Transposé en français courant, ces « bulles » de B. Obama s’appelleraient « Nos herméneutiques au zinc du café du commerce ».

Compliquons d’abord les choses (afin, ensuite, de mieux mettre en relief leur simplicité spirituelle)

Ce qui devient gênant, à la longue, est une autre facilité : un journalisme prétendu d’information qui ne vole guère plus haut que celui du bar. Niveau qui a son utilité quasi irremplaçable ; et, s’il y a un point commun entre Alan Watts et moi, c’est bien notre commune connaissance de l’ergonomie et de l’orthopédie du bon niveau du bar. Là n’est pas la question, qui se trouve dans une certaine mode de lèches bottes populistes. Laquelle, d’ailleurs, n’est pas une affaire de niveau qualitatif du sujet, mais l’attirance du bas, quand ce n’est l’exclusivité du bas, et la feinte de faire croire qu’il puisse exister un bas sans haut. Pour paraphraser Watts : un seul bout de bâton ! (Ou, un nord sans sud, une droite sans gauche, un début sans fin, un contenu sans contenant, un œuf sans poule, etc.)

Au plan métaphysique, la question de l’Illusion (maya), de l’idéalisme et du matérialisme, bref la question de savoir si c’est la pensée humaine qui évoque le monde ou si c’est le monde qui s’invoque dans l’esprit humain.

Mais, psychologiquement, en politique, cette question devient celle de la manipulation et des attrape-nigauds politiques. Question fort embarrassante, dès que l’on tente de l’appliquer à soi-même. Comme disait Raymond Aron : « L’idéologie, c’est toujours les autres. ».

Dans les années soixante, du siècle précédent, il était de bon ton, selon son bord, de parler d « anti-américanisme primaire » ou d « anti-communisme primaire ». Ma foi, depuis une quinzaine d’années, il semble qu’apparaisse un double et virulent « anti-slavophilie primaire » & « anti-sinophilie primaire ». On me dira : mais non, mais non ! Le seul « anti » qui soit primaire est l’anti-islamisme.

Est-ce à dire qu’il n’y aurait pas une autre tendance ? Non ! Fort heureusement !

Il semble même qu’il y aurait un nouveau journalisme, qui tente prioritairement d’élargir l’horizon des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs/internautes. Un journalisme montrant qu’il y a potentiellement d’autres actualisations que celles des nouvelles rapportées au jour le jour.

Le Savoir authentiquement Traditionnel s’inserre et s’incarne dans son temps sans s’y ancrer. Il. peut être considéré comme un tout unique dans son principe, susceptible d’être compris à des niveaux différents d’un point de vue de la compréhension intellectuelle, mais identique dans sa nature : Servir l’Univers. Les bâtisseurs de Cathédrale ne construisaient pas des œuvres esthétiques, mais des lieux de prière, pour lesquels leur créativité et leur talent devenaient eux-mêmes des prières de louange. (Ce qui n’est là, somme toute, qu’une paraphrase d’André Malraux, qui n’était pourtant pas un bigot.)

Cela dit, il est inévitable de devoir différencier le discours traditionnel (& sa distinction entre l’exotérisme et l’ésotérisme) du vécu traditionnel où l’unité intérieure est le réel ésotérisme « profond », comme on dit maintenant pour se distinguer de la sottise ambiante du prêt à penser instillé par la culture et les médias de masse. Avant il y avait une expression très explicite : bourrage de crane. La formule n’est pas élégante, mais elle avait le mérite de bien dire ce qu’elle voulait dire : une sorte de gavage psychique d’idées toutes faites. Il est à noter au passage que la « langue de bois », qui équivaut à ne rien dire, est un précieux auxiliaire de propagande politique, fort utile lorsqu’une vraie question a été posée ou que le bourrage de crane ne passe pas.

Le Savoir traditionnel est une hiérarchie de signes beaucoup plus qu’une suite ou un entassement de « bulles » étanches.

En simplifiant, il n’y a que deux niveaux à considérer :

Une réalité de toujours : L’âme humaine s’alimente et communie à la nature et/ou à la société. Tout conflit naît de celui pouvant exister entre l’une et l’autre (mais rappel => les « moines défricheurs » étaient des « contemplatifs ». Ce n’est donc pas le fait de « travailler » la nature ou de la laisser sauvage qui différencie l’action -le travail, au sens moderne- de la contemplation. Je n’irai pas jusque là, mais il est permis de penser que l’erreur n’est pas de vouloir être maître de la nature mais celle d’en être un mauvais maître.)

Une réalité devenue évidente au milieu du XX° siècle, effrayante dès le début du XXI° siècle : le travail comme aliénation d’une « âme » humaine, qui ne parvient plus à se refléter, ni se ressentir, au miroir tant social que naturel. Toute convivialité paraît disparue. L’immense mensonge contenu dans l’idée de croissance – laquelle se porte fort bien, pour les riches ; son seul inconvénient étant d’appauvrir les pauvres et de tuer les populations en situation de survie.

(à suivre)