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La Philosophie d'Alan Watts
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10 juillet 2015

Devoir de vacances 01

Ce sont deux axes, parallèles ou superposés, de l’œuvre d'Alan Watts : la Comparaison et la Tradition. Son dynamisme est la modification de la conscience, appelée « transformation » ou « libération », qui n'est pas exactement un changement de soi, mais plutôt de la perception de soi permettant un élargissement de soi au Soi, ou, autrement dit, d'une conscience égotique à une conscience cosmique. Il est généralement admis que cette modification s'effectue progressivement mais que l'on peut y accéder dans sa plénitude en un instant, en divers instants, d'intensité et de durée variables. Tel est la cadre général du tableau de la Voie, la carte de son territoire ou, pour utiliser l'expression chinoise, du cheminement « en peinture ». Toute « l'affaire » consiste à quitter la « peinture » pour la réalité peinte, la carte pour l'exploration effective du territoire, les concepts et valeurs pour ce qu'ils indiquent… jusqu'à la disparition totale de l'observateur et de l'observé, de ce que l'on voit et de ce qui est vu, etc. Comme le point de jonction de deux parallèles à l'horizon, cette unité absolue paraît s'éloigner au fur et à mesure qu'on s'en approche. (D'où l'expression « non-deux », l'Un étant lui-même une illusion, tout autant que le Deux. La manifestation commence avec le deux, l'Un et le Néant sont bonnet blanc et blanc bonnet...)

Aussi bel et bon que ce soit... la bonne question, le bon sujet du moment est celui de cet Été.

Pour ma part, ça va. Et vous, ça va ?

Je vous souhaite d'aller aussi bien que moi, hum ! mieux si possible.

PS Pour préparer la suite, sans donner de programme… puisque je me trompe chaque fois que je tente de le faire ! … je rappelle néanmoins qu'Alan Watts

par Comparaison, entendait une sorte d'extension, à tous les aspects d'une culture, de ce qu'Étiemble appelait « invariants » en littérature, c'est-à-dire « ce qui fait que l'homme est homme ».

Il est à remarquer qu'Étiemble entendait Comparaison au sens américain du terme, donc identique à celui utilisé par Alan Watts, c'est-à-dire sans européocentrisme, ni colonialisme, ni « condescendance ethnologique », ni justification « impérialiste » ou économique.

Pour qui ne connaîtrait rien de lui, aller par exemple à

URL : www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2002-1-page-97.htm.

(Encore à l'intention de qui n'en saurait rien, et inciter d'en savoir un peu plus, il est permis de d'apprécier Étiemble à la manière dont beaucoup s'inspirent de l'existentialisme sartrien nonobstant ses errements et quelques aberrations politiques ; on peut dire aussi qu'il fut une sorte de Michel Onfray de la génération précédente. Ils ont en commun, d'ailleurs, de voir rouge à toute apparition de cléricalisme & bondieuserie. A mon humble niveau, je ne puis me permettre de les critiquer de ce chef… alors que la queue de détente de mon revolver démange mon doigt face à tout signe de « laïcisme », considéré comme un « cléricalisme athée ».

par Tradition, pour faire court, que ces « invariants » sont intrinsèquement « religieux » mais indépendants des cultures, dogmes ou religions spécifiques.

est mort en 1973, donc avant que ne disparaisse définitivement (via divers troubles sociaux et raciaux) ce qui fut quelques années le « rêve d'un paradis californien » ; rêve partagé par un grand nombre d'américains eux-mêmes et pas seulement par les beatniks et hippies du monde entier). 

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11 juin 2015

Faire sans faire sa voie 2/3

 

Ce billet pourrait s'intituler « Où il sera encore fait mention de roman, mais la question ne sera pas là. »

J'attribuais à Gustave Lanson, au sujet des styles littéraires, cette citation : « Les doctrines ne valent jamais mieux que ce que valent ceux qui les appliquent. » Mais, en dépit d'efforts réitérés, je ne parviens pas à retrouver la référence exacte.

Il en va de même de l'auteur de cette citation, à laquelle je crois pourtant dur comme fer depuis des décennies : « Le Maître crée, le Disciple conserve, les autres – les suiveurs – trahissent. »

Je puis dire qu'Arnaud Desjardins est mon Maître spirituel, tout comme Alan Watts est mon Maître de Philosophie ; mais, franchement, je n'ai pas le sentiment de conserver grand-chose, ni non plus de trahir, puisque je ne suis pas Disciple de l'un ni de l'autre. Ou alors, un disciple surréaliste à la manière de Salvator Dali s'affirmant « non croyant, mais pratiquant ». Je dois à l'honnêteté intellectuelle de fournir les références exactes de mes assertions, mais l'esprit prime la lettre dans mon étude. Et, depuis pas mal de temps, (dans mon esprit) la connotation d'étude est celle de xué (étude, en chinois), qui se réfère à un apprentissage en pratique (laquelle ne dénote pas seulement un savoir faire, mais aussi un état d'être), à la manière de Tetsugen disant « La cuisine est mon étude ». Je l'ai écrit quelque part : pour devenir un cycliste, il faut apprendre à monter à bicyclette, mais on ne peut apprendre à monter à bicyclette sans bicyclette. Par rapport aux lignes ci-dessus, appelons « esprit » le fait de se trouver un cycle et d'y monter… et « lettre » le fait d'étudier la théorie du cyclisme ou la technologie du deux roues sans jamais aller y pédaler. Juste en passant : c'est ici qu'on voit que « l'esprit » peut être très matériel, et la croyance très savante, intellectuelle, mais sans jamais le moindre effet pratique.

Dans le même ordre d'idées, quand j'ai entendu dire de la bouche d'un très officiel professeur de philosophie d'une Université qui en compte d'excellents, qu'Aristote n'a jamais divisé la philosophie en métaphysique, logique, éthique et psychologie, que son « logos » peut s'entendre à l'intérieur de l'une ou l'autre de ces catégories, ça m'a fait « tilt », satori ou autre, en tout cas un sacré choc. Mettons (là, j'invente) le logos qui anime l'univers, le logos qui permet de raisonner, le logos qui dicte la conduite, le logos qui donne les explications (et les moyens...éventuellement thérapeutiques) d'un comportement. Un logos d'une signification qui serait proche du Tao, s'il n'avait été associé au verbe créateur qui s'incarne dans un homme qui est aussi (d'une manière ou d'une autre) l'une des trois personnes divines (les deux autres étant Dieu le Père et Dieu le Saint Esprit). J'en ai retiré cette idée qu'on dira simpliste : toute assertion qui ne peut avoir le même sens inhérent tant au niveau métaphysique, logique, éthique et psychologique doit être d'abord réputée fausse, mal formulée, inopérante ou aliénante. Elle peut entrer dans cet autre territoire qu'est celui du système de valeur. Ou celui des monothéismes en tout genre (dont le laïcisme mono-athéiste et l'économisme mono-je m'en mets plein les poches). En politique, on voit ce que ce que ça donne… Mais chut ! Pas de polémique !

&

Le grand avantage de l'idée d'une unité de la philosophie est de grandement faciliter la transversalité des diverses sous-catégories (physique, épistémologique, herméneutique, heuristique, etc. jusqu'à l'art de distinguer un vin de Bordeaux d'un Sauvignon de Californie ou d'un Pineau des coteaux de la Chine méridionale. Sans oublier l'art du Sexe, ni le romantisme de certaines émotions de tonalité poétique… poésie que les chinois qualifie de Grande Parole par rapport à la petite parole discursive, explicative et raisonnante. L'intuition de la Grande Parole unifie le fractionnement de la parole ratiocinante et sectaire, les identifications de croyance qu'elles soient du Catholicisme romain ou du Bouddhisme Bonnet Jaune ou des Cotations de Places Boursières. Là encore, chut ! Pas de polémique !)

&

Hypothèse : le Maître philosophique et la Maître spirituel sont des créateurs en ce qu'ils initient à l'intuition de la Grande Parole ; le Disciple conserve l'exotérisme de la petite parole sans en faire partager la saveur existentielle ET poétique ; les autres trahissent en ce qu'ils tentent de saisir les arcanes de la petite parole comme étant des réalités. Ce sont des croyants mais non pratiquants. Ceci étant une simple hypothèse… Laquelle, sauf erreur de ma part, n'a toujours pas été validée par le Centre ésotérico-pataphysique de Gare de Perpignan.

25 février 2015

Psy Or Occ 03

Introduction (suite et fin)

C'est de façon aléatoire que j'ai « choisi » de terminer mes notes d'introduction par les citations qui suivent ; je les « assume » mais je ne prétends pas en être l'auteur ou l'agent libre – aussi surréaliste et fantaisiste qu'il s'affirme être.

 

A « Je ne pense pas que les disciplines orientales constituent le dernier mot d'une sacro-sainte et immémoriale sagesse au point que le monde entier doive venir se prosterner aux pieds de leurs maîtres. Je ne crois pas non plus qu'on puisse faire un évangile selon Freud ou selon Jung, où les grandes vérités psychologiques seraient à jamais établies. Le but de ce livre n'est pas de prononcer le dernier mot en la matière, mais de susciter la réflexion et l'expérience. » Introduction p ii

§ Il est admis que l'expérience peut être aussi trompeuse que la croyance : non seulement le plus beau discours sur l'eau ne désaltère pas mais il est susceptible de renforcer la soif éprouvée (ordinairement appelée « espérance ») et si prendre une corde pour un serpent relève de l'illusion et dénote un total manque « d'objectivité », la peur éprouvée est bel et bien « expérimentée », psychologiquement éprouvée, sans compter qu'elle peut conduire à des faits bien réels ceux-là, tel que faire un mouvement de frayeur, se buter contre une pierre est se casser une jambe – cassure occasionnant une réelle douleur aussi importante que l'illusoire frayeur initiale.

Et ça, ce n'est pas de la poésie pour adolescent ou de la rhétorique pour s'occuper au fumoir ; il suffit de regarder la « corde » du terrorisme pour découvrir les effets que la peur du serpent occasionne en termes de femmes et enfants massacrés.

§§ La fameuse « occidentalisation » des sagesses et disciplines orientales réside dans le fait (bien réel) de croire qu'elles puisse apporter un « dernier mot » en un quelconque domaine. Entre les « sagesses » d'Orient et les « sciences » occidentales du psychisme, le match fera toujours ex æquo quand l'usage qu'on en fait est plus nocif qu'utile. Sur ce plan, en discuter au zinc à l'heure de l'apéro ou au salon entre cigares et cocktails en devient préférable.

 

B « L'initié est celui qui sait que certaines institutions sociales se trouvent en contradiction interne ou en conflit réel avec la structure naturelle. Mais il sait aussi que ces institutions sont investies des émotions les plus puissantes. Elles sont les règles de communication par lesquelles les hommes se comprennent les uns les autres. » p 49

§ La propagande, la « liberté d'expression » aussi bien que le vulgaire « bourrage de crane » sont de l'ordre de la Communication & de l'émotion… et chacun sait combien il est plus facile de manipuler quelqu'un et/ou quelques-uns sous l'emprise de leurs émotions que de tenter de les convaincre, de façon réfléchie, de modifier leurs convictions, leurs attitudes et comportements. La dispute, même si elle dégénère en querelle de jugements de valeurs (subjectives) n'explosent, au pire, qu'en une sévère « gueule de bois » et non en « gueules cassés » lorsque les arguments sont d'acier et les illuminations d'incendies meurtriers & criminels. (Napalm, phosphore et autres prodiges technologiques, en option exclusivement!)

 

C « Si maintenant la maya ou irréalité réside non pas dans le monde physique ; mais dans les concepts et les formes de pensée qui le décrivent, il est clair que la maya se réfère aux institutions sociales ― au langage, à la logique et leurs constructions ― et à la façon dont elles modifient notre sentiment du monde. » p 45

§ La psychologie est justement apparue comme un chaînon manquant entre philosophie naturelle et philosophie sociale. Donc, leurs dysfonctionnements respectifs, le besoin de corriger ceux ci et de « soigner » les conséquences qui tournent mal (en ce qu'elles sont douloureuses ou gênantes, pour se sentir à l'aise ou pour agir).

 

D « Transcendant à la pensée, l'Absolu est toutefois immanent dans l'expérience. » Cf. Wittgenstein : « Le mysticisme ne considère pas ce qu'est le monde, mais le fait qu'il soit… Il y a en effet l'inexprimable. Cela se montre de soi-même ; c'est le mystique. » note de la p 45

§ Détail sans importance pour le moment : cette transcendance/immanence expérientiellement constatée/mysticisme/mystique correspondront à ce que j'appelle « le spirituel », lequel mène au seuil de « mon1 » Apophatique générale.

§§ Au cours de l'ouvrage, Alan Watts va se servir du terme « champ », ce qui est déjà sortir des recommandations cartésiennes de diviser et de commencer par le plus simple.

(...diviser chacune des difficultés… commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître… )

§§§ On peut noter, provisoirement, qu'aux yeux du mystique, du poète ou du promeneur la beauté d'un paysage est un tout et non pas le total d'un petit cours d'eau+des arbres+de bons contrastes entre la luminosité et les zones d'ombre, etc. C'est quelque chose de global. Cette constatation esthétique se retrouve aussi dans la logique chinoise d'inclusion prioritaire à la division. Ainsi que dans la religion, sous la forme d'une hiérarchie. Dans ma vie personnelle, je veux bien croire qu'il me faut accéder au royaume des dieux, mais en pratique, mon Mont Meru à moi c'est la grande côte que je dois franchir pour sortir du village, et mon Vayu à moi c'est quand le vent souffle de norois ! Ces jours là, je me sens devenu comme un grand ascète.

A suivre, plus sérieusement, une prochaine fois…

J'allais l'oublier : pour Alan Watts la Connaissance acceptée des contraintes naturelles ou sociales ou de l'antinomie vindicative & sournoise2 nature et société est un pas, éventuellement un saut, dans le Bonheur et sa Liberté. Une danse érotique avec les éléments très divers du Cosmos.

1Les guillemets s'imposent en ce que je n'invente strictement rien. Seul (peut-être), l'usage que j'en fais en un XXI°siècle bien entamé est (peut-être) « mien ». Mien, au moins, en ce que je le pense.

2Je suis surpris du nombre de catastrophes dites « naturelles », qui, en fait, proviennent ou sont considérablement amplifiées en raison de dysfonctionnement sociétaux. (Précision : une TROP grande puissance de la pègre est à mes yeux un dysfonctionnement sociétal.)

16 février 2015

Psy Or Occ 02

En philosophie & sciences (dites) humaines et/ou (dites) Sciences Humaines, il en va un peu comme pour les Écoles de Guerre : il s'y enseigne trop souvent le connu d'un passé/dépassé et rarement un connu, utilisable en actes, qui soit actuel.

