diogene alexandre

(Pause estivale 03 > Apprentissage en philosophie 2/51)

Sans exagérer le détail, mais la forme de ces simples griffonnages devraient y pallier, je suis un peu frustré, presque peiné (quoique légèrement) qu’Alan Watts ne dise mot de Diogène-le-chien. Diogène présente pourtant, selon l’apologie légendaire qui l’enveloppe, de nombreux traits communs avec nombre de ses « homologues » du Chan/Zen. Par exemple, Bankei Yōtaku (1622-1693), qu’il mentionne plusieurs fois.

La figure de Diogène a dominé ma philosophie et m’a préparé à la rencontre (livresque) d’Alan Watts. A mon ressenti d’enfant, il était le symbole même de la liberté, à ceci près que je n’avais pas la moindre idée de la signification du concept. La signification, ni, très probablement, le mot. A mon souvenir, Diogène est un sacré crack, qui osa demander à l’Empereur Alexandre (un grand manitou du coin, à l’époque antique) de s’écarter de son Soleil. Ma culture « philosophique » s’améliora ensuite au gré de mes « Illustrés ». Faute de pouvoir fournir les références exactes de ces « Illustrés », je ne tenterai pas de raconter en quoi ce fut une amélioration de ma culture. La seule vraie source de ma culture, jusqu’à 13-14 ans, sera illustrée – concurremment toutefois, avec d’excellents films et le théâtre, pour lesquels j’avais des facilités, ma grand-mère et une grand-tante étant des bonniches d’acteurs (ce qui demeure du domaine visuel, comme dans toute culture populaire, en France en tout cas – je ne découvrirai le plaisir de la voix qu’en faisant du théâtre amateur et dans la récitation de poèmes, dont un enregistrement….). Passons, car si elles pourraient être intéressantes dans leur contexte & situation, ces précisions sortent de mon propos, de retracer très sommairement mon apprentissage de la vie philosophique et comment l’audace de m’affirmer Philosophe m’est venue, par devoir envers moi-même et sans me soucier d’être reconnu ou dénié tel. Je me dois, à moi seul – du moins, en première étape de cette démarche.

Je voudrais faire valoir (par delà les qualificatifs d’enfant, dont j’ai affublé Diogène), que ce sont des images et une attitude qui m’ont fasciné : deux hommes plaçant l’autorité de la Nature au-dessus d’eux-mêmes. Cette fascination s’est ensuite enrichie du sentiment qu’il faut se méfier des habitudes du conformisme social. Se méfier, tenir à distance, rester vigilant, mais en rien se révolter. Diogène aboie mais ne mord pas, et l’Empereur n’est pas menaçant, fait taire les quolibets de ses courtisans et de ses officiers . Encore enfant, je pensais qu’ils auraient pu être de bons copains. Aujourd’hui, il me faut dire après tout le monde : la connivence spirituelle entre les deux hommes est forte. La différence d’age n’y changeant rien.

Revenu à Paris pour aller en Primaire, j’eus d’autres chats à fouetter : dominer ma peur de la violence et la souffrance de la solitude. Elles s’atténuèrent sensiblement avec le lycée. Mon apprentissage proprement dit reprit en redoublement de classe de 4°, par mon désir d’entrer dans un groupe d’élèves qui exigeait, outre de passer par un certain bizutage, de faire preuve d’une culture supérieure au niveau général (notamment, en philo et en politique!). Au risque de trop caricaturer : il fallait savoir argumenter autant que se bagarrer. Il me fallut faire un rattrapage autodidacte à grande vitesse. Ce qui me ramena à Diogène, via Socrate. Pour me poser, je me mis à lire ostensiblement Malraux. Pour me former au raisonnement, je choisis la série des Que sais-je ?, de Jean Brun principalement.

(Voulant vérifier la fiabilité de mes souvenirs, j’ai été voir divers articles sur Wiki et quelques autres sites gratis et d’accès facile. Une critique d’époque, sur le Socrate de Jean Brun m’a intrigué : N'eût-il pas été intéressant, même philosophiquement, de rappeler que la formule delphique « Connais-toi toi-même » signifie à l'origine : « Connais ta portée, tes limites, sache que tu es un mortel, et non un dieu », et que ce sens restrictif est loin d'avoir complètement disparu de l'enseignement socratique? Pierre AUBENQUE (pour Persée2)

L’expression est d’un effroyable convenu, mais je n’en vois pas beaucoup d’autres : nous n’avons pas du lire le même livre.

Il semblerait que je ne sois pas encore très à l’aise dans ma prétention philosophique, associée à une indifférence totale concernant la hauteur, largeur, pesée et profondeur de vue, qui seront accordées à mes descriptions et réflexions d’une expérience philosophique. (Mais, zut alors, ce serait un peu gros que je pense depuis presque soixante ans quelque chose de tout simplement faux ! J’ai passé plusieurs heures à parcourir à surfer sur le Net ; j’ai téléchargé ou copié-collé une soixantaine de pages. Pour une petite partie, elles vont me permettre une petite et rapide révision ; mais, en premier survol, il semble bien que la plus grande part de la documentation réunie au cours de ces quatre ou cinq heures va réclamer une lecture sérieuse et travaillée. Ce sera pour plus tard. Pour une fois que je respecte mon plan de travail, je ne veux pas le retarder. tout au long de ces « pauses d’été », je vais interpoler des griffonnages dans mes griffonnages, reprenant ou contrecarrant d’autres textes, dont je ne préciserai pas ni les références, ni les auteurs. Sauf citation éventuelles.)

Quoiqu’il en soit de l’alinéa précédent, je fus admis au sein du groupe – et deux des meneurs me firent l’honneur de me présenter à leurs mères, et même de prendre le thé avec l’une d’entre elles… accompagné d’un fond sonore de musique de koto japonais.

Je raconte dans mon roman autobiographique tout ce que je dois à ce groupe, en matière de littérature, de musique, de cinéma.

En philosophie, les choses évoluèrent selon deux lignes majeures : l’ésotérisme3 et l’orient4. Excellente propédeutique pour m’initier plus tard au Yoga et faire d’Alan Watts mon Maître à penser & vivre.

Bon ! j’en ai marre ; on verra la suite lors du prochain billet.

 

1Demeurant encore dans mon parti pris de « chantier à ciel ouvert », je précise que les griffonnages de ce billet tout spécialement seront particulièrement subjectifs. Dans une perspective d’édition, mes réflexions seraient autrement ordonnées

2Aubenque Pierre. Jean Brun, Socrate, (Collection « Que sais-je ? », n° 899), 1960. In: Revue des Études Anciennes. Tome 64, 1962, n°1-2. p. 166; http://www.persee.fr/doc/rea_00352004_1962_num_64_1_3673_t1_0166_0000_1

3Qui m’amènera à m’amènera à plusieurs reprises de tenter la voie monastique ; mais le désir de chair l’emporta sur celui du cloître.

4J’avais dix-huit ans (1963-64) quand un chinois quadragénaire sera mon mentor et fracassera tout excès d’exotisme, tant à l’endroit du Bouddhisme que du Maoïsme.