Mon idée était de filer le plus rapidement possible vers le dernier chapitre de Psycho. Je m'aperçois qu'il peut être fort utile de s'attarder un peu au tout premier chapitre.

En effet, pour fonder une psychothérapie vraiment scientifique, il faudrait imaginer un thérapeute qui puisse recevoir à son premier rendez-vous quelqu'un tel que le regretté Norbert E. Said (comme pourfendeur des arrières-pensées de l'imaginaire occidentale de l'Orient), au second quelqu'un comme V. Poutine (qui a su créer comme un pacte de non-agression mutuelle avec les Patriarcats de l’Église Orthodoxe, et, tacitement, toutes les religions de Russie et alliés russes), au troisième un Donald Trump (qui est une sorte de Bernard Tapie US ) ; au quatrième un Teng Xiaoping, qui découvrit le marxisme en France, en compagnie de Zhou Enlai, (un Teng qui fut d’abord farouchement anti-religieux et anti-spirituel, puis beaucoup plus libéral – sous réserve, assez logique, de s’assurer que la CIA ne se cache pas derrière cette liberté des cultes comme des expressions populaires « superstitieuses ».

L’ouvrage d’Alan Watts lève le canular ; mais un commentaire de celui-ci deviendrait inutile s’il ne montrait, ou suggérait, la différence de son début et de sa fin. Autrement dit le chemin à parcourir pour aller de l’un à l’autre.

Comme le dit Joseph Needlam (1900-1995)1: « Oui, à la science moderne occidentale ; à la science occidentale, non ! »

Ce qui implique que N.E. Said (1935-2003), V. Poutine (1952-?), D. Trump (1946-?) , Teng Xiaoping (1904-1997) – par-delà le temps et l’espace – venaient à devoir consulter un même thérapeute selon la science occidentale, en raison d’un quelconque malaise ou mal être, que la nosographie se chargerait, -soyons en sûr-, de cataloguer... Eh bien ! Cet hypothétique psychothérapeute occidental pourrait/devrait/serait supposé leur apporter un même réconfort moral sans tenir compte de la situation de guerre du Moyen-Orient, des intérêts de toujours de la Grande Russie, d’un rêve américain ressemblant parfois à des histoires de gangsters ou des modifications cruciales entreprises en Chine au plan économique, mais aussi de la liberté religieuse et démocratique2.

(Étant entendu implicitement qu’une situation de guerre, les sociétés moyen-orientales, les cultures russes, américaines et chinoises ‘profondes3’ ont chacune des agents pathogènes propres.)

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À jeter un coup d’œil sur l’actualité très immédiate en Angleterre et en France, peut-on ignorer que les pays les plus farouchement pro-européens sont ceux pour qui l’UE est une garantie de leurs propres intérêts économiques et militaires nationaux ? Et, à l’intérieur de chacune des nations, l’existence de particularités identitaires basques, bavaroises, bretonnes, catalanes, corses, écossaises, et cœtera !

Alan Watts, à l’Académie des Études Asiatiques aimait citer A. David-Neel (1868-1969), en préalable de ses propres cours. A. David-Neel, qui comparait la pluralité des aspects et la désunion des instances du « Moi » au parlement de la 3° République.

À mon avis, nulle doute qu’aujourd’hui, elle prendrait la métaphore du Parlement de l’Europe (comme de l’incurie de certains de leurs dirigeants nationaux et régionaux).

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La prise de conscience de notre ressenti envers la culture dominante comme envers la nature environnante est la première clef d’une « thérapie libératrice » qui soit autre chose qu’une simple conformité aux normes de la respectabilité sociale. (Laquelle se résume trop souvent au service des intérêts économiques de multinationales, indifférentes au respect des particularités culturelles nationales et régionales, tribales, claniques ou associatives. Dans ce domaine, caractéristique de la « Mondialisation », le ‘tout’ n’est pas un ‘plus’ que la somme de ses parties ; il est un moins. La Mondialisation économique n’est pas un ‘plus ‘ ou un ‘mieux’ dans l’existence de chacun – et de chacun dans ses appartenances de groupe. Elle est un ‘moins’, une soustraction du bonheur d’exister comme une dévaluation de la capacité de regarder en face le tragique de la vie.)

1La science chinoise et l'Occident, Paris, éd. du Seuil, 1973, pp 55, 113, 241.

2N’en déplaise à nos sinologues, qui feraient bien de relire dans les Évangiles, la parabole de la paille et de la poutre.

3J’utilise ce mot à la mode, synonyme, semble-t-il, de véritable ; mais en matière de « pathogénie » mentale, il est à noter que le ‘superficiel’ est tout aussi efficace que le ‘profond’. La « pathogénie » atteint son pic lorsque le ‘profond’ et le ‘superficiel’ (=affiché et verbalisé) sont en contradiction antagoniste.