En sorte qu'en 1914, la plupart des armées européennes étaient fin prêtes pour la guerre de 1870 ; et, qu'en 1939, elles l'étaient pour 14-18, que la cavalerie polonaise chargea vaillamment les panzers allemands et qu'une quarantaine d’élèves de Saint Cyr crurent bon l'épée à la main de s'opposer à l'envahisseur.

De mauvais esprits ne manqueront pas de remarquer que le meilleur allié du débarquement de Normandie furent cette espèce de schizoïdie régressive de Hitler et sa confiance en la valeur militaire de l'imprenabilité de sa « Ligne Maginot de l'Atlantique ». (Le visiteur voudra bien me pardonner d'insister : le « mur » de l'Atlantique ne fut pas plus « pris » que celui de Maginot… c'est simplement que son utilité militaire était quasi nulle. Et, ainsi en va-t-il de nombre de sciences humaines, semble-t-il. Ce n'est pas tant qu'elles soient fausses, c'est qu'elles sont trop souvent inutiles, voire nuisibles. Dans le même ordre d'idées des rapports de toute science, éthique et utilité dans la poursuite du Bonheur un savant eut l'occasion de déclarer : « Hiroshima & Nagasaki une horreur ; mais quelle belle équation mathématique pour y parvenir ! »)

Psy Or Occ fut publié en 1961 aux États-Unis, soutenu notamment par des recherches datant de 1930. La discussion sur les ressemblances et les rapports du psychologique et du religieux n'est toujours pas close, ni dépassée. Elle s'est peut-être même compliquée de la mise à l'écart de certaines idées, telles la synergie autant animale que divine qui habite « L’Âme humaine ». Mais, il existe une psychologie et une sociologie religieuses, tout comme un « écologisme » étudiant ou militant la nature du dehors, sans en avoir grande expérience personnelle.

Les mots clés de Psy Or Occ sont assez habituels, sinon par l'usage qui en est fait de servir une réalité que je ne suis pas encore parvenu à formuler ; quelque chose comme « La Danse spontanée de l'océanique Tao » ou comme « Dans son océanique spontanéité, la danse cosmique du Tao ».

Toute la question paraît, dans un premier temps, se réduire au choix du critère de référence entre divers concepts d'apprentissage, d'adaptation et de normalité : nature ou société ? Avec en première conséquence le choix entre un « inconscient instinctuel » et un « inconscient éducationnel ». En seconde, que des sociétés se veulent obéir à « la nature » et d'autres s'y opposer ou la conquérir. (Par « société », ce peut être une institution religieuse aussi bien que politique.)

Ensuite, la conscience d'un « ego », qui pourrait être normal ou pathologie, sur lequel une action puisse « causer » la maladie ou la santé. Et, tous les ennuis commencent. Ne sachant ce qu'est un « ego », ni la nature exacte de « l'esprit psychologique », et si les hommes sont des systèmes d'action et non des agents, et si l'individu et le monde agissent l'un avec l'autre, l'un sur l'autre, de sorte qu'aucun d'eux n'est à l'origine de l'action, le problème est de savoir qui doit être considéré comme responsable lorsque les choses vont mal. (p 32)

De là, divers concepts sont passés en revue, tel celui de « double contrainte », mais il me faudra commenter qu'Alan Watts l'utilise dans plusieurs acceptions, certaines qui justifient mon slogan personnel sur la « réciproque du vrai », d'autres qui excluent toute relation. (Ce qui ne peut donc être qu'erroné, une exclusion du vrai et du faux ou une réciproque du vrai et du faux. Je le dis tout de suite : ma préférence penche vers cette dernière possibilité, laquelle réintègre mon slogan puisque le faux est vrai par rapport à lui-même – et réciproquement! Nul ne persévère dans l'erreur ou ne poursuit un raisonnement erroné sans conviction d'être dans le vrai.)

Suivent ensuite diverses notions sur la pluralité des egos, le sens du jeu entre illusions, vérités relatives et Absolu, le conflit de dukkha et la contre-mesure des upayas (auxquels, je me permettrai d'adjoindre « le mensonge des dieux »), la nécessité du temps, du langage et du silence pour devenir Immortel, toute psychothérapie comme préparation à la mort, ou encore cette constatation que « Le Tao n'a rien à voir avec la discipline. Si vous dites qu'on l'atteint par la discipline, à la fin la discipline fait perdre le Tao… Mais si vous dites qu'il n'y a pas de discipline, cela revient à vous conduire comme les hommes ordinaires (non libérés) » (p 119)

La normalité « mentale », la guérison « psychologique », peut-être même le simple désir d'adaptation sociale, ne sont qu'une intégration au Samsara et ses illusions addictives.

Au demeurant, se croire ou se vouloir « normal » est un symptôme psychiatrique.

Il se pourrait que je doive aussi me demander si le rappel de l'Inde et de la Chine ne serait pas aussi trompeur que son « oubli », et tout aussi nuisible à la Paix avec soi-même, avec les autres et les mondes « sociétals » et « naturels ».

19 décembre 2014

GAP 03

 

 L’Éveil de la Sagesse, dans sa propre petite personne issu de l'ego et du vécu de sa relation au monde (tant naturel que social), est un Éveil à la transparence1 du dedans et du dehors.

(Je parle ici du point de vue de mes explications par rapport à mon roman, qui est une continuité de mes variations wattsiennes par d'autres moyens… et non du langage comme outil de tromperie aussi bien que de connaissance, en opposition à l'expérience naturelle du contact moi & non-moi.)

De la spiritualité par rapport à l'esprit – supposé constituer son objet d'étude, le même malentendu semble s'être propagé que celui concernant celui du yoga par rapport au corps, – supposé circonscrire son objet d'étude. Mis à part que cette étude est surtout une pratique, le quiproquo est également le même que celui que l'on peut relever au sujet des Valeurs féminines, de l'idée d'incarnation ou de celle d'écologie ou de celle de religion, de sacralité, de liberté, de sagesse, de bonheur, et de tous ces termes si fréquemment utilisés quand il est question du "sens de la vie". L'écart entre le mot et la chose y est si grand que le mieux est encore d'affirmer que "ça n'a rien à voir". Le malentendu comme le quiproquo tiennent avant tout en ce que le dedans est pris comme représentation du dehors et que le dehors n'est donc jamais vu dans son extériorité ; de même, en vis-à-vis, le dehors est pris comme le dedans et le dedans réel jamais aperçu.

L'ego se sent personnellement agressé par un mal de pieds et non comme le constat d'un phénomène extérieur à lui-même d'un mauvais fonctionnement de la relation pieds, chaussures et difficultés de la chaussée.

Identifié à son mal de pieds, l'ego en oublie la part de lui-même déjà en contact avec l'être, « pour qui » les pieds sont externes à son « expérience intérieure » ou au contraire une donnée de sa propre réalité…. Par exemple, la beauté du site que ce même mal de pieds lui a permis de traverser. Après tout, toute chose a un coût.

&

La personnalité de notre ego résulte plus de son éducation et de son environnement social que de son vouloir.

Le corps « physiologique » ne peut se nourrir et se caractériser que de l'alimentation disponible dans son environnement géographique. La mondialisation du « manger italien » et du « manger chinois » n'apporte qu'une modification partielle.

Ce ne sont là que lieux communs.

Que le plus beau commentaire sur l'eau fraîche ne désaltère pas plus que le mot "chien" inscrit au panneau d'une grille d'entrée ne mord pas est une bien belle et bonne chose, à la réserve expresse qu'il est non moins bel et bien bon de savoir qu'il peut indiquer où se trouve la source vive et que l'on peut s'écarter de crocs menaçants. Le rappel se doit d'être double. C'est son utilité.

Certes, le mot n'est pas la chose ; mais il n'implique pas l'inexistence de celle-ci.

Sous cet angle, on pourrait (peut-être) dire que la philosophie commence par l'apprentissage de la distinction entre les mots qui ne désignent que du vent (la « langue de bois » des politiques, par exemple), les mots qui désignent quelque chose de façon correcte mais inexacte parce que insuffisante (un couteau coupe), les mots chargés d'un jugement de valeurs (les piqûres, « ça fait mal »), les mots où les jugements de valeurs l'emporte sur l'exactitude (mon pays est le plus beau du monde).

Je ne veux pas faire là de la linguistique mais simplement rappeler que les mots ne servent pas uniquement l'utilité (passez moi le sel).

Comment parvenir à une « transparence » de son existence à partir de telles bases ?

Comment « expliquer » une vie ?

Comment « raconter » le développement d'un sens dans sa vie, ma propre vie «de moi»… avant qu'elle soit « à moi » ou libérée de tout sens du « moi » ?

Mes variations2 de/sur la philosophie d'Alan Watts se veulent œuvre de démystification mais non pas du tout de démolition, œuvre de divulgation mais en rien de vulgarisation.

1Pour reprendre l'expression de Lanza del Vasto

2L'individu est le divin. Thème imprécis et orgueilleux sur lequel on pourra composer de multiples variations poétiques (MassisJugements, 1924, p. 141). cf. l'ensemble A de la présentation lexicale du CNRTL

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29 novembre 2014

GAP 02

En Guise d'Avant Propos 02

Sans rien déflorer encore du roman pour aujourd'hui, je voudrais placer ce billet un peu en amont du thème des rapports entre Alan Watts, Arnaud Desjardins et mon propre parcours.

Métaphysiquement, ils ont en commun(1) de s'appuyer sur une continuité de l'immanence et de la transcendance panenthéiste. (=> le « divin » est en tout, contient tout, mais est aussi quelque chose de plus grand que la transparence spirituelle du dedans et du dehors. Je rappelle que Watts disait que le Tao est un « dieu impersonnel ».)

Personnellement, le terme d'ésotérisme et celui de comparatisme (cf. Etiemble) me sont familiers. Je les utilise donc. Mais, chacun peut traduire en mots plus académiques : les plus approchants se nomment transversalité, avec sa cohorte de pluridisciplinarité, transdisciplinarité, polydisciplinarité ; au plan du discours (ou de la fabulation romanesque), toutes les questions de méta-textes et de transtextualité. Car – et là, je suis pédant, ces billets de GAP (en guise d'avant-propos) seront donc des reflets de l'intertextualité de deux méta-textes, de leur transtextualité, de leurs référents existentiels et occasionnellement de leurs divers dialogues, qui ne sauraient éluder la transversalité des contenus quant à leurs incidences sur la vie quotidienne.

Il importe de se rappeler sans cesse – et ici, je suis humble, que je suis le seul à pouvoir emprunter la Voie de l’Éveil (la conscience d’Être Éveillé), ou toute autre entité cachée par son étiquette. Sinon, pourquoi s'intéresser à des auteurs tels que Watts et Desjardins (et leurs inspirateurs et maîtres immédiats) ?

Il ne saurait en être autrement pour le cheminement qui est le vôtre.

&

C'est à chacun de donner sens à sa vie ; sens comme direction, sens comme signification, ouvert sur un champ de rapports de signes, de symboles et de mythes, sens comme sensation,  « la transversalité noétique qui affirme symboliquement le jeu de l’imaginaire sacral face au mystère de l’être-au-monde, principalement selon trois modes d’être : le mode apollinien (sérénité, sagesse), le mode dionysiaque (transe mystique) et le mode franciscain (de l’amour oblatif) ». (René Barbier... ou, si ce n'est à lui que je prends cette excellente définition, c'est à l'un ou l'autre de ses collaborateurs, ou de ses étudiants. cf. http://www.barbier-rd.nom.fr/... voici une trentaine d'année, je ne connaissais strictement rien de ses activités à Paris VIII ; autrement, je crois bien que je serais retourné à la fac et entrepris sous un nouvel angle un nouvel apprentissage de la ville. Façon française, il est assez « Alan Watts » et a enseigné sur et/ou à partir de Khrisnamurti.)

&

Peut-être n'est-ce plus absolument vrai, qu'il vaille mieux pour se faire entendre, écrire un mauvais roman de gare qu'un honnête essai, un bon ouvrage documentaire ou un livre de reportage – je l'espère, un peu. La poésie, n'en parlons pas. Je souhaite avoir « tout faux ».

Vrai ou faux, j'avais cru bien faire en décidant d'écrire quelque chose qui tienne des quatre genres. Je m'en félicite, d'un point de vue de strict procédé littéraire. (Tout roman procède dans des proportions diverses de ces genres littéraires.) Je n'avais pas prévu qu'à être foncièrement autobiographique et sincère quant aux faits et à leurs mécanisme, j'entreprenais ainsi une auto-analyse beaucoup plus profonde que je ne l'eus voulu. Je n'avais pas prévu qu'à évoquer des problèmes du passé, je réactualisais ceux qui n'avaient pas été dé-passés. Il m'a fallu les résoudre maintenant. Ma vitesse d'écriture en a été freinée, d'une façon assez incroyable parfois.

Mais, je puis escompter sur les effets bénéfiques de ce temps consacré à résoudre des nœuds psychologiques laissés de côté, et aussi ma formation d'écrivain. Loin d'être perdu, ce temps pourrait se révéler un gain en efficacité dans un proche avenir.

Ce roman prépare (et me prépare) bien (à) mes futures Variations wattsiennes, à partir de sa première étape centré sur Psychothérapie Orientale et Occidentale...

&

D'autre part, à l'ouverture de son premier ashram, Arnaud Desjardins était généralement taxé de psychologisme saupoudré d'une « métaphysique du cours du soir », indigne du plus élémentaire des yogas..

Je puis attesté que c'est grâce à Desjardins que j'ai pu sortir d'une Psychologie Occidentale pour être amené à « l'Oriental ». Et ce, dans l'exacte différence entre l'une et l'autre qu'établit Watts, ainsi que ses passerelles. Desjardins m'a permis de passer du « psy » au « spi » tel que Watts en a traité les divers aspects tout au long de son œuvre. (idem, pour la question de l’œcuménie, de l'ésotérique et de l'écologie... ou cette transversalité noétique mentionnée plus haut.

 

 

 

1Mettre dans le même panier Watts, Desjardins et moi n'a aucune raison d'être perçu comme d'une insupportable outrecuidance. Toute fausse humilité est un moyen de se défiler et de manquer à soi-même, quel que soit le niveau de ce « soi » ; et de ses prétendues qualifications et disqualifications à l'Esprit.   

14 novembre 2014

GAP 01

En guise d'avant propos

 

« Là, Mon Cher Pierre, me suis-je dit, si tu tentes le coup d'un nouvel Intermède, tu vas perdre le peu de visiteurs que tu as. »

Pour simple information, je m'adresse à moi-même en tant que « Mon Cher » tout simplement parce-que j'ai fini par apprendre les vertus de l'amour de soi ; qu'il est difficile d'être en paix avec les autres sans l'être d'abord avec soi-même. Pour le dialogue, de « moi » et de « Mon Cher Pierre », le visiteur voudra bien me pardonner cette implicite prétention d'être une sorte de demi Sage, le parlement intérieur (A. David-Neel), ou les criailleries de la foule en moi (J-P Sartre), s'étant unifiés en moi.... je ne serais plus que deux... donc une moitié de Sagesse... où ne résiderait plus tel un redoutable questionnement du Sphinx, l'interrogation : Qui est le vrai Moi, de « Mon Cher Pierre » ou de cette part de moi qui en a conscience?

