Il est possible que ce ne soit qu’une « vue de l’esprit » de ma part : la difficulté de résumer cet ouvrage provient d’Alan Watts lui-même, dans son écriture : il a déjà vendu la mèche ! Il cherche une nouvelle expression littéraire (i.e. verbale), utilisant un « langage scientifique » pour énoncer une réalité évidente à ses yeux. De chapitre en chapitre, il explore devant nous les diverses possibilités (et les discours tenus à ces sujets), tout en se contraignant à ne pas laisser prévoir ses conclusions. Son écriture est un peu contrainte, tel un mauvais humoriste dont la difficulté à contenir son rire, en racontant une blague, est trop visible.

L’alternative et la convergence (supposées) ne sont pas entre Orient et Occident (au plan thérapeutique), mais celles d’une adaptation (et toute « guérison » n’est jamais qu’une « adaptation » de l’organisme à son environnement – permettant d’éviter la mort, et une relative autonomie du corps.)

Cette adaptation peut se faire par rapport à la nature ou par rapport à la société.

Adaptation ou adaptation + « libération ». La nature aussi bien que la société manifestent la ‘volonté’ d’imposer un « destin ». Toutes deux « aliènent » l’individu (du moins quand cette notion ou la réalité correspondante existent dans la culture locale envisagée).

Sous cet angle, la grande différence entre l’Orient dit contemplatif et l’Occident dit actif, est au final identique.

Le Christianisme, les monothéismes1 en général, furent réticents, ou opposés, aux « techniques orientales », notamment au Yoga, puis au Zen, précisément parce que l’acteur des dites contemplation & action entend se libérer, guérir, trouver son bonheur, sans l’assistance ou par-delà les lois habituelles de la nature et/ou de la société.

Petite difficulté connexe : dans cet ouvrage en particulier, Alan Watts ne peut ignorer ses lecteurs américains, lesquels doivent composer avec la réalité d’une société dont la clef institutionnelle est « Dieu », dont la pratique peut se traduire de toutes les manières possibles et imaginables, depuis le puritanisme des premiers migrants jusqu’aux églises dont le culte permet de multiplier son chiffre d’affaires ou le montant de son compte en banque. Les dénominations sont si nombreuses… (Ne parlons pas des sectes meurtrières, type suicide collectif de Guyana, mais n’oublions pas que ce phénomène existe… A mon avis, tirons-en la même conclusion qu’Alan Watts : une stricte a-politique. Laquelle ne signifie pas anti-politique, ni non plus notre franchouillard « gouverner au centre ».)

L’ouvrage ne s’adresse en rien aux croyants, ni aux incroyants du reste, mais aux chercheurs de « l’éveil au moi véritable », qui est une affaire intérieure et privée. Pourtant, pour toute intérieure qu’elle soit, la guérison du faux-moi passe par des moyens appropriés au cadre culturel et géographique dans lequel cet éveil il s’effectue. Il ne peut faire l’économie de l’ignorer. L’ensemble de ces concepts et réalités qui y afférent ne sont pas des produits d’import-export. Le transporteur n’offre aucune assurance de fret, ni même de garantie d’origine.

Conclusion et/ou confusion (de pause) pour ce billet :

A la manière de ce religieux2 affirmant que « la meilleure preuve de la Puissance du Diable est qu’il soit parvenu à nous faire croire qu’il n’existe pas. », je serais tenté de prétendre que la meilleure preuve de la souffrance de cette entité fictive qu’est l’ego est le spectacle de l’absence, à moins que ce ne soit la bougeotte, des positions politiques françaises, au sujet de la religion, de la morale, du sexe, de la guerre, etc. quand ce n’est le « sens de l’État » dont, logiquement, ils devraient se réclamer.

1Le matérialisme étant un monisme

2Cité par Jacques Brosse dans ses Grandes Personnes, si je ne m’abuse.