Devoirs (& amusements) de vacances

 

L'autre jour, qui était celui d'avant-hier, je me suis précipité au lavabo sitôt parvenu chez moi. Et là, dans le miroir, j'ai découvert – stupéfait – un visage aux yeux hagards ruisselant de sueur ! Une figure en miroir de véritable clodo du dharma, loin des sourires dentifrices de nos hommes politiques toujours fiers d'exhiber leurs implants dentaires par crainte de se mouiller des réalités pluvieuses dont ils ont perdu le contrôle.

Je venais de faire une petite marche d'une vingtaine de kilomètres sous un soleil de plomb. Pourquoi «de plomb» ? Je n'en sais rien. Mais, ça se dit. Tout comme d'une vie intérieure, on dit aussi «profonde». A croire qu'une vie intérieure ne saurait être superficielle, et ainsi trop proche d'une vie extérieure. Laquelle n'est pas beaucoup mieux définie que l'intérieure. (A présent, on parle même d’Écologie profonde. Toute vie intérieure serait mieux dite superficielle que profonde. Mais, la formulation est moins belle que celles d'Alan Watts lui-même tendant à montrer que ce qui constitue une limite constitue du même coup un contact. Dieu est Relation, disait Thomas d'Aquin. Et, sauf erreur, tout contact requiert une surface. Sans doute, entend-t-on ''profond'' au sens de ''plus réel et exact qu'une approche superficielle sans véritable compréhension du sujet, sa portée, ses implications lointaines et ses significations existentielles.'')

Mais passons ! Je suis en philosophie de vacances. Une de ces philosophies des apparences définissant les choses par leurs contraires sans préciser la nature de ce contraire et en quoi il est un contraire. Telle la météo. Laquelle est ''bonne'' certains jours, et d'autres jours non.

Encore que hagard, mentionné plus haut étant un terme de fauconnerie, qui exprime la sauvagerie en opposition de la domestication, ne saurait être une apparence contraire à ma joie de me rafraîchir et terminer mon plaisir de vieux marcheur.

Redevenons SERIEUX, et ne nous égarons davantage.

Mon intention n'était que d'adresser une petite carte d'un Été, peu ensoleillé en fait.

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Carte intéressée, car je souhaite inciter mes visiteurs à un esprit critique à l'égard des réflexions que je compte rapporter ici à la rentrée au sujet du psychologique et du spirituel ; et de la distinction que je compte établir.

(Je souhaite que la critique vienne enrichir mon point de vue.)

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L'expression de mon visage m'a beaucoup amusé. (Et, quoique je ne l'ai pas encore dit, la teneur générale de mon billet portant sur la « psy/spi...quelque chose » on est en droit de penser que cette dite expression a elle-même un rapport quelconque avec le sujet ; qu'elle n'est pas une simple plaisanterie pour détendre l'esprit... ou mon corps et son esprit... esprit au sens d'esprit d'un alcool ou d'un vin.

Elle n'avait rien de particulièrement spirituelle ou religieuse, et dénotait seulement un certain état de fatigue résultant de l'effort physique que je venais d'effectuer dans la chaleur d'un plein soleil. On notera toutefois des éléments psycho-physiques certains tels

- que je n'étais pas présentable...

- que la production de sueur est un signal olfactif érogène (rendant gênant de se présenter comme en état de rut) mais que la sueur refroidissant produit une puanteur déplaisante (pouvant suggérer un manque de respect d'autrui)...

- qu'avant une certaine 'récupération' physique, ne serait-ce que de quelques minutes, la plupart des gens sont indisponibles à toute conversation, que ce soit pour écouter l'autre ou s'adresser à lui.... alors s'adresser à Dieu, vous pensez !... D'ailleurs, Jésus montre l'exemple : il commence par laver les pieds et remet à plus tard de parler de l'Esprit. (Même nus, les pieds ça pue).

Tout ceci pour dire que sans être dans le sujet même de la psychologie et/ou de la spiritualité, je parle néanmoins d'éléments préalables à l'esprit de fraternité que sont les rapports sociaux. (Et, l'esprit de fraternité est une dimension horizontale de toute vie psy/spi réelle, n'est-ce pas?)

Comme je vis actuellement seul, c'est sans importance en dehors d'une question d'hygiène et de santé. Mais, on peut imaginer que j'eus été invité pour le thé ou que j'ai moi-même invité à prendre le goûter avec moi....

J'aurais pris une douche, peigné ma barbe, mis de l'eau de Cologne ou de toilette. Je me serais habillé de propre. Par cette chaleur, inutile de se beaucoup vêtir. C'est bien pratique... D'un autre côté, je ne pratique pas le nudisme (du moins en compagnie).

Au fait, peut-on avoir une vie psychologique dans l'isolement ('l'enfant-loup') ?

Quand je suis pris ''en stop'', ce n'est pas seulement mon corps qui se relâche, mais aussi mes éventuelles tensions psychologiques, car je puis m'exprimer, raconter telle petite histoire ou provoquer un échange.

Un autre jour (cette fois là, c'était voici près de deux ans), j'ai épaté une jeune femme qui venait de me prendre dans sa voiture. A peine assis, je me suis exclamé : « Dites donc, Madame ! Ne seriez-vous pas une gendarmette par hasard ? »

Devant son étonnement, je lui ai précisé qu'elle était la première personne rencontrée depuis longtemps qui respecte tout 'naturellement' les consignes de sécurité a) par rapport au code de la route b) par rapport au risque d'une agression physique. (Ce b consiste en deux points principaux : ne jamais s'arrêter au hauteur d'un inconnu, mais quelques mètres en arrière ; être en mesure de démarrer sur les chapeaux de roue.)

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Au cours de cette marche, j'ai pratiqué diverses techniques ou, disons plus simplement que j'ai utilisé plusieurs trucs pour marcher vite, sans souffrance et sans fatigue, tout en demeurant dans un état d'esprit proche du recueillement.

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La psychologie est descriptive, apodictique, assertive et prédicative ; et supposée potentiellement thérapeutique.

Le spirituel est silencieux, indiscernable, lointain, assez indéfinissable1 ; et supposé parfaitement inutile2 et sans effet3.

Sauf à dire que toute psychothérapie est normative et répressive, idée-o logique ;

Que la spiritualité est polymorphe et libératrice, apophatique.

Comme je l'annonce à grand renfort de hauts cris de bateleur : j'entends faire valoir dans mes blogs d'Automne que la philosophie d'Alan Watts est totalement apophatique, mais joyeusement et expérientiellement mystique.

 

Bon Été.

1Si ce n'est à la manière du bonheur, par son absence.

2Si ce n'est à la manière de l'esthétique, quand son support matériel ne peut se vendre à l'Hôtel Drouot.

3Sinon comme placebo, certes.