Il va de soi que c'est façon de parler. D'autres « personnages » et identifications fallacieuses subsistent encore en moi ; il est seulement vrai qu'au sein de mon parlement intérieur « Pierre » et la conscience de me prendre pour « Pierre » sont à l'image de deux principaux partis de mon « hémicycle intérieur ». Tant qu'à poursuivre l'analogie jusqu'au bout, il me faudrait avouer que je ne sais lequel de ces deux parts de Moi est au gouvernement de mon existence et lequel est dans l'opposition.

(Je rappelle qu'Alan Watts exigeait de ses étudiants, à l'Institut des Études Asiatiques, d'avoir parfaitement compris dans ses arcanes Les Enseignements secrets des bouddhistes tibétains, la vue pénétrante, 1951. Et, à mon avis, lorsque ceux-ci sont compris parfaitement, tout le bazar de l'ésotérisme de salon devient d'une simplicité telle qu'il ne nécessite pas un « bagage culturel » supérieur au niveau de celui qui permet de lire Tintin au Tibet avec plaisir. Par contre, il permet de jouer avec la vacuité sans avoir à s'inquiéter de ce qui part du moyeu central vers la jante ou de ce qui constitue le mouvement de nos existences mais trouve son essence dans le vide central de ses identités. Ce vide de l'identité centrale à quelque chose d'effrayant pour certains ; personnellement ce serait plus l'endroit où mène le roulement de la jante - tout aussi vide de « Moi-je » que son moyeu - qui me donne grand souci.)

Dans mon roman prétendu initiatique, sous des dehors hyper réalistes, j'utilise un truc : la narratrice est une journaliste. A ce titre, il est de son devoir professionnel d'informer, mais en allant au plus court. Une journaliste n'est pas supposé fournir de cours de philo, de psycho, d'art de vivre ou, que sais-je ? d’œnologie, tenez !

Dans ce blog, ici, par définition notes de brouillon, il me faut être un peu plus disert.

En troisième lieu, certaines choses peuvent se dire dans mon roman que je ne puis me permettre dans le cadre de mes billets.

En voici un exemple type : C'est lors d'une fugue dans une abbaye bénédictine que mon héros, prénommé Gérardin, va pour la première fois de son existence rencontrer l'idéogramme Tao   , qu'ensuite renvoyé de la pension d'où il avait fugué, il retourne à Paris , tout le temps d'une année scolaire, il va bénéficier d'un mentor de 43 ans, un chinois du Cambodge, lequel pour lui expliquer le fin mot du Bouddhisme chinois l’emmena voir le film Docteur Jerry et Mister Love (1963), après l'avoir invité à déjeuner à la cantine des étudiants cambodgien. Et, qu'ainsi, pour tout dire, j'ai découvert la gastronomie asiatique, une manière de vivre, l'Orient et les religions extrême-orientales deux ans avant qu'Alan Watts ne viennent y jeter un éclairage de dialogue inter-culturel que rien n'interdit de dire contre-culturel.

J'ai donc décidé de rédiger, ici, des notes d'une approche de loin de mon sujet, en traitant à la fois de mon roman, d'Alan Watts et de moi. Occasionnellement, en citant un « digest » de tel ou tel chapitre. Je suppose, spécimen type, qu'il peut intéresser mes visiteurs habituels d'apprendre comment & pourquoi la mort d'Alan Watts représenta pour moi une terrifiante tragédie et que ce n'est pas seulement le plaisir de le lire qui a fait un disciple de sa philosophie et de ses approches. Je le suis devenu pour sauver ma peau ! Voilà la chose dite, jamais encore avouée.

Tout en y venant, il peut être utilement distrayant.que je raconte la part autobiographique de mon roman et les paradoxes de mon héros, dans ses rapports au sujet de ce blog sur la Philosophie d'Alan Watts. D'un autre côté, à vérifier ici l'infrastructure philosophique des récits contenu dans le roman, je pourrai peut-être en améliorer la clarté et la solidité.

Je ne sais ce qu'en penseront les éditeurs et les lecteurs, mais, pour ma part, je pense avoir écrit un roman initiatique. D'une manière générale, on pourrait faire la même remarque pour tout autodidaxie en n'importe quel domaine. (Un Le Corbusier par exemple, qui n'a jamais obtenu un diplôme d'architecte en bonne et due forme !1 )

L'avantage du roman sur l'essai est l'inutilité de prétendre en rendre raison. On présente des faits, on met en scène des dialogues ou des discussions de groupe sans avoir à se préoccuper de vouloir imposer un point de vue plutôt qu'un autre, ni préjuger du sens du mot, du corps de phrase ou de la réaction de tel personnage qui fera « tilt » chez le lecteur. Comme le disait Julien Cracq dans son « En lisant, en écrivant », chaque lecteur ré écrit le roman selon son vouloir2.

Ce qui m'autorise à faire allusion à mon roman initiatique provient de ce qu'il est aussi tout à fait historique, que la narratrice est une journaliste d'investigation. Ce léger mélange des genres m'a permis d'achever l'auto-analyse de certains problèmes psychologiques qui demeuraient en suspens, oubliés ou carrément déniés dans un coin de ma mémoire.

J'espère aussi intéresser mes visiteurs, qu'en attendant d'entrer enfin dans le vif du sujet (sur Psy-Spi), je m'en approche de loin à la manière de la logique chinoise d'aborder un problème par son extérieur pour mieux le cerner. Un « par l'extérieur » de traitement, mais qui ne relève pas obligatoirement de la dualité sujet-objet. Ce pourtour d'encerclement du cœur du sujet peut être lui-même tout aussi « intérieur » pour l'expérience vécue.

1 J'ai d'ailleurs séjourné une petite semaine dans son Couvent de la Tourette, avant sa restauration. Et, effectivement, ça ressemble plus à une distribution d'espaces, de masses et de lumières qu'à une œuvre architecturale. A certains moments, j'avais l'impression d'être roi d'infini et à d'autres d'être ramené à ma dimension de petit homme. Ce contraste m'avait vivement marqué : comment peut-on quasi simultanément se sentir ouvert sur l'infini, ou ébloui par la beauté, et ramené à sa petit dimension comme en une prison ! J'avais supposé que cela provenait du Beaujolais, disponible librement au robinet du réfectoire. Je m'étais même senti comme pris en faute, lorsqu'une après-midi j'étais descendu au village prendre un ballon de rouge, juste pour comparer. Le Père Hôtelier m'ayant surpris. Du coup, je n'étais plus sorti de l'enceinte des bâtiments conventuels. Du coup, j'ai passé une partie de mon temps à discuter avec le bibliothécaire, dont je rapporte l'un des entretiens dans mon roman, car je lui avais posé LA question à Mille Francs, en lui demandant : « Dites, mon Père, excusez-moi, mais avec tout le respect que je vous dois, vous ne comptez tout de même pas que je lise tous ces livres avant de me faire une opinion sur la religion et les possibilités d’œcuménisme ? » La bibliothèque du couvent comporte au moins cent milles volumes, et - à l'époque en tout cas, était situé dans une sorte de vaste hangar. Rien qu'à regarder vers le haut d'une étagère, on en éprouvait du vertige !

Et, j'ai donc ajouté : « Si je ne pouvais en lire qu'un ou deux, lesquels me conseilleriez-vous ? »

Il me proposa de lui acheter, à bas prix deux ouvrages qu'il avait en plusieurs exemplaires : l'un d'un certain Ratzinger - La foi chrétienne hier et aujourd'hui, 1969, l'autre un ouvrage collectif axé sur la pensée de Paul Ricœur. Sinon qu'il oblige de se soumettre à la rigueur de l'exposé, celui de Ratzinger (Sa – future – Sainteté Benoit XVI) ne présente aucune difficulté. Celui s'appuyant sur la pensée de Paul Ricœur ne me rebuta pas quant au style. Mais, les articles étaient complexes et je n'ai surtout retenu que cette idée première, que les fondamentalistes de tous bords feraient bien d'étudier : les textes sacrés ne doivent pas toujours être pris au pied de la lettre ; ils requièrent impérativement une interprétation, une herméneutique. Croire que tel ou tel grand prophète parvint à Jérusalem en telle ou telle année ne saurait nuire à personne, mais croire que « les murs de Jérusalem » en furent ébranlés ne saurait signifier qu'il s'empara d'un marteau ou d'une barre à mine pour le démolir au même sens littéral où les allemands entreprirent littéralement de supprimer le mur de Berlin fin 1989. Entreprise dont ils ne seraient d'ailleurs pas parvenu à bout et aussi vite (un an pour le mur en centre ville, deux ans pour l'ensemble de ce mur dit « de la honte ») sans l'intervention de diverses machines très puissantes. Comme aucun prophète n'entreprit de démolir les murs eux-mêmes, que le texte n'est pas à prendre dans son sens littéral, que signifie « ébranler les murs de Jérusalem » ?

 

2 Information anecdotique : j'ai eu l'occasion de le rencontrer dans les couloirs du Lycée Claude Bernard, où il nous fit cette déclaration qui n'encourt pas le risque de devenir célèbre « Faites les imbéciles autant que vous voulez, mais je vous précise que le Censeur va passer par ici d'une minute à l'autre ». (Nous étions en train de chahuter dans un endroit interdit.) Il disait vrai : une trentaine de secondes ensuite, nous entendîmes le pas caractéristique du Censeur et il nous fallut bien prendre nos jambes à nos cous, le plus silencieusement possible, pour lui échapper. Là non plus l'anecdote, pour amusante qu'elle soit, n'a aucun rapport avec la philosophie d'Alan Watts. Pas plus, du reste, que la publicité réciproque que se firent François Mitterand et Julien Cracq à l'occasion de la parution de En lisant, en écrivant. (Une excellente photo de Paris-Match montre Mitterand en avion, lors de la campagne électorale pour sa première élection, lisant ostensiblement Julien Cracq, le titre parfaitement visible.)

20 janvier 2014

Trajectoire & Cheminement 2/3

Trajectoire & Cheminement 2/3, A

 

En comparant implicitement nos existences à la trajectoire d'une balle ou d'une boule, je pensais disposer sur la table de quoi nourrir une bonne plaisanterie, une bonne blague. Un intermède, c'est fait pour rire, détendre l'atmosphère en attendant mieux. C'est aussi amener et préparer « le sujet ». Et, il est bien certain que notre ego est jeté dans l'existence telle une balle ou une boule dont la trajectoire (le sens, la durée, les plaisirs comme les embêtements) n'est pas toujours bien contrôlable. Pan ! On naît, on meurt, et il arrive même que l'on ait pas le temps de se demander pourquoi ou comment une telle chose puisse se produire. (Se poser la question s'appellerait d'ailleurs philosopher ; y répondre se situerait plutôt côté folie ou débilité mentale...

faut être fou de croire que la cible visée soit le bonheur ou par défaut le plaisir ; et complètement débile pour croire que nous existons pour exister puisque nous existons et que nous ne mourrons jamais que pas simple cessation de l'existence.)

Bien entendu, ayant inséré l'idéogramme de la Force Qui Est en Vous1 et cru bon de lier cheminement (processus actif) à trajectoire (généralement passive), je laisse deviner une orientation. D'autre part, il n'est pas possible de créer un effet comique sans d'abord « noyer le poisson » comme le prestidigitateur attire l'attention sur de la frime pour dissimuler ses manipulations.

J'ai pris soin de réduire la définition d'une trajectoire à « puissance de lancement, poids et distance » + la cible ! … si on y tient. (ce « + la cible » étant inutile dans la mesure où elle est contenue dans la motivation - et/ou puissance de lancement - ; je peux comprendre que l'on juge absurde l'existence toute entière, mais devant l'existence d'une envie de chocolat il faut bien que je me demande comment m'en procurer pour satisfaire cette même envie...).

 

Psychothérapie... pourrait se résumer d'une seule phrase : la distinction philosophique orient et occident n'est plus possible géographiquement, la planète Terre s'étant unifiée par la/les science(s) humaine(s). (Que l'économie, supposée gestionnaire des diverses dépenses « énergétiques » physiques et psychiques de l'humanité, soit devenue une abstraction idolâtrée n'y change rien.)

L'ouvrage ayant 55 ans d'age, mon idée était et demeure de l'actualiser et de m'en servir comme levier d'une réflexion philosophique plus générale sur l'apport de l’œuvre d'Alan Watts, qui – Hélas ! Hélas ! Trois fois Hélas ! Mais c'est ainsi ! – demeure irremplaçable.

 

Je reviendrai sur mes balles et boules, au comparatisme philosophique et religieux, etc... mais je tiens à continuer d'aller droit au but d'une illustration qui est aussi l'expression de mon amour pour « Sa Majesté Élisabeth Deux, par la grâce de Dieu, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et de Ses autres Royaumes et Territoires, chef du Commonwealth, défenseur de la Foi », couronnée le 2 juin 1953. Qui, en 1980, rencontre le pape Jean Paul II au cours de la première visite d’État au Vatican d'un monarque britannique, gouverneur suprême de l’Église d'Angleterre. Deux ans plus tard, le pape se rend en Grande-Bretagne, pour rendre la politesse à sa collègue, homologue et égale Chef d’Église. (Juste pour caresser mes visiteuses dans le sens du poil : on comprend ici que la question des prêtres mariés ou des femmes prêtres, Évêques etc. ne peut se poser de la même manière dans une Église Anglicane assez misogyne parfois mais dont la Chef est une femme et l’Église Catholique qui semble trop souvent faite par des hommes pour des hommes.)

Ceci étant un intermède, et un intermède devant être de détente, on me permettra de rapporter des éléments qui soutiennent mon indéfectible respect ; lequel si j'en crois r fi lundi 06 février 2012 est assez british : «Les Britanniques peuvent être contre la monarchie mais pas contre la reine», résume un journaliste anglais, une façon de dire que si le système monarchique peut être discuté, le personnage de la reine demeure inattaquable, à travers les générations.

Cela fait pas mal de temps, lorsque je pratiquais intensément le « Yoga » en vue d'en arriver au « Yoga sans postures » (la manière la plus pratique et populaire de faire comprendre le Zen, avant la venue en France de Maître Deshimaru, un ami m'avait dit qu'il convient d'être aussi impénétrable et impavide que la Reine d'Angleterre ! Quasiment, à priori, tout l'opposé de la spontanéité (Ziran) résultant et/ou accompagnant la Voie du Chan/Zen.

