (ni d’objet), pas d’Esprit (ni de matière). Rien que du souffle-énergie en mouvement sous l’égide d’une Voie qui jamais ne s’arrête. Pas d’éternité non plus mais un écoulement sans fin, comme le fleuve dont Confucius contemple sereinement le cours. On ne se creuse pas la tête sur un Premier Commencement, on ne s’angoisse pas sur une Fin Dernière. Les Chinois ne se posent que les problèmes qu’ils peuvent résoudre.» Nous avons vu que la perception première du "calice-baiser" (du calice et/ou baiser) est une affaire de convenance personnelle, de "connotation affective". Un anticlérical n'y verra d'ailleurs pas du tout un calice mais un simple pot de fleur ! (Pour souligner, dans mon bouquin hors-commerce, ce qu'en dit Watts, j'avais du dessiner un "vase" qui ressemble vraiment à un calice tout en maintenant "l'indécision perceptive" selon que l'on regarde d'abord le fond ou la forme, le noir ou le blanc). L'inconvénient de cette démonstration expérimentale est sa réduction à une seule alternative et que l'objet de perception est statique. Dans la perception d'un arc-en-Ciel, l'expérience est bien moins statique et comporte même une connotation d'espoir si celle-ci intervient alors que vous marchez ou roulez à bicyclette complètement trempé. Le Ciel paraît vouloir dire "t'en fais pas mon petit gars, ça va sécher". Par le fait, ça m'est arrivé plusieurs fois ; ce n'est peut-être pas de la grande mystique mais ça fait tout de même sacrément plaisir de se retrouver à sec quelques kilomètres plus loin/plus tard qu'au lieu et moment de "l'apparition"! Et, à défaut d'un sentiment "océanique", on peut éprouver un sentiment de connivence avec la nature. Dans l'arc-en-ciel, philosophiquement, les choses se compliquent un peu en ce sens qu'après s'être demandé s'il s'agit d'une réalité objective observable dans certaines conditions optiques ou d'un phénomène optique réalisable dans certaines conditions objectives, que reste-t-il à dire ? Pas grand-chose. Nous revenons à une classique dissertation de classe de philosophie sur l'exactitude de la perception que nous avons du monde, et de la représentation mentale que nous en formons. Et, à priori, ce problème ne concerne pas un "tabou qui nous empêcherait de savoir qui nous sommes", et que j'ai d'ailleurs de plus en plus envie de reformuler en "Tabou qui nous contraint d'ignorer ce que nous sommes"! § Un observateur en position ad hoc + le soleil + l'humidité = arc-en-ciel.  Bien sûr, on pourrait dire que si le soleil et l'humidité sont en relation ad hoc, disons, plus l'océan, tout observateur sur un navire qui navigue en conformité avec eux peut voir un arc en ciel.  On pourrait dire qu'avec un observateur et le soleil correctement alignés, l'arc-en-ciel apparait quand il y a de l'humidité dans l'air! Mais, nous dit Watts, cette présentation des choses n'est pas admissible dans notre culture, car elle laisserait supposer qu'il y faut un observateur, alors que la mystification ordinaire consiste à laisser penser que les choses existent par elles-mêmes, qu'il y ait un observateur ou pas. Pour ma part, je dois dire que cette question proprement dite ne m'a jamais beaucoup inquiété. J'ai appris au "petit catéchisme" que Dieu fait apparaître un arc-en-ciel pour nous dire qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Il n'est pas fâché. Ce ne sera pas le Déluge. Le soleil et sa chaleur vont revenir. Mais, je dois avouer que j'avais été traumatisé (j'en avais fait des cauchemars plusieurs nuits de suite) quand j'avais lu cette autre question de Watts : "Quand des arbres tombent par une nuit de tempête, que deviennent-ils au petit matin s'il n'y a eu personne pour entendre le fracas le leur chute ?" C'était comme toucher du doigt l'irréalité du monde. C'était terrifiant. Car, si le monde est irréel, il s'ensuit à coup sûr que moi-je pourrais être tout aussi irréel que lui ! Que reste-t-il donc si moi et le monde n'existent pas réellement ? (Excusez-moi de jouer les instites, mais c'est peut-être le moment de relire mon emprunt à "Idées chinoises"...) Descartes -mais peut-être plus les cartésianistes que Descartes lui-même- nous diront qu'il y a au moins une certitude sur laquelle on peut s'appuyer avec confiance : que nous puissions "penser" à l'irréalité du soi, du monde ou des deux ensembles prouve que penser existe (et est "réel"). C'est l'un des "fondamentaux" de l'Occident. En Orient, en Extrême-Orient, se situer dedans le mouvement est plus important (et pratique) que penser le mouvement, ou les éléments nécessaire au mouvement, ou, sinon, la perception du mouvement dans lequel nous sommes.

 Yin yang 

Ce symbole (taiji tu) doit s'imaginer en mouvement, la nuit-noir-vieille-yin s'effaçant au fur et à mesure que le jour-blanc-jeune-yang la recouvre - et alternativement !