Alan watts l’appellera danse, en conclusion de son ouvrage. Reprenant son compte rendu sous un angle nouveau, je jetterai quelques idées en guise d’introduction. La santé mentale consistant à être et se ressentir en accord avec son environnement, ou encore que toute volonté de changement est pathologique (car prétention de posséder le Vrai et le Bien), que l’instance personnelle ou inter-subjective qu’il faudrait justement changer, ce n’est pas le consultant et/ou malade, mais sa propre volonté d’être autrement que ce que l’on est et/ou le psychothérapeute.

Pour faire image, ou peut-être même bien, pour établir une comparaison : vouloir changer ressemble à l’homme et/ou femme politiques qui a les capacités de parvenir au pouvoir mais aucunement les qualités de son exercice. Ses actions seront toutes influencées par un souci de conserver son pouvoir plutôt que par celui d’en user pour agir. En somme, ce qui était volonté de changement se transforme en volonté de conserver son pouvoir d’agir plutôt que d’entrer dans des actions qui risqueraient de le lui faire perdre. C’est un chien qui se mord la queue.

Et, ce ne peuvent être que de grands malades ces Grands de ce monde, qui veulent gouverner le monde sans être capable de se gouverner eux-mêmes.

Rappel, un adage : le gouvernement le meilleur étant celui qui gouverne le moins (dans le « gestion » de son/ses âmes comme celle de l’État).

Entrer dans la danse est une action, et toute action est intrinsèquement modificatrice de son acteur, certes. On peut l’admettre (ou non), il ne semble pas que ce soit une caractéristique majeure différenciant ou unifiant l’Orient et l’Occident1.

Par contre, il semble que la caractéristique majeure de l’Orient soit que la relation y prime ses éléments, chacun de ceux-ci étant sans cesse en changement. Le yin est indissolublement lié au yang, aussi étroitement que la nuit et le jour, mais leurs places réciproques s’inversent du soir au matin et du matin au soir2. Chacun, surtout en politique, devrait le savoir : le soir, il fait de moins en moins jour ; au matin, il fait de moins en moins nuit. Le soir/nuit/matin/soir est aussi bien un seul « système » que quatre en relation, desquels il est impossible de séparer d’autres systèmes amenant la variété des heures selon les latitudes, les saisons, etc.

(Ici, le gros inconvénient des malades de la politique est leur refus de pondérer la tendance de tout système à rester ce qu’il est, indifféremment des modifications de son champ d’application.)

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Envisagée sous un autre angle d’approche, on peut songer à l’ordonnancement du tamis de Socrate, par lequel la première tâche est de s’assurer de la Vérité et son degré de crédibilité, la seconde de la Bienveillance et l’apport, le bénéfice pour l’autre, la troisième de l’Utilité et ses degrés. Roger-Pol Droit (dans l’un ou l’autre des deux ouvrages qui l’ont fait connaître du grand public, le premier sur l’Inde, le second sur le Bouddhisme) souligne l’inversion des priorités : dans l’advaïta comme le Bouddhisme, l’Utilité vient en premier, le Bon, l’action bénéfique en second, la Vérité et sa fiabilité en dernier.

Le Laozi, pour sa part, dit en substance que le gouverneur ne doit pas se poser en leader, mais se situer « derrière le peuple ».

Dans tous les cas, le bien et l’intérêt de l’autre est central, l’axe de la stratégie orientale – quelle qu’en soit la formulation et l’expression culturelles.

(Les prochains billets tenteront de tracer l’itinéraire du « changement » à l’adhésion au mouvement.)

 

1A un moment ou un autre, il faudra bien distinguer l’Orient (inclus Moyen-Orient) indo-européen de l’Orient vraiment Extrême de la Chine et des peuples de ses marches. Et aussi, ne pas négliger les influences de ce « monde » indo-européen sur le « monde » chinois, et réciproquement.

2Vrai pour le mouvement du Dao/tao des taoïstes mais aussi des confucéens et néo-confucéens : la jeune fille devenant épouse doit obéissance à sa belle-mère, mais seulement jusqu’à ce qu’elle devienne belle-mère à son tour.