D'abord, un véritable scoop (si j'en crois les deux heures que j'ai dépensées à tenter de trouver un article de journal qui y fasse allusion) : descendant la Tamise, seule à la proue de sa royale péniche, afin de se montrer à son peuple, la Reine était si impavide que sauf tout le respect que je lui dois elle paraissait dormir debout. Une momie ! Brusquement, elle a tendu son bras droit vers l'avant et, se tournant vivement, son bras gauche vers l'arrière. Double mouvement soudain, et accompagné d'un ordre qui devait être impérieux, si j'en crois le véritable bond en avant que firent le Chef du Protocole et je ne sais quel haut dignitaire.

J'imagine que le dialogue se borna à quelque chose du style :

« Qu'est-ce ?

Une animation, Votre Altesse. »

Et, aussitôt, retour de la momie cependant que les deux dignitaires regagnaient leurs places presque aussi vite qu'ils en avaient bondis.

Le nez dans son prompteur, le reporter (!?) continua imperturbablement de décrire les monuments bordant la Tamise. S'il avait regardé son écran, il aurait eu une occasion merveilleuse de parler de la personne même de Sa Majesté... personne qui n'a rien d'une momie mais tout d'une fonceuse ou d'un « garçon manqué », ainsi qu'il était jadis permis de le dire sans être accusé de sexisme !

Que s'était-il produit ?

C'est ce que vous apprendrez en lisant mon prochain billet...

 

 

1Une pub que j'ai dernièrement vue à la télé...

17 novembre 2012

Place de la Philosophie d'Alan Watts 1/2

Tout à la fin du XX° Siècle, il existait encore dans l'extrême sud de l'Amérique une petite population de vieillards possèdant une particularité génétique recessive remontant à plus de 15 000 ans. Cette particularité, depuis lors, a probablement disparue à tout jamais. Car, pour survivre, les enfants et petits enfants de cette petite population n'avait plus eu d'autre choix que celui de se fondre dans la masse des autres êtres humains. Je ne saurais vous en dire plus, faute d'une culture scientifique suffisante.

Je mentionne ce détail pour sa longueur de temps : 15 000 ans. Une particularité parmi toutes les variétés génétiques de la vie humaine vient de disparaître à tout jamais de la surface de la Terre. Voici à peine une dizaine ou une quinzaine d'années...

 

Mais, tout de même, cette particularité aura vécue 15 000 ans!

Telle qu'elle était encore voici une cinquantaine d'années, cette population constituait donc un peuple survivant de la protohistoire. Quand on parle des espèces en voie de disparition, on songe aux espèces animales, et rarement aux espèces humaines. On oublie aussi les échelles du temps, et cette caractéristique de toute vie, de toute espèce végétale, animale ou humaine : le temps plus ou moins long et pénible qu'elle met à naître, -à apparaître au royaume de l'existence des formes et des nominations-, ET le temps extrèmement bref et sans douleur qu'elle met à disparaître. Munissez-vous d'une pierre, allez voir votre voisin, fracassez son crane... vous saurez le plus "expérimentalement" du monde combien cette même vie, -si merveilleuse!-, est fragile. Je déconseille fortement le suicide : il ne saurait être "expérimental" puisque non renouvelable à volonté, contrairement au meurtre qu'il s'agisse de celui d'un minéral, d'un végêtal, d'un animal ou de votre voisin de palier.

Je ne me risquerai à aucun exposé précis. Le risque d'induire en erreur serait trop pesant.

 

Avant de traiter du Bouddha Sakyamuni, ou de la bouddhéité qui est en chacun, il n'est pas inutile de secouer un peu nos idées reçues et nos prêts-à-penser qui engonzent l'intuition que nous pourrions avoir de ce que signifient des expressions telles que "Tradition Primordiale", et donc "Philosophie Perenne", l'ésotérisme de notre corps génétique, physique, culturel, spirituel. Il est assez habituel de diviser les choses en trois Anima, Animus, Spiritus (ou si on veut, notre "animalité", notre "humanité" et notre "divinité"). Personnellement, je n'ai jamais tenté de les apprendre par coeur, mais il est bon de savoir que cette division peut se subdiviser en 21, 63 ou 99 parties, venant ainsi illustrer le célèbre apophregme taoïste : L'Un se fit Deux et créa les Dix Mille choses.

A propos de ces poussières de tapis mental - à fortement secouer, je signale que mon surf internautique m'a permis de me souvenir d'un fait (que je n'ai pas appris sur les bancs de la fac, mais en lisant James Bond, volume On ne vit que deux fois.) : si la culture japonaise est massivement d'origine chinoise, quelques peuplades du nord sont génétiquement d'origine tibétaine, d'autres plus récentes d'origine coréenne.

Moi, je suis d'origine celtique (bretonne) ; et vous ?

ATTENTION ! Je ne suis pas là en train de vous faire un cours quelconque de Culture Générale. Je tente de préparer la scène du théâtre de nos idées et opinions illusoires au milieu de laquelle je veux placer Alan Watts nous entretenant de nous-mêmes : moi, toi, lui ou elle, les autres, frères et soeurs en humanité terrienne autant que céleste !

 

Le point, pour sa part plus philosophiquement recevable et peu discutable, étant que je ne vois aucune raison d'accorder plus d'importance aux révolutions républicaine, laïque, freudienne, politique ou monétaire, lesquelles ne datent que de quelques années, qu'à la "protohistoire", qui nous fait au moins dans les 10 000 ans d'age.

Et ceci tout en gardant présent dans un coin de l'esprit l'échelle du temps : faites ce qu'on appelle un "rappel à soi", entrez en méditation ou "centrez vous dans l'oubli1", vous connaîtrez un instant d'éternité... quelques secondes fugaces.

 

La Contre-Culture, que l'on peut élargir sur une trentaine d'années, de 1950 à 1980, eut cette intuition de revoir, de ré-examiner cette question du rapport du temps et du sens de la durée vécue. Tout particulièrement lorsqu'elle visa un renouvellement poétique de notre approche du moderne, une sorte de Révolution Intérieure, la Contre-Culture avait pour première révolte le refus de se plier aux exigences horaires du travail, de la croissance économique comme des loisirs et leurs consommation & production de déchets. A un moment donné (en gros 1965-68), on aurait pu croire qu'une grande vague de fond secouait l'ensemble de la jeunesse mondiale. Le reflux ne tarda pas, laissant derrière lui quelques ilots où se réfugièrent quelques-uns, tels que Garry Snyder ou Allen Ginsberg pour ne citer que deux noms phares. La grande révolte mondiale, la douceur des "enfants fleurs" comme le sursaut libertaire, écologique et poétique devint ou redevint minoritaire, très minoritaire. Certains de ses aspects esthétiques et artistiques demeurent, comme de fragiles passerelles offertes aux communautés des nouvelles générations...

 

Hier au soir, en surfant sur la toile, je suis tombé sur cette définition : «Le vocable de communauté désigne toutes les expériences de fuite hors du monde moderne, ainsi que toutes les formes de recherches de vie nouvelle que cette fuite implique.» (Bernard Lacroix, Revue Française de Science Politique, juin 1974)

Plus près de nous, j'ai également trouvé un texte d' Henri Arvon, dont je connaissais déjà les travaux sur l'anarchisme : «C'est au travers une double hostilité envers le monde occidental et le monde socialiste, envers la société de consommation et la bureaucratie totalitaire, que le gauchisme revendique un monde où le bonheur dépende non pas de la conquête et de la destruction de la nature accomplies au profit d'une aveugle croissance économique mais de la réconciliation avec elle.» (Henri Arvon, Le gauchisme, PUF 74, reéd. 77, p 10) Je souligne...

 

Dans ma pérégrination cliquetante sur l'Internet, j'ai rencontré divers autres auteurs tels que Jean Baudrillard, pour son étude sur la société de consommation (1985), Pierre Clastres, pour sa Société contre l’État (1974, reéd 2011), Ivan Illich bien sûr (mais lui, je connais ses écrits depuis très longtemps, via son parallèle entre l'organisation de l’Église Catholique et celle de la General Motors, dans la revue Esprit). Avant "Socrate, fonctionnaire", de Thuillier, c'était en somme «Mon curé fait du management».

Il est à relever, me semble-t-il, que ces auteurs (auxquels on peut ajouter des personnages aussi différents que Malinowsky, Margaret Mead, Claude Levy-Strauss, Konrad Lorenz, Jean Malaurie, René Dumont, Théodore Monod et combien d'autres!2) ont en commun de ne pas faire dépendre le sort du monde de la sortie de quéquette de celui-ci ou des malversations boursières de celui-là.

 

On l'aura compris, je cherchais quelques repères pour y dessiner et y accrocher les décors de fond d'un imaginaire tréteau sur lequel le discours philosophique d'Alan Watts puisse prendre place dans sa singularité toujours actuelle (j'ai presque envie d'ajouter : hélas!).

Ces décors de fond dressés, j'y placerai des points de vue (en langue française) sur la Philosophie, ou du moins, la pensée philosophique d'Alan Watts.

 

Enfin, je vous indiquerai quelle est la direction exacte de la Libération, la Sagesse, l'Immortalité ou plus techniquement exprimé le Bonheur-Liberté. Mot composé par S. C. Kolm.

Nous, en Occident Moderne (& Orient Moderne), nous avons tellement pris l'habitude de tout analyser (avant même la moindre compréhension de ce qui fait l'objet de cette analyse) qu'il n'est plus possible de traduire une conception orientale par un seul mot de nos langues occidentales modernes, et qu'il est devenu indispensable de rendre une notion orientale par un composé, éventuellement assorti d'un épithète venant en préciser le sens. (Certaines notions occidentales, antérieures au XIII° siècle, seraient à même de rendre mot pour mot divers concepts d'Orient, mais comme chacun l'apprend encore dans l'enseignement confessionnel aussi bien que laïc : les théologies et philosophies médiévales sont très-très moyenâgeuses, obscurantistes et pouilleuses... la peste et le choléra de la pensée positiviste, rationaliste, objectiviste et scientiste.)

Bien sûr, je n'en donnerai que la Direction (l'un des sens de "dao", un autre étant "dire"), qu'en regard d'un Tao indicible (Le Tao que l'on nomme n'est pas le Tao véritable ; le nom que l'on peut dire n'est pas le nom véritable.)

Ma prétention d'indiquer la bonne direction est bien moins grande qu'il n'y parait.

 

Il faut reconnaître qu'Alan Watts n'est pas accessible à illettré, mais il est non moins clair qu'il ne s'adresse pas à la société savante. J'avais beaucoup aimé le tout premier commentaire qui fut fait à la première édition en langue française de "Bouddhisme Zen" (Payot) : c'était un divulgateur.

Divulgateur des pensées orientales, il le reste mais bien peu. Les pensées, l'esthétique, la réalité quotidienne des peuples d'Orient abondent aux rayons des grandes librairies comme des disquaires, des vendeurs de produits audio-visuels les plus divers comme, gratis ou à faible coût, sur le Net.

Aussi invraisemblable que cela paraisse ainsi formulé : Alan Watts demeure un dangereux révolutionnaire sous un angle incroyable, celui que l'Orient me concerne moi et que "moi" (mais votre "moi" aussi) reste conditionné par l'alternative d'une antinomie supposée irréductible : vous "croyez en Dieu" ou vous "n'y croyez pas". Cette antinomie fausse toute approche de nos expériences tant corporelles que psychiques, religieuses que mystiques. On les a mis dans un fourre-tout de "spiritualité". On y embrouille tout. Et, surtout, on s'y embrouille soi-même et on trouble notre relation aux autres.

 

L'arbre se reconnaît à ses fruits. Peu importe que ceci soit vrai et que ceci soit faux ; il pèse seulement que ceci ou cela soit bénéfique dans ses résultats, source d'apaisement et de joie dans la relation aux autres et aux objets du monde.

En effet de retour, on s'aperçoit alors que somme toute je puis m'aimer moi-même et participer au festin du samsara, quoique de plus en plus ouvert et perméable au nirvana, ou, comme pour ainsi dire, s'en laisser aller au fil du Tao.

Il n'y a pas d'inconvénient à émettre l'idée de déification, sous réserve que ce dieu que l'on incarne soi-même soit compatissant, apaisant mais pas trop ennuyeux.

 

 

1Il est généralement dit "assis dans l'oubli" mais cette "assise" signifie plutôt "assiete" au sens de "l'assiète d'un cavalier", c'est à dire bien centré dans le ventre, ainsi qu'il est dit que l'on est bouddha couché, assis, debout. Les pratiquants du Chan/Zen ajoutant "immobile" et "en marche", et compliquant les choses en terminant l'explication de l'affirmation qu'il ne faut pas confondre le mouvement immobile et l'immobilité en mouvement (ce n'est pas un koan, c'est la simple constatation que l'on peut immobiliser son corps tout en vagabondant mentalement par monts et par vaux. Et, quoique plus subtil à percevoir, que la réciproque est également vraie.)

2cf. par exemple, http://www.fabula.org/atelier.php?La_collection_Terre_humaine%3A_dans_et_hors_de_la_litt%26eacute%3Brature

