Alan Watts, 2°s 16

Quelques notes préparatoires.

 

(Provisoirement, je vais poursuivre mon exploration dans ce blog, et réserver à des textes (supposés) définitifs mes Variations Wattsiennes, en projet.)

 

Je me pose la question : faut-il commencer par exposer pourquoi & comment j'en suis venu à m’intéresser à la Philosophie comparée d'Alan Watts ? Ou, réserver ces confidences pour un peu plus tard, par exemple après avoir – solidement – établi ce qui demeure l'originalité de son œuvre ?

(Originalité qui est, selon moi, de ne l’être nullement sur le fond, puisque tenant de la philosophie pérenne, mais beaucoup sur la forme et sa relation aux problèmes concrets, quotidiens.) Cette pseudo originalité demeure d’une actualité très forte, voire un peu trop forte sur certains points, tels ceux de l’Amour et ceux de l’Écologie réelle – dont la meilleure expression « philosophique » (utilisable par tout un chacun) demeure le Taoïsme.

Je m’interroge aussi sur la méthode à adopter : une large part de l’œuvre d’Alan Watts n’a pas pris une seule ride, une autre a changé de domaine d’application (en raison de l’évolution sociale, politique et géopolitique du monde), une troisième part mérite probablement des développements.

 

Peut-être faudrait-il aussi poser ouvertement la question : en quoi, comment dans sa vie, peut-on être un Traditionaliste et un anarchiste libertarien ? (Pour les américains cultivés, lecteurs et adeptes de Watts, cela ne pose aucun problème. Pour les européens, et pour les francophones en général aussi, semble-t-il, c’est beaucoup moins sûr.)

 

D’autre part, petit problème personnel : l’objectif de mes Variations est la publication… quelque chose de définitif (relativement). Si mon tao1 permet une publication, je ne pourrais pas faire une rectification rapide et avouer franchement, comme je l’ai fait plusieurs dans ce blog : ce que j’ai dit n’est pas faux, ni complètement dénué d’intérêt, mais au final je me suis complètement « planté » !

 

J’allais oublier l’essentiel : où, à quel moment, placer le fait que la « spiritualité » d’Alan Watts n’est accessible qu’à la condition de disposer d’une salière lorsqu’il est indiqué « sel » ?

Et, bien sûr, en « rendre raison » d’une manière ou d’une autre – puisqu’il n’y aurait pas de philosophie sans un minimum de « raison » quelque part ?

En résumé : je dois ouvrir le chantier (dans ce blog ci) avant d’y bâtir mes « Variations ».

Selon ma petite éthique personnelle, ce chantier est « ouvert au public », la cuisine du resto idem.

 

Je pense avec Watts (passage de L’Identité Suprême, repris dans la préface de Amour et Connaissance) « qu’il soit indispensable à un philosophe de défendre sa vie durant une position rigidement cohérente. C’est une sorte d’orgueil de l’esprit que de s’interdire de ‘penser à haute voix’ et de publier une thèse tant qu’on ne se sent pas en mesure d’en présenter une justification sans appel. Tout comme la science, la philosophie est une fonction sociale. On ne peut penser juste tout seul, et il est nécessaire de livrer sa pensée au public afin de profiter en retour de la critique. »

Alan Watts ajoute cette précision : « S’il m’arrive de donner à certaines déclarations un tour autoritaire ou dogmatique, c’est par souci de clarté et non pour jouer les oracles. »

 

Pour ma part, je ne risque guère de jouer les oracles. Par contre, je suis souvent qualifié d’iconoclaste, au motif que je rappellerais facilement que le futur Roshi T. Deshimaru était apparenté à un Contre Amiral de l’État-Major, ou que Sainte Thérèse d’Avila était apparenté au Roi d’Espagne, qu’elle avait connu enfant et qui ne put jamais se permettre la moindre privauté : Thérèse lui fichait immédiatement une raclée ! La remontrance qu’elle adressa au Roi au sujet de vie amoureuse s’en explique plus aisément. Et, on comprend que le Roi calma l’esclandre, en dotant un couvent d’une solide pension (comme le lui demandait Thérèse – plutôt que d’entretenir son harem de putes !) Inversement, on pourrait s’étonner que je trouve admirable qu’il arriva plus d’une fois qu’elle asséna de monumentales gifles à telle ou telle de ses « filles en religion », lorsqu’elle les surprenait à confondre pâmoison érotique et pâmoison mystique. Dans mon esprit, il s’agit d’un compliment, le constat d’une fine psychologie de ces émois équivoques aux manifestations physiologiques d’apparence semblable.

J’allais oublier : pour Deshimaru, c’est qu’il put se permettre (alors qu’il était aumônier) d’insulter une vingtaine de jeunes officiers, qui avaient capturé de jeunes vierges, en Indonésie, en vue de pourvoir leur bordel militaire.

Ces exemples n’enlèvent rien à la valeur éthique et au courage des personnes. (En fait, quand on attaque directement les pharisaïsmes et les bien-pensées, mieux vaut avoir de solides soutiens! La légende du Grand Inquisiteur, rapportée dans Les frères Karamassof, Dostoievsky, dans sa structure, ne doit pas être limitée à son contexte géographique et historique.)

Ces exemples sont à savoir, afin d’éviter de confondre certains actes avec des « super-pouvoirs » magiques qu’apporteraient la spiritualité carmélitaine ou la pratique du zazen.

 

 

 

 

1Cette expression « mon tao », à elle seule, demanderait un chapitre explicatif tout entier : le tao est l’ordinaire de toute vie, humaine et non humaine. Les doctrines du Tao sont si nombreuses qu’en parler directement, mais dans l’abstrait, est aussi vain que de les doctrines « de Vérité » ou de « Bien ».