28 avril 2012

Arc-en-Ciel 2/2

Arc-en-Ciel 2/2 Guan-Yin m'est miséricordieuse! Je viens de trouver en http://ideeschinoises.blog.lemonde.fr/ du 04.04.2012 ...ce qu'il me faut pour poursuivre : «Dans les premiers chapitres je n’ai pas eu le sentiment, comme promis par le compte-rendu du Monde des livres1, de découvrir des idées nouvelles. La pensée comme l’expression arborent une pleine maturité, mais, pour qui connaît le travail de F.Jullien , rien de neuf dans l’interprétation proposée de la pensée chinoise : « ni muthos ni logos », toujours la même expression, au demeurant si efficace sous l’angle pédagogique. Là-bas, nous rappelle-t-elle, on ne narre pas, on n’argumente pas, on est dedans, tout de suite, dans le mouvement des choses, et on n’en sortira plus. Dans ce discours simple, étale, doucement irrésistible, pas d’Être (ni de devenir), pas de Dieu (ni de monde créé), pas de Sujet (ni d’objet), pas d’Esprit (ni de matière). Rien que du souffle-énergie en mouvement sous l’égide d’une Voie qui jamais ne s’arrête. Pas d’éternité non plus mais un écoulement sans fin, comme le fleuve dont Confucius contemple sereinement le cours. On ne se creuse pas la tête sur un Premier Commencement, on ne s’angoisse pas sur une Fin Dernière. Les Chinois ne se posent que les problèmes qu’ils peuvent résoudre.» Nous avons vu que la perception première du "calice-baiser" (du calice et/ou baiser) est une affaire de convenance personnelle, de "connotation affective". Un anticlérical n'y verra d'ailleurs pas du tout un calice mais un simple pot de fleur ! (Pour souligner, dans mon bouquin hors-commerce, ce qu'en dit Watts, j'avais du dessiner un "vase" qui ressemble vraiment à un calice tout en maintenant "l'indécision perceptive" selon que l'on regarde d'abord le fond ou la forme, le noir ou le blanc). L'inconvénient de cette démonstration expérimentale est sa réduction à une seule alternative et que l'objet de perception est statique. Dans la perception d'un arc-en-Ciel, l'expérience est bien moins statique et comporte même une connotation d'espoir si celle-ci intervient alors que vous marchez ou roulez à bicyclette complètement trempé. Le Ciel paraît vouloir dire "t'en fais pas mon petit gars, ça va sécher". Par le fait, ça m'est arrivé plusieurs fois ; ce n'est peut-être pas de la grande mystique mais ça fait tout de même sacrément plaisir de se retrouver à sec quelques kilomètres plus loin/plus tard qu'au lieu et moment de "l'apparition"! Et, à défaut d'un sentiment "océanique", on peut éprouver un sentiment de connivence avec la nature. Dans l'arc-en-ciel, philosophiquement, les choses se compliquent un peu en ce sens qu'après s'être demandé s'il s'agit d'une réalité objective observable dans certaines conditions optiques ou d'un phénomène optique réalisable dans certaines conditions objectives, que reste-t-il à dire ? Pas grand-chose. Nous revenons à une classique dissertation de classe de philosophie sur l'exactitude de la perception que nous avons du monde, et de la représentation mentale que nous en formons. Et, à priori, ce problème ne concerne pas un "tabou qui nous empêcherait de savoir qui nous sommes", et que j'ai d'ailleurs de plus en plus envie de reformuler en "Tabou qui nous contraint d'ignorer ce que nous sommes"! § Un observateur en position ad hoc + le soleil + l'humidité = arc-en-ciel.  Bien sûr, on pourrait dire que si le soleil et l'humidité sont en relation ad hoc, disons, plus l'océan, tout observateur sur un navire qui navigue en conformité avec eux peut voir un arc en ciel.  On pourrait dire qu'avec un observateur et le soleil correctement alignés, l'arc-en-ciel apparait quand il y a de l'humidité dans l'air! Mais, nous dit Watts, cette présentation des choses n'est pas admissible dans notre culture, car elle laisserait supposer qu'il y faut un observateur, alors que la mystification ordinaire consiste à laisser penser que les choses existent par elles-mêmes, qu'il y ait un observateur ou pas. Pour ma part, je dois dire que cette question proprement dite ne m'a jamais beaucoup inquiété. J'ai appris au "petit catéchisme" que Dieu fait apparaître un arc-en-ciel pour nous dire qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Il n'est pas fâché. Ce ne sera pas le Déluge. Le soleil et sa chaleur vont revenir. Mais, je dois avouer que j'avais été traumatisé (j'en avais fait des cauchemars plusieurs nuits de suite) quand j'avais lu cette autre question de Watts : "Quand des arbres tombent par une nuit de tempête, que deviennent-ils au petit matin s'il n'y a eu personne pour entendre le fracas le leur chute ?" C'était comme toucher du doigt l'irréalité du monde. C'était terrifiant. Car, si le monde est irréel, il s'ensuit à coup sûr que moi-je pourrais être tout aussi irréel que lui ! Que reste-t-il donc si moi et le monde n'existent pas réellement ? (Excusez-moi de jouer les instites, mais c'est peut-être le moment de relire mon emprunt à "Idées chinoises"...) Descartes -mais peut-être plus les cartésianistes que Descartes lui-même- nous diront qu'il y a au moins une certitude sur laquelle on peut s'appuyer avec confiance : que nous puissions "penser" à l'irréalité du soi, du monde ou des deux ensembles prouve que penser existe (et est "réel"). C'est l'un des "fondamentaux" de l'Occident. En Orient, en Extrême-Orient, se situer dedans le mouvement est plus important (et pratique) que penser le mouvement, ou les éléments nécessaire au mouvement, ou, sinon, la perception du mouvement dans lequel nous sommes.

 Yin yang 

Ce symbole (taiji tu) doit s'imaginer en mouvement, la nuit-noir-vieille-yin s'effaçant au fur et à mesure que le jour-blanc-jeune-yang la recouvre - et alternativement !

22 avril 2012

Arc-en-Ciel 1/2

Arc-en-Ciel 1/2

Alan Watts a souvent dit d'une manière ou d'une autre que nous concevons habituellement toute limite comme séparation par "choix" culturel ; nous pourrions aussi bien juger que toute limite relie plus qu'elle ne sépare. La peau de notre corps limite sa différence d'avec l'air environnante mais nous y unit. La peau est poreuse et fragile. Sinon, nous pourrions sans dommage nous baigner dans du gas-oil comme dans de l'eau claire (s'il en reste!). Notre peau est la forme de notre corps dans l'air ambiant, ou dans l'eau, le feu, les végétaux eux-mêmes (allez donc vous plonger dans un bosquet de ronces!) ou le métal (d'une automobile classique, par exemple, quand on oublie de traverser dans les clous et qu'on se retrouve à l'hôpital!).

Nous avons une logique d'exclusion plutôt que d'inclusion.

 

Une anecdote au passage : je me souviens avoir lu le compte-rendu d'un missionnaire catholique, dans une petite tribu vivant aux confins du Bhoutan, de l'Inde et de la Birmanie (tout au nord-est de la carte de l'Inde, si vous voulez à peu près situer), expliquant l'impossibilité dans lequel il se trouvait d'expliquer à ses nouvelles ouailles le dogme de l'Immaculée Conception : ils ne disposaient d'aucun mot pour désigner la "virginité", ni aucun mot pour désigner la "maternité" (comme résultat de l'intervention d'un père identifiable)*. Si ma mémoire ne me trahit pas, ils conclurent des explications -pour eux bien alambiquées- du missionnaire que la Vierge Marie était une magicienne ayant une sorte de théâtre à l’intérieur de son ventre : on écarte les rideaux et -hop!- Marie & Joseph se retrouvent avec dans les bras un magnifique petit Jésus, dont Dieu leur a fait cadeau. Ma foi! Je dois dire que je trouve cette métaphore bien plus poétique que celle du bébé dans un chou-fleur ou par parthénogenèse....

*Nota : cette manière d'envisager la chose serait également courante dans de nombreuses tribus du Sud-Est chinois.

La variété des vocabulaires "locaux" peut aller beaucoup plus loin que le mot "neige" selon que l'on est esquimau ou amérindien, mentionnée dans The Book. Les expériences de vie, dont de "vie religieuse", ne sont pas toujours transmissibles, voire seulement traduisibles, d'une culture à l'autre. Et, c'est l'une de toute première idée du Livre que j'ai rapportée ici : Nous explorons les ombres de la vie avec le mince éclairage d'une lampe de poche, faisant succéder nos perceptions (et, au bout du compte nos aperceptions - notre savoir tout entier) de manière disparate et fractionnelle. Nous expérimentons une aperception de nous-mêmes comme nous expérimentons une perception des objets externes -et nous les expérimentons à la vas-comme-je-te-pousse de nos désirs comme à hue et à dia de nos émotions.

 

Je n'oserai l'affirmer, mais il me semble que le phénomène de l'arc-en-ciel est l'un des rares, voire le seul "objet" global que l'ego puisse percevoir en tant qu'ego séparé. Je suppose, sans l'affirmer, que c'est la raison qui explique le caractère quasi sacré, en tout cas symbolique ou religieux, attaché à l'arc-en-ciel.

 

Il devrait me permettre de sortir de l'impasse où mes réflexions me menaient. (Mon erreur ayant été de me fier au souvenir d'avoir "bien rigolé" en lisant Le Livre de la Sagesse en français. En réalité, je ne l'avais pas lu avec suffisamment d'attention. Et, par exemple, je ne m'étais pas aperçu que cet ouvrage est sans doute le seul et unique livre directement et explicitement libertaire et antipolitique qu'il ait rédigé. L'aide humanitaire, à plus forte raison "l'intervention" humanitaire, n'étaient pas encore d'usage courant : leur nocivité est directement mise en cause dans Le Livre. J'entends "sans faire appel à la différence Société Traditionnelle-Société Moderniste"1.)

Avec ces mots qui viennent fractionner le Réel2, qu'avons-nous déjà relevé ?

- que tenter d'entrer en "méditation", c'est tenter d'être là, tel que l'on est, sans esprit de devenir, sans arrière pensée d’Être autrement ; seulement d'être en présence de soi-même... quelque soit le contenu référé par ce "soi-même"3.

- le "double-bind" comme premier facteur actif de notre Ignorance du Soi cosmique4.

- que l'exemple type et quasi générique est «Sois sincèrement toi-même comme tout le monde!», qui est à double niveau //«sois sincèrement toi-même»// qui est en une double-injonction contraire : ce "Sois" signifie en fait "Agis" ou "comportes-toi" (ne serait-on pas en droit de ne rien manifester, de n'avoir aucun comportement repérable, de demeurer anonyme au milieu des autres ou "en repos" dans l'isolement.... comme en méditation et sans rien faire ?)

J'ai eu un oncle, pas très scientifique ni littéraire, qui disait "bouges-toi!", généralement associé à "tu veux du bœuf, je te ferai manger du cochon!"...

Nous ne sommes pas loin du //«comme tout le monde»// car la norme sociale vient indiquer ce qu'un bon "soi-même" (bon citoyen ou bon fidèle d'une religion) doit faire et ne pas faire...

"pour son bien"... la société civile et/ou religieuse ne peut vouloir que le bien de ses membres, n'est-ce pas ?

 

Bien entendu, lorsque Alan Watts nous dit que la religion consiste à éplucher les patates en pensant à Dieu (ou en "offrant" sa peine à Dieu) alors que le Chan/Zen consiste à se contenter de les éplucher dans l'instant de chaque pelure, il peut être bon de savoir que ce Dieu peut être l'argent, le pouvoir, l'érotisme, la réussite sociale, les honneurs, etc. aussi bien que le Père Éternel. Cette idée de Dieu, en tant que valeur suprême, est de l'ordre de ce "comme tout le monde".

- si la forme et le fond s'engendre mutuellement, il peut être utile de savoir que l'on ne peut être "soi" (la forme) qu'en fonction du fond (la société des "comme tout le monde") au niveau mental.

- les divers problèmes d'acculturation et d'inculturation, comme ceux du bourrage de crane, apparaissent alors. Il est bon de connaître ses propres racines, au niveau des contraintes directes policières ou psychiatriques, comme au niveau des "double-bind" beaucoup plus cachées et/ou inconscientes.

- servam annam, tout est nourriture, vaut à tous les niveaux, plans, aspects de ce "soi-même" comme de ce "comme tout le monde"5. Nourriture du corps, des émotions, des ratiocinations.

- nous envisageons "les choses" séparément mais néanmoins comme de même "substance"!

 

Mais, j'y reviendrai car j'ai insensiblement fait varier l'acception des notions utilisées.

Est-ce l'impasse ? Au moins, que je me sois perdu en cours de route ? Probable...

Le point soulevé au début étant la perception de deux formes et de deux fonds, chaque noir-blanc et chaque blanc-noir indiquant deux choses différente selon son coup d’œil : un vase ou deux visages nez à nez, pouvant donner lieu à des projections différentes : par exemple, l'amoureux qui "voit" des lèvres s'approchant pour un baiser et le prêtre qui y "voit" le calice du rituel & sacrement de son sacerdoce.

 

 

 

1-Dans mon essai sur Watts (et un essai n'est pas un traité), j'avais cité la célèbre phrase de Thoreau « De tout cœur, j'accepte la devise "Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins" » parce-que tous les amis de Watts le pensaient et l'utilisaient pour la question raciale, la guerre du Vietnam comme dans le mouvement psychédélique. Toutefois, -à prendre avec réserve-, dans Le Livre, Watts se réfère nommément à Thoreau pour le première fois.

2Pour paraphraser Laozi (35), le Tao devient fade et sans saveur, on le regarde mais on ne le voit pas, on l'écoute mais on ne l'entend pas... nos cinq sens ne nous permettent plus de percevoir et d'avoir l’intuition directe de l'ensemble de ce panier sémantique contenant des mots tels que Réel, Soi cosmique, Dieu, etc. mais évitant (ici) d'en donner une quelconque quiddité.

3Pour simplifier, à l'usage des connaisseurs : pratyahara et dharana ne sont pas Dhyâna, ni Samadhi -étant toutefois entendu que les huit branches sont parties d'un même arbre qui pousse simultanément de toutes parts... en absence d'un obstacle ou d'un coup de vent venant casser telle ramification et obligeant à une nouvelle harmonie (et/ou homéostasie) de l'ensemble.

4J'évite, ici, "double-contrainte", car dans la "névrose expérimentale" deux stimuli de force égale et opposée peuvent entrainer une sorte de catalepsie. Cette perception est directe, réelle et "correcte" quant aux stimuli. Dans le "double-bind" la perception est "incorrecte", inconsciente... ou "subconsciente" à la rigueur!

5Je ne puis résister au jeu de mots : comme tout le monde, dans un "monde" dont 95% des gens "normaux" vivraient à New-York et -voyageant- dépasseraient la statue de la Liberté pour se retrouver aussitôt dans le port de Shanghai!

10 avril 2012

Le Livre de la Sagesse (4/5-B)

Cup or faces paradox

=

 

Le fond et la forme s'engendrent mutuellement, tels le Yin-Yang.

 

Il importe de faire remarquer l'Ancienne Civilisation étant déjà entrée en décadence qu'il devint rapidement nécessaire "d'inventer" les notions de "jeune yin/vieux yin" et "jeune yang/vieux yang", afin de faire bien comprendre que cette relation est dynamique et que le Dao est, par définition, mouvement.

 

Nous poserons diverses questions idiotes :

 

- Pourquoi ne naissons-nous pas et ne restons-nous pas heureux tout le temps de notre existence ?

 

- Pourquoi les gouvernants s'acharnent-ils à faire le malheur de leurs peuples ?

 

Nota : ma formulation implique par elle-même un lien dont je tenterai d'éviter de tenir compte (du moins dans un premier temps). ma référence première est la fable du "chien et du loup", mais elle ne tient pas compte du phénomène de la domestication : un loup éduqué tel un chien ne peut pas survivre dans la nature.

 

Le but poursuivi sera plutôt une illustration de mon idée (mon "dada") de vouloir qualifier Alan Watts de taoïste, étant entendu que le Dao est un idéogramme chinois mais sa réalité universelle.

 

Afin de tisser les items, ils seront plusieurs fois utilisés sous des aspects, des niveaux ou des angles différents.  

 

16 avril 2012

Le Livre de la Sagesse (4/5-E)


Avant d'en venir au 5/5 des méandres de ma réflexion....

Alan Watts nous dit lui-même :

Mon propre travail, bien qu'il puisse paraître parfois un système d'idées, est fondamentalement une tentative de décrire l'expérience mystique, non pas de visions officielles et d'êtres supra-naturels, mais de la réalité telle qu'on la voit, et qu'on la ressent directement dans le silence des mots et du mental. («My own work, though it may seem at times to be a system of ideas, is basically an attempt to describe mystical experience, not of formal visions and super-natural beings, but of reality as seen and felt directly in a silence of words and mindings.»In my own way, p5)

Mon commentaire de cette citation précise -et séparé de tout contexte autre que mon propos- serait celui-ci : "l'officiel" et "le surnaturel" relève de l'inculturation, de l'acculturation ou des Soucoupes Volantes, mais pas de cette spontanéité naturelle et réelle (autrement dit, pouvant être décelé par des électroencéphalogrammes, des analyseurs de sang et je ne sais trop quel autre moyen du "genre pour cosmonaute", mais qui attesterait, voire prouverait, que "du réel" a eu un "effet" sur "du réel".... en dehors des mots, de tout système de croyance ou de toute élucubration du mental).

Tout ça seulement pour dire que je souhaite parvenir le moment venu, très bientôt, à susciter un autre écho qu'une réaction du genre "tiens? intéressant!"

J'ai déjà eu l'occasion de le dire : que ce soit comme "vulgarisateur" du Chan/Zen ou d'un transcendance ésotérique de l'opposition Orient-Occident, Alan Watts est dépassé depuis longtemps.

Il demeure la question de savoir quel est l'impact des mots "vulgarisés", quelle expérience personnelle intérieure ("ésotérique") en découle, quelle transformation, etc. ... quelle Voie ouverte sur laquelle marcher et non plus gloser.

&

Je tiens par avance à me défendre de passer sans cesse du coq à l’âne dans cette suite de réflexions suscitées et élevées par ma (cette fois-ci) lente lecture du THE BOOK, LE Livre : n'y aurait-il aucun lien d'interdépendance mutuelle entre un coq et un âne ?

&

Alan Watts, en soulignant l'importance de la Contemplation chez Aristote, m'a évidemment fait penser à Aristote lui-même, qui m'a fait penser à Pierre Hadot. Lequel me fit un choc aussi considérable que si j'avais lu à la une d'un quotidien "Les professionnels de la philosophie descendent dans la rue pour réclamer du gouvernement un peu plus de Sagesse!". J'en étais sidéré. Cette année là, 1996, je lisais systématiquement peut-être m'y avait-on abonné– le Magazine littéraire. L'un de ses numéros porte sur le thème «Le souci, éthique de l'individualisme» (345 - juillet-août 1996), dont l'un des articles titrait explicitement Le souci de soi, venant fortement nuancer cet "individualisme". Ma collection de cette revue doit être dans l'un ou l'autre de mes cartons. Il y a suffisamment de pagaille chez moi pour que je me risque à en ouvrir au hasard. Mais, via le Web, j'ai pu consulter une interview effectuée peut avant sa mort parPhilosophie Magazine (Propos recueillis par Thierry Grillet) dans laquelle, il déclare :

«D'où le reproche d'incohérence ou de mauvaise composition que les interprètes modernes, obnubilés par l'aspect systématique d'une pensée, ont souvent fait à l'égard de ces philosophes antiques. Je me suis rendu compte que les auteurs composaient, non pas pour exposer un système, une théorie parfaitement cohérente, mais pour produire un effet sur le lecteur ou l'auditeur. Ils voulaient faire travailler l'esprit de l'auditeur ou du lecteur pour qu'il se mette dans une certaine disposition. D'où cette mobilisation de tous les moyens rhétoriques et imaginatifs pour convertir*. ...on voulait convertir les disciples à des modes de vie bien précis.»

 *Souvenons-nous que Pierre Hadot "pense grec" et qu'il entend donc "conversion" au sens de transformation de soi (metanoïa) et non pas, bien entendu, de "credo"...

 

N'est-ce pas proche de ce Watts nous dit de son "own work" ? Et, tacitement, ne suis-je pas une manière de "disciple" du philosophe californien ?

J'ajoute qu'il déclare aussi «Je m'étonnais d'être moi, d'être là dans ce monde immense et inconnu, dont j'étais une partie. Romain Rolland a appelé cela le «sentiment océanique». Ai-je été prédisposé à la philosophie par cette expérience?»

Je m'étais réconcilié avec cette notion "océanique" via celle de "retour" de la Chine ancienne. Mais, dans ma jeunesse, on m'avait tellement rabattu les oreilles des tendances "régressives" de ma personnalité que "océanique" m'était devenu ... tabou.

Au fond, vision "synoptique" pour l'intellect

vision "océanique" pour le sentiment

vision d'inclusion et d'appartenance pour le corps... Dao.

 

 

 

12 avril 2012

Le Livre de la Sagesse (4-5-C)

Le Livre de la Sagesse (4-5-C)

 

Pour débroussailler le terrain, qui en a bien besoin, je propose d'aller voir ailleurs que dans l’œuvre d'Alan Watts.

Car, je pourrais dire que (particulièrement au long du Chapitre 5) qu'Alan Watts a copié sur Liezi et son si fameux Yangzu :

 

...il faut leur laisser toute liberté d’écouter, de regarder, de flairer, de goûter ; toute licence pour les aises du corps et le repos de l’esprit. Toute restriction mise à quelqu’une de ces facultés, afflige la nature, est une tyran­nie. Être libre de toute contrainte, pouvoir satisfaire tous ses instincts, au jour le jour, jusqu’à la mort, voilà ce que j’appelle vivre.

=

Il arrivera certainement à vivre plus longtemps, dit Yang-tchou. Mais, vivre plus longtemps, est ce un résultat qui vaille qu’on se donne tant de mal, que l’on fasse tant d’efforts ? Le monde a toujours été, et sera toujours, plein de passions, de dangers, de maux, de vicissitudes. On y entend, on y voit tou­jours les mêmes choses ; les changements même n’y aboutissent à rien de nouveau. Au bout de cent ans d’existence, ceux qui ne sont pas morts de douleur, meurent d’ennui.

=

Le monde a toujours été, et sera toujours, plein de passions, de dangers, de maux, de vicissitudes. On y entend, on y voit tou­jours les mêmes choses ; les changements même n’y aboutissent à rien de nouveau. Au bout de cent ans d’existence, ceux qui ne sont pas morts de douleur, meurent d’ennui.

...

Les anciens ne donnaient pas un poil à l’État, et n’au­raient pas accepté qu’on se dévouât pour eux au nom de l’État. C’est dans ces temps là, alors que les particuliers ne faisaient rien pour l’État, et que l’État ne faisait rien pour les particuliers ; c’est dans ces temps là, que l’État se portait bien. (Liezi.7) (ici traduction Weiger)

= = =

Mais, comme le note Cassandre, dans son http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1936

on ne manquera pas de me dire que

Lie Zi (4e siècle avant notre ère) et son « complice » Yang Zi (quand on écrit ce Zi là, on veut dire Maître, titre réservé aux penseurs et aux philosophes, attitude qui décrit une civilisation aussi bien que le fait qu’ailleurs ce même mot soit obséquieusement attribué aux avocats et aux notaires) sont définis dans notre langue par sept attributs : déterminisme, fatalisme, naturisme, épicurisme, scepticisme, égoïsme, pessimisme.

Il va sans dire que je ne partage pas les ardeurs militantes de Cassandre, dont je n'ai d'ailleurs découvert le site que hier matin, alors que je cherchais une traduction très "académique" de Liezi!

mais -c'est un autre fait- je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il aurait bien fait rigoler Alan par ces autres qualités de Yangzi:

Égotiste revendiqué, individualiste, hédoniste, trois nouvelles qualifications....

...on pourrait l’accuser d’athéisme ; comme, en outre, il refuse tout embrigadement, voilà que l’on n’a pas manqué quelquefois de lui attribuer un anarchisme vigoureux. Encore deux - ismes de plus.

ou encore cet autre paragraphe:

« L’attitude de Yang Zhu possède en outre un énorme avantage : elle a probablement épargné à ceux qui ont eu à la connaître de se débattre dans l’hypocrisie des sentiments. On voudrait même aller jusqu’à dire que l’on pourrait la qualifier, ce que quelques esprits mal informés affubleront du mot paradoxe, d’une parfaite selflessness.

Pour les hésitants : selflessness est un compliment immense et neutre. Il signifie, selon le Harrap’s, soit désintéressement, soit générosité. On est loin des qualificatifs du début. Certaines traductions sont, d’évidence, idéologiquement biaisées quand elles donnent comme résultat : abnégation (trad Google), dévouement, abnégation (Collins), altruisme (Larousse), ou bien pire : oubli de soi, priorité à autrui. Elles reflètent toutes, plus ou moins, l’idéologie poisseuse d’une « société du care  », cette société dite du « bien-être » dans laquelle de bonnes âmes (sic) veulent nous engluer.»

Je rappelle au passage que j'ai prétendu viser une réponse à la question : "Pourquoi ne sommes-nous pas naturellement heureux, dans une société, religieuse ou laïque, qui -et c'est bien naturel- ne veut rien d'autre qu'assurer le bonheur de chacun le temps de son existence?" Ou, après...

&

Découvrir la véritable nature du "Moi" et du tabou qui nous en voile le simple perception est en effet bon à savoir pour la santé et la paix de nos esprits mais aussi pour des raisons très pratiques en économie, politique et technologie. («This is important not only for sanity and peace of mind, but also for the most "practical" reasons of economics, politics, and technology.»)

&

Je renvois (publicité gratuite) à Le monde diplomatique, d'Avril 2012, au sujet de la réunion sur « le bonheur » organisée par le royaume du Bhoutan au siège des Nations unies, Olivier Zajec, dont je voudrais citer ces trois phrases : « En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue. »  1968, Robert Kennedy

 

«Comme l'écrit la CMPEPS, l'exigence de passer d'une évaluation de l'activité marchande à une évaluation du bien-être se fait plus pressante. (...) Les politiques devraient avoir pour but non d'augmenter le PIB, mais d'accroître le bien-être au sein de la société . Objectif qui ne remet pas totalement en question le PIB comme indicateur, mais implique de le transcender. Ce qui pourrait avoir des conséquences radicales. L'une d'elles serait la contestation du « modèle » américain, qui corrèle croissance et progrès. S'imposerait aussi le réexamen des mesures macroéconomiques monolithiques du FMI, fondées sur l'unilatéralisme des indicateurs classiques. 

 

L'économie libérale demeure un artéfact religieux et, comme tel, hésite à se priver de ses faillibles augures. Tant pis si ces derniers, marché ou agences, ont régulièrement besoin de victimes pour pouvoir « lire » dans les entrailles de la croissance.»

 

18 janvier 2012

Le Livre de la Sagesse (3/5)

(Petite note de transition & d'entrée en 2012)

Qui visiterait ce blog en cours de route risquerait, m'a-t-on fait remarquer, de ne plus retrouver "son Watts" -s'il en a déjà lu quelques livres, ou bien de se faire une idée totalement fausse de son œuvre -s'il ne l'a découverte que très récemment. Watts n'a jamais utilisé l'expression d'Apophatique générale, a écrit sur bien d'autres sujets que le seul Taoïsme ou que le "Taoïsme chan". Enfin, m'a-t-on dit, un visiteur ingénu ou peu averti serait en droit de penser que je passe un peu trop facilement du coq à l’âne, abordant des questions que ne traita nullement Alan Watts ou sans rapport avec le contexte culturel californien (qui fut la "Côte d'Azur" du nouveau défroqué de l'Anglicanisme américain, l’Église épiscopalienne). J'avais en tête de faire le point sur ces points qu'au Printemps ou à l’Été prochains.

Mais, je puis tout de suite en dire, ou redire, voire prédire quelques mots :

- je suis heureux et comme flatté que ce blog soit en lien avec Wikipedia. Et, c'est un fait, à l'occasion de mes billets, je puis être amené à fournir des informations rigoureusement objectives et vérifiés sur la vie ou l’œuvre d'Alan Watts, mais étudier Watts, c'est s'étudier soi-même. Je traite donc de "moi-je" dans ses réflexions comme dans sa vie. Au lecteur/visiteur de faire la transposition en sa propre voie (du moins s'il ne considère pas la pensée d'Alan comme un simple objet de discussion de salon ou de dissertation philosophique). J'avais comme voulu que Watts soit rangé sur Wikipedia dans la page "Taoïsme" et son existence s'est terminée alors qu'il écrivait à nouveau sur l'approche de cette notion à la fois "typiquement chinoise" et universelle de Tao (dao) - c'est un fait.

Mais, tant qu'à le ranger, "art de vivre heureux" conviendrait, quoique j'ai moi-même écrit dans mon bouquin que partout où l'on voudrait le ranger, il dérangerait...

- on pourrait s'étonner de me voir condamner tout prosélytisme et faire l'apologie de la pensée (& "non-penser") d'Alan Watts, qui d'ailleurs un problème de double-bind, double contrainte qu'exerce la société occidentale par l'injonction faite dès l'enfance à ses membres, -abordée dans le Book lui-même : Sois sincèrement toi-même comme tout le monde !

Mais, l'être humain est un être de communication (pas exclusivement sociale et/ou politique, toutefois, mais aussi écologique et mystique) ; et puis "philosopher" est aussi un plaisir d'échange verbale, de dispute d'idées et d'opinions, l'Agora...

- j'avais pensé que "Le livre de la Sagesse" me permettrait de faire pivoter ma réflexion pour cette raison que l'ouvrage est un résumé et comme une mise au point avant de tourner la page. Lorsque j'avais lu cet ouvrage, je l'avais dévoré (et bien rigolé) plus que vraiment lu, encore moins étudié. Cette fois, ne disposant que du texte anglais, langue que je comprends mais lentement, j'ai été contraint et forcé de constater que cette "mise au point" s'adresse au public américain, pourvu d'une mentalité américaine différente de la mentalité européenne et, singulièrement, de l'esprit français1.

Je ne vais pas pouvoir éluder cette difficulté et trouée d'incompréhension menant à croire acquis l'idée nouvelle, en raison de la possibilité de la ramener à une idée connue.

Je ne vais pas escamoter l'affaire ; je ne suis pas sûr de parvenir à l'élucider. Où clairement situer la cible que constituerait un axe mentalités française et américaine et un autre entre un pôle chinois du Dao et un pôle du Logos. Avec bien sûr -comme sur toute boussole, les quatre "intermédiaires" de la foi et de la science, de l'idéologie ambiante et de la créativité personnelle ?

Ouh! Là, là !

 

1Je n'ai rien contre (ni pour) "l'esprit français" ; je ne le prends pour cible emblematique qu'en ce qu'il fut un temps, voire plusieurs temps, où la langue française était la seconde, voire la première langue des beaux esprits, de l'Atlantique à l'Oural, pour reprendre une célébre formule du Général de Gaulle, et où nos philosophes conseillaient les puissants de ce monde. Ce "monde" étant l'Europe -et point final de la "civilisation"!

8 novembre 2011

Le Livre de la Sagesse (1/5) intro

 

On se fait toujours une idée des choses. L'idée que je me suis fait que ces choses qu'on appelle philosophie et sagesse, ou l'homme et la sagesse en sa philosophie remonte à loin : à Diogène de Sinoppe (-413-327) en son "tonneau", que je découvris dans un Illustré. Je ne me souviens plus si ce fut dans le magazine Tintin ou dans le magazine Spirou, mais je garde une image très nette d'un homme vautré dans une grande jarre et demandant à l'Empereur de s'écarter du soleil.

Il se trouve que certaines bonnes âmes faisaient à Alan Watts le reproche de corrompre les jeunes de Frisco pour les mêmes raisons que l'on eut l'occasion d'accuser Diogène de corrompre la jeunesse d'Athènes : son franc-parler, sa mise débraillé, la dissolution de ses mœurs, son excentrisme provocateur, sa rhétorique trop aiguë pour les oreilles habituées aux expressions bien-pensantes.

On peut se demander dans quel sens vient l'une de l'autre de l'autre : est-ce en raison de cette image, ou de cette idée, -"nama-rupa"- que j'ai été immédiatement séduit par celles d'Alan Watts ? Ou bien, ne parvenant pas à trouver en Occident un philosophe antique ou classique auquel je puisse honorablement associer Watts, juste pour le situer, comme ça, sans plus ? Je parle ici du Watts de la seconde période et non ce digne professeur que Kerouac montre en smoking dans ses fameux "Clochards du Dharma" (devenus "célestes" en traduction française) - digne mais conversant avec un couple de nudistes. Ce qui est déjà moins habituel pour un universitaire.

Le point que je veux relever est l'image "contestatrice" d'un philosophe antique jugeant les rayons du soleil de plus grand prix que celui des faveurs d'un Empereur (Alexandre le grand) venu le consulter. (On retrouve une idée similaire dans le Zhuang-zi -sinon que dans ce dernier ce ne sont que des envoyés de l'Empereur).

C'était un homme qui conformait ses dires à ses pensées, et faisait ce qu'il disait. Et, nombre de ses critiques de la Cité d'Athènes peuvent s'appliquer au Monde Moderne, à l'état d'esprit dominant dans le monde du XXI° siècle dit "moderne"1 : la compétition sociale, l'appétit des honneurs mais non le respect du sens de l'Honneur2, l'aliénation citadine de l'esprit de nature comme de spontanéité, etc. Je ne parle de tout cela qu'en cette question ci : comment placer les unes par rapport aux autres ces idées de sagesse (& philosophie), de pression sociale (& aliénation), d'illusion (& maya, nama-rupa), et ce qui en serait le contraire ou le dépassement : une idée de paradis.

&

Le paradis comme retour au monde adamique, au jardin d’Éden, ou comme bonheur terrestre ou élan vers l'à venir d'un monde meilleur peut être inscrit ou orné du sceau de la sagesse.

Watts y observait que "vivre c'est sentir le parfum des fleurs, écouter la mer, regarder les arbres frissonner dans le vent, escalader les montagnes, manger du pâté, boire du vin, caresser une jolie femme, cultiver son jardin, se servir de ses mains, méditer dans le silence, marcher lentement, éprouver le sens fondamental de l'existence dans l'émerveillement, surprendre tous les sons, sentir les nuages et les étoiles me caresser les yeux." J'y reviendrai pour replacer ces expressions dans leur contexte.

Mais, je viens d'un petit tour de surf sur Wiki, qui souligne l'idée étymologiquement marquée d'accroissement, s'accroître, octroie qui fait que, etc. et que l'on peut construire : que le fait de s'accroître provoque en lui-même l'accumulation des satisfactions, ce qui le mène au bonheur.

Certaines citations ou présentations m'ont ennuyé.

 

Deux m'ont sauté aux yeux et rejoint le cœur :

 

- « Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation. » (Nietzsche, Considérations inactuelles, II, 1874) Mais, l'ensemble de la citation faite laisserait penser qu'il s'agit d'un texte de présentation philosophique du Chan/Zen. Quelque chose comme une manière de dire clairement les choses tout en prenant garde de ne effaroucher le lecteur.

- Celle d’Épicure : Le bonheur est le "plaisir en repos" de l'âme (sérénité) qui naît spontanément de la satisfaction des désirs naturels et nécessaires, dont les deux plus importants sont, outre la sécurité et la santé, la sagesse et l'amitié. Mais, nous dit-il, "Il est impossible d'être heureux sans être sage"...

Entre stoïcisme, hédonisme (& ebodonisme bouddhique, pour reprendre l'expression de SC Kohn3), épicurisme et Diogène ou Watts, il y a beaucoup plus de convergences que de différences.

 

 

1Quoique pouvant me ranger moi-même socio-économiquement dans la catégorie des pauvres, tout est relatif : je ne souffre pas de la faim contrairement à nombre d'autres êtres humains et Alan Watts, quoique généreux, était riche.

2Quand on lit que Diogène se promena en plein jour avec une lanterne "cherchant un homme ayant gardé sa superbe", on peut remplacer "superbe" par "honneur"...

3On peut noter au passage sa définition "réceptive" et "active" de la contemplation zen comme Bonheur-Liberté.

 

31 juillet 2018

Devoir des Vacs d’Été 18 – 0,2

Un dernier point pour déblayer le terrain (non pas le cerner, tout demeurant en vrac) :

Le danger que pointe Alan Watts, très tôt après son arrivée aux USA est qu’à ne pas savoir mettre en relation (& fonction) les concepts, dogmes, valeurs, etc. l’étudiant et/ou l’apprenti chercheur spirituel s’interdit par avance toute expérience (toute prise sur le référent d’un signifié privé de signification pratique, « opérationnelle »).

Pour caricatural qu’il soit, mon exemple de la pioche et de son manche, montre bien qu’on peut étudier une pioche (ou la pelle d’un excavateur) séparément de son manche (ou de l’engin et son bras mécanique), on n’apprendra jamais comment s’y prendre (un « comment » assimilable à l’âme vivante de la chose, quelle que soit la nature de la dite chose, son genre divin, humain, animal, végétal ou … numérique et/ou robotique, etc.)…

Incidemment, il en devient impossible de renvoyer dos à dos, les essentialismes et les existentialismes, ainsi que le simple bon sens de la vie et ce que son quotidien nous invite, voire nous contraint à faire.

(Pour les visiteurs pas trop jeunes => c’est toute l’histoire du comique Fernand Raynaud « C’est fait pour ! ». Un enfant demande à son père pourquoi ceci, pourquoi cela, comment ça peut bien marcher, etc : rapidement dépassé, le père finit par se borner à répondre que « c’est fait pour ». Avec humour, quoique ne connaissant pas Fernand Raynaud, Alan Watts s’en moquait en le disant en français => la raison d’être.)

Au bout du compte, tout paraît dépendre de celui qui tient le manche !

Le point de vue de l’enfant, ou de l’animal, est toujours interessant : une grande part des questionnements de Wetering proviennent de la rapidité avec laquelle, lors de la Deuxième Guerre, des amis et quelques autres condisciples de classe, passèrent au statut de « pas hollandais comme les autres », à celui d’ « ennemis », à celui de « à embarquer dans des camions ». Pourquoi ? Parce-qu’ils étaient juifs ! En somme, des gens qui sont faits pour être mis dans des camions. (Pour l’enfant qu’il fut, je souhaite qu’il ne parvint pas à imaginer la descente des camions – tout moyen de transport ayant une destination ; c’est fait pour.)

Svabhoga et svadharma, c’est bien beau, mais ça devient quoi, dans ma pioche et mon manche ? Et, mon sifflement perçu au milieu d’un véritable vacarme, et qui ressuscite toute la force et la beauté de mon chien, où le situer ? Du côté du manche ou du côté de la pioche, ou bien du côté du terrassier ?

On peut se poser les questions. Sauf que je tiens à dire qu’en Tao, rien n’est fait pour ; ni n’a donc de raison d’être. (Autre que celle d’être là).

Inconvénient, je veux dire inconfort ou franc désagrément de parler ainsi :

je n’ai jamais entendu parler d’un terrassier qui se dirait, en lui-même, que « tiens creuser un trou, ce n’est pas une mauvaise chose pour se mettre en appétit avant l’heure de l’apéro » !

Ou, Bouddhâ se disant « tiens mettre en mouvement la roue du Dhârmâ, ça ne peut pas nuire avant la Délivrance » !

Et, ce mouvement qui carbure au Ki, pour l’univers, pourquoi indiquet-t-il à l’esprit humain de se stabiliser dans l’Immobile ?

17 août 2017

Apprentissage en philosophie 3/5

Ce n’est pas moi qui, laborieusement, m’efforce de mériter l’appellation plus ou moins contrôlée d’ « écrivain & essayiste », vais critiquer l’acte d’écrire – pas plus que celui de lire. Je lis beaucoup. Je n’en pense pas moins que nombre de racines d’une réflexion philosophique efficace (= traduisible naturellement et sans apprêt dans sa vie) se trouvent dans le banal, le puéril, le cocasse ; le bouffon est excellent observateur de l’âme comme du paraître de chacun (& lui-même).

L’Assomption, de quelques jours dépassée, en est une illustration parallèle ; d’un même mouvement, je voudrais revenir aussi sur le scandale du risque blasphématoire et profanatoire que vient de courir la sépulture du vénéré grand saint Salvator Dali (qu’il demeure en paix en son sous-sol cimenté, tout en nous laissant la lumière de son œuvre).

Quel point commun ?

Ce que voici : l’Assomption (pouvant sommairement se définir comme corps demeurant aussi immaculée que l’âme qui l’habita) est l’objet d’un culte, d’importance et de formes diverses, dans toutes les Églises et Sectes, dès le début du Christianisme. Il s’imposa de lui-même, allant de soi, aisément. (Qui ne vénère sa mère?) Les « problèmes » (entre églises et sectes chrétiennes) sont apparus (et maintenus vingt siècles durant!) quand certains se sont mis à vouloir fonder scripturairement la chose. Le texte comme garantie de solidité & valeur d’un sentiment (vision/intuition/conversion/métanoïa) intime et néanmoins partagé.

C’est par association avec le centre métaphysique & cosmique de l’Univers, situé quelque part entre le plancher et la coupole de la gare de Perpignan, centre qui illumina l’esprit du grand saint Salvator Dali – permettant la perpendiculaire création de la méthode paranoïa-critique, elle-même approximativement mais solidement définie comme « une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes »1 , immanquablement associé à l’immaculée Galla en personne, et Pujada del Castell en ville. Quand nonobstant, JE LU de Lui qu’il déclara au sujet de Dieu : « je ne crois pas, mais pratiquant »2. Ce fut un véritable Satori/insight. Applicable à la philosophie : il n’est besoin d’y croire (ou d’être agrégé de philo) pour en être pratiquant. D’AILLEURS, c’est la pratique « paranoïa-critique », qui m’a poussé à rédiger ce billet, en voulant me rafraîchir la mémoire sur l’Assomption.

Je traiterai ultérieurement de l’inévitable salle d’attente des trains qui n’arriveront jamais comme de ceux qui ne partiront pas, perpétuels trains en retard de la vie qui passe. Une telle salle existe certainement en gare de Perpignan. Je n’en sais rien, mais je le crois.

 

1Source Wiki

2A l’occasion de la parution de son Journal d’un génie, Salvator Dali.

19 janvier 2017

Alan Watts et le chômage

Travail, chômage, loisir, liberté

Quelques notes en vrac, le temps que je prenne en main mon nouvel ordinateur pas cher (occasion reconditionnée) - tout en sachant, selon les normes françaises, que s'affirmer a-politique revient à se positionner à droite.

Le travail est la chose la plus haïssable qui puisse exister, s'il ne s'agit d'une parturiente, autrement dit s'il ne s'agit d'une création, d'un libre effort. (C'est ici que l'avortement peut trouver sa justification : un travail qui serait subi et non pas libre.) Convivialité (avant de se définir en vin de l'amitié, à la fin d'une réunion du parti - simple exemple), convivialité fut le mot choisi par Ivan Illich pour désigner le fait que l'être humain soit maître de son outil plutôt que son esclave. Le lien étroit entre ce "travail" convivial et la créativité, la liberté de s'exprimer dans ses actes, que ces derniers soient de passer le rabot pour un menuisier ou de peiner sur sa calculette pour un architecte.

Le chômage résulte, non d'un manque d'emplois, mais d'une suppression d'employés. Pour éviter le chômage, la toute première solution serait -c'est assez évident, me semble-t-il- de cesser de mettre les gens à la porte de leur emploi. Des raisons économiques, il doit bien y en avoir; pourquoi en faire des ennemis du genre humain, des parties adverses de raisons humaines (humanitaires, si on tient à seulement condescendre de juger l'autre un frère en humanité).

Si tel ou un tel n'a plus de quoi s'employer, quelle chance! Il a du loisir. Par exemple, pour apprendre à chanter. Ainsi, le chômeur pourrait chanter pour entraîner ses collègues à "travailler" dans une plus grande allégresse.

Fervent admirateur de Salvator Dali, je sur-réalise un brin, poh! à peine une brindille. Alan Watts, par boutade, mais pour bien souligner qu'il n'avait rien contre la technologie disait qu'il adorait se trouver en pleine nature, pour peu que ce soit à moins de trente minutes d'un aéroport...

Revenu universel ou Crédit social, l'employé perdant la raison d'être de son emploi en "raison" d'un progrès technologique devrait être payé très exactement au salaire du travail que le robot réalise à sa place.

Prière de relire Matières à réflexion, avant vote !

Par rapport à nos critères franco-français, Alan Watts est de droite puisque traditionaliste, mais un dangereux gauchiste puisque libertaire.

A suivre, mais juste le temps de prendre en main mon ordinateur. Je m'en veux énormément de me laisser émouvoir par ces personnages de si peu d'envergure.

PS - Je ne pense pas que Watts l'eut dit (du moins publiquement), mais je pense que le droit de fiche des baffes à nos hommes politiques devraient être inscrit dans la constitution. D'ailleurs, je suis pour le retour de la peine de mort, principalement pour les délits de forfaiture politique ou pour délit de confusion entre promesse politique et attrape-nigauds.

 

8 mai 2017

Société et ‘bulle’ & Co 4/4 C et fin

D’un autre côté, si les vieux, parfois, sont aussi proches des enfants, et qu’ils se comprennent aussi bien, c’est simplement que les uns retournent d’où viennent les seconds : la non-existence.

Je fais partie de la société civile (expression devenue banale, tendant à accréditer l’existence d’une société politique, revêtue de la toge sacrale du Pouvoir1 – et de son exercice sur ‘moi pauvre citoyen’. Encore qu’inversement, je ferais facilement mienne cette définition : Le vice capital de la patrie est d'être impuissante pour responsabiliser les ministres (Cormenin,Ds Robert G. Mots et dict. t. 8 1973), trouvée dans le Cnrtl)

En fait, pour ma part, je me sens surtout citoyen du monde, de l’Univers entier, le Cosmos, qu’il s’y cache un ou plusieurs dieux, ou que ces dieux lui soient extérieurs, ou les deux (immanence aussi bien que transcendance).

Je n’en déduis pas que j’ai une responsabilité quelconque dans le passage d’un gros météorite, dernièrement, « à proximité » de notre planète. S’il avait percuté la Terre, des millions de vivants seraient passés à trépas – euphémisme de ‘réduits en bouillie’.

Ça, ce n’est pas mon boulot de citoyen du monde. Dans le cadre d’un roman S-F, le camarade/frère scientifique se chargerait de lancer une fusée, pour dévier la trajectoire. Je serais de tout cœur avec lui. Seule aide que je puisse lui apporter, dans le cadre d’un roman S-F comme dans ma réalité immédiate très ego-centrée (qui, dans l’instant immédiat de mon écriture, est d’avoir du mal à rallumer ma pipe).

*

La dernière mission/fonction/utilité/fantaisie de citoyen du Monde, que je considère devoir remplir est de servir la Paix mondiale, principalement en célébrant la planétisation des consciences, très accessoirement, pure perversité sadique : casser du sucre sur le dos des politiques français, chaque fois qu’ils oublient les responsabilités mondiales de l’entité « France » ou que leurs incompétences géopolitiques, leur culture internationale insuffisante, laissent à penser qu’ils les oublient, ou – sait-on jamais, qu’ils n’en tiennent pas compte par intérêt ou ambition.

La devise très taoïste, très façon Lao-zi ou Lie-zi : «Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins» n’impliquant en rien qu’il doive être faible. Au contraire ! La catastrophe politique est en vue lorsque les préoccupations électoralistes et/ou idéologiques décident.

 

Post Scriptum

 

Avec ce billet, ce blog prend fin. « Variations » va lui succéder, dans une quinzaine.

Bien entendu, si mes surfs croisent de nouveaux articles, je les signalerai ici, même si je ne les fais pas du tout miens.

Dès que possible, j’établirai une liste de tous les documents, opinions, réflexions dont j’ai connaissance. Que je sois d’accord ou pas.

Tout l’inverse de VARIATIONS. Sauf, exceptionnellement (à des fins critiques), je n’y mentionnerai que des textes avec lesquels je suis en accord, voire que je souhaite faire miens, les intégrant et les assimilant d’un point de vue ou d’un autre à ma réflexion. (Mon poème en prose d’avant mourir, pour paraphraser le poète japonais Bashô (1644-1694)

1Et, ses liens avec la société économique, la société de l’information, etc

27 mars 2017

Sur Vallejo

 L'intérêt de cette vidéo n'est pas dans les idées ou les notions évoquées, très sommairement d'ailleurs. Il est, selon moi, dans le comportement d'Alan Watts lui-même, sa difficulté à prendre la pose d'un "philosophe", puis son plaisir de jouer, sa difficulté à garder son sérieux et contenir son envie d'éclater de rire. (On peut penser à Sivananda posant en tenue d'esquimaux ou faisant mine de conduire un scooter, et autres pitreries. Pour ma part, je me souviens de l'une des premières conférences de Maître Deshimaru pour "expliquer" za-zen : j'avais mal au ventre à force de me tordre de rire, quand il soulignait la différence entre "bonne" position - entre tension et détente - par rapport au pratiquant trop crispé ou trop avachi !

 

Alan Watts Philosophe

6 août 2016

Dernier billet 1/2

Il y a l'ego tel qu'il naît de lui-même génétiquement programmé en existant, mais aussi tel qu’il se forme culturellement dans sa relation à tout ce qui n'est pas lui, tout ce qui est « pas-mon ego », tous les non-egos pris individuellement comme tous les non-egos entendus comme des Ensembles ou des champs dynamiques d’éléments divers en interdépendance.

La formation et le développement de cette conscience d’ego (dans sa relation à tout ce qui n’est pas lui) s'effectue dans le cadre d'une société.

Cette société est avec ou contre la nature.

Elle raisonne en termes d’inclusion ou d’exclusion, de dualité ou de non-dualité, d’entre-aide ou de compétition, d’interférence ou de cloisonnement, et cœtera

Elle encourage ou décourage tout comportement physique ou mental qui laisse à penser qu'il y a en nous soit quelque chose de directement et intrinsèquement spirituel, ou qui serait une ouverture cachée à la sphère de l'Esprit. « Quelque chose » qui puisse, en résumé, désigner une sorte de programmation génétique permettant de s’ouvrir naturellement à l’Esprit, dont la philosophia perennis donnerait les clefs d’accès, d’accès à l’Esprit déjà là mais ignorant de Lui-même – qu’Il soit inclus dans le Cosmos ou qu’il lui soit extérieur d’une manière quelconque.

Alain Daniélou, dans son Polythéisme hindou1 énumère les six possibilités métaphysiques que propose l’Inde :

« 1) Dieu est dans le monde, de même qu’il y a du fil dans le tissu.

2) Le monde est en Dieu, de même que le tissu est dans le fil.

3) Le monde est Dieu ou Dieu est le monde, de même que le tissu est le fil et qu’il n’y a point de tissu sans fil ni de fil sans tissu.

4) Le monde et Dieu sont distincts, de même que le tissu est autre que le fil.

5) Dieu est distinct du monde mais le monde n’est pas distinct de Dieu, de même que le fil peut exister sans le tissu, mais non pas le tissu sans le fil.

6) Il est impossible de déterminer si le monde est distinct de Dieu ou non, de même que nul ne peut affirmer si le fil et le tissu sont distincts ou non. »

 

La première chose qu’il est permis de remarquer dans cette énumération est l’absence du Grand barbu et Père fouettard que dénoncent le laïcisme agressif et l’athéisme militant, pas plus d’ailleurs que le dieu freudien castrateur ou culpabilisant – obligeant à consulter le psychothérapeute.

De mauvais esprits pourraient néanmoins signaler qu’en pratique les auteurs & prophètes de la Bible, des Évangiles ou du Coran paraissent bien avoir anticipé Papa Sigmund !

Maintenant, en remplaçant « Dieu » par « Idole Économie », le choix des options demeure fonctionnel. En un peu plus compliqué, car « Idole Économie » est-il intrinsèquement en bourse, en paradis multinational ou entre les mains de politiciens imbues d’eux-mêmes mais incompétents ou corrompus ?

That is the question !

1Le polythéisme hindou, Alain Daniélou, Buchet/Chastel, p 72

27 mai 2016

Reprise Psy Or Occ - 02,2

Une large part de Psychothérapie se trouve déjà, à l’état embryonnaire, en 1940, dans Signification du Bonheur, clairement exprimée par son sous-titre « La Recherche de la liberté spirituelle dans la psychologie moderne et dans la sagesse de l’Orient. ».

 

Il est piquant et passionnant de mettre trois points en parallèles :

Sur la fin de Signification, Alan Watts cite St. Athanase1 : « Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse être fait Dieu. »

De 1939 à 1941, Watts côtoie fréquemment Sokei-an Sasaki, son second « maître zen », Ecole Linji/Rinzai, (le premier étant Chrismas Humphreys). Il ne peut ignorer que Sokei-an Sasaki (par ailleurs mari de Ruth Fuller Sasaki, belle-mère d’Alan Watts, pour son premier mariage) a écrit « qu’il n’y a pas de moi dans l’homme ni dans le dharma… C’est pourquoi ce qu’on appelle les deux sortes de non-moi signifie qu’il n’y a pas de moi en l’homme et pas de moi dans les choses. »

« Prétendue psyché » est l’expression utilisée en préface de Psychothérapie...2

 

L’avantage de Signification est sa simplicité, sa construction provenant d’un assemblage et d’une mise en forme de diverses conférences qu’il prononça à son arrivée aux USA, pour éviter de dépendre totalement de sa richissime belle-mère. Cela dit, une large part des thèmes de l’ensemble de son œuvre y sont présents : l’homme civilisé se croit divorcé de la nature, mais ce n’est que vaine prétention (p 263) car l’ego est une fonction et non un « soi », la véritable identité à la source de son petit « soi » étant infiniment plus profond et grand que celle de l’individu. Lequel demeure inconscient qu’en une seule cellule de lui-même se trouve tout l’univers. Son « âme » procède d’une seule et même énergie (p 266). LA religion n’est pas celle qui enferme dans les murs institutionnels, mais celle qui mène, amène et entraîne vers la liberté et le bonheur du royaume de Dieu, en nous, « microcosme d’un macrocosme », « par un acte de foi en son propre univers, lorsqu’il fait lever le soleil de son acception sur le mal et le bien qui sont en lui » (p 250).

Un an plus tard, les USA étant entré en guerre à la suite de l’attaque de Pearl Harbor, il n’est pas sûr que Signification aurait obtenu le même honorable succès. (Pendant la guerre, Alan Watts fit ses études de théologie. Sokei-an mourra dans un camp d’internement, l’influence de Ruth Fuller Sasaki n’y pourra pas grand-chose.)

 

Un autre avantage de Signification (par rapport à Psychothérapie) est son sérieux. N’ayant pas encore fait « le tour de la question », Alan Watts n’a pas encore à «contenir son envie de rire ». Il utilise bien des notions ésotériques, mais d’origine théosophique. Malheureusement, la difficulté « théosophique » provient du fait qu’à vouloir se centrer sur l’ésotérisme, elle a crée ipso facto un exotérisme nouveau (teinté de syncrétisme). Dans une première approche, on peut faire la même remarque à propos de Krishnamurti et de Chogyam Trungpa. Inversement, on peut constater qu’à vouloir tout démystifier (« exotériser », si je puis dire), on encourt le risque de devenir incapable de percevoir l’identique derrière ses formes multiples. Ou, corrélativement, par exemple, de percevoir qu’elle est le caractère exact du crime – métaphysique – dénoncé dans un texte tel que « Meurtre dans la cuisine » (contenu dans « Matières à réflexion »).

Nota : Ce dernier alinéa, car je viens de découvrir, avec une certaine tristesse, que le problème des conditions de l’élevage et de l’abattage des animaux est toujours d’actualité en France.

1Athanase d’Alexandrie (298-373), époque où l’on s’interrogeait sur la divinité du Fils de Dieu.

2« Prétendue psyché » peut être entendu au sens d’ahamkara (faux-moi, ou moi-qui-force-à-dire-je) ; ce qui renvoie aussi au yogacâra, lequel n’implique pas que tous nos objets de conscience sont faux, illusoires ou mystificateurs, mais seulement que notre conscience d’être un moi-je est une lunette d’observation dont les verres sont généralement embués ou rayés ou colorés, etc. C’est à ce « changement de lunettes » que fait allusion Alan Watts lorsqu’il dit que la part de nous-mêmes qui voudraient changer les choses est précisément celle qu’il faudrait changer !

3Dans la collection Médiations, chez Denoël-Gonthier.

2 mars 2014

Psychothérapie Orientale et Occidentale - 00

Présentation

Ce livre n'est pas exactement un livre charnière mais plutôt quelque chose comme la fin de course d'un pivotement amorcé en 1956/publié 1957, lorsqu'il écrivit The Way of Zen (traduit improprement par Bouddhisme zen ; « Taoïsme chan » aurait aussi bien convenu, cependant qu'à vouloir à tout prix ne jamais traduire littéralement, The Spirit of Zen correctement traduit par L'esprit du Zen, aurait supporté sans dommage d'être rendu par « Le Bouddhisme zen japonais »).

Après Psychotherapy East and West, 1961, on peut dire qu'Alan Watts est définitivement devenu un Taoïste philosophe. Je dis bien un « taoïste philosophe » et non pas un « philosophe taoïste », fut-il d'Occident. Ceci afin de bien souligner qu'il est taoïste d'abord, s'exprimant dans un style philosophique ensuite, tel Li Bo (701-762) exprimant par la poésie la voie qu'il emprunte pour marcher – tout imbibé de nature, d'amitié et de vin ; ou, pour le dire d'autre façon : l'éternel dans les aléas de son existence mortelle.

 

Et, puisqu'il est question de poésie, et faire pendant à Ryôkan, je voudrais citer Baudelaire :

« Notre âme (…)

« crie:
«Amour... gloire... bonheur!» Enfer! c'est un écueil!

« Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
« Est un Eldorado promis par le Destin;
« L'Imagination qui dresse son orgie
« Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.

« Ô le pauvre amoureux des pays chimériques! »

(2ieme partie, sur 8, du poème Le Voyage, de Charles Baudelaire.)

… le sens de l'Histoire occidentale comme Chimère !

La disparition de la conscience de l'ego séparé par la disparition de ses objets (ou la prise de conscience de leurs caractères illusoires), comme synonyme de « moyen » de l’Éveil et/ou Libération, est l'idée de Ryokan. La déception engendrée par l'idée de Progrès historique, celle de Baudelaire.

Voilà pour le cadre métaphysique, qui se dit souvent bien mieux par le poète que par le philosophe ou le théologien.

Pour ce qui est du psychologique, dès sa préface Alan Watts se demande si longtemps encore « ...l'étude d'une prétendue psyché pourra encore faire partie de la science. » compte tenu de l'évolution des sciences humaines depuis les débuts du XX° siècle.

Voyons quelques jalons que nous retrouverons en cours de lecture du texte :

– la toute première paraît bien être qu'il existe deux manières différentes d'envisager la « Psychologie »

– une psychologie A, comme science citadine plus que rurale (corrélativement, le pouvoir homéostasique, donc thérapeutique, qu'une vie en symbiose avec son environnement naturel renforce – quoiqu'il faille sans attendre souligner que vivre au milieu de moustiques, serpents vénéneux, etc. ne soit pas particulièrement un gage de santé. Ce qui implique la nécessité d'une adéquation synergique de l'organisme humain à son environnement, et réciproquement ! Cette réciproque pouvant être l’œuvre de l'action humaine, qui pose du même coup la question de savoir s'il vaut mieux vivre dans la jungle, les fumées industrielles ou dans l'Océanie des tableaux de Gauguin.)

et

– la psychologie B – comme aisance d'être, ou « épanouissement de soi », bonne santé tant physique que mentale, etc. (corrélativement, la possibilité d'une affection morbide, - d'un désaccord entre soi et son environnement donc de la nécessité d'un « soin » thérapeutique) quel que soit les lieux, temps, fonctions, espaces.

– que dans l'usage de l'expression « potentiel humain », il faut entendre « animal et divin » ; que le refoulement et/ou la répression est aussi dommageable dans la part spirituelle de l'être humain que dans sa part sexuelle et/ou animale.

– que toute approche systémique de l'humain devrait logiquement inclure cette animalité et cette « divinité » et/ou spiritualité de l'humanité.

Je ne produis cette énumération qu'afin d'affirmer que nous ne sommes nullement condamnés à une image de L'Homme Unidimensionnel, dont l'ouvrage du même titre de Herbert Marcuse paru en 1964, trois ans après Psycho..., etc. ou à une vie dans la crainte de l'Inquisition normalisatrice des Adorateurs du Veau d'Or.

– car cette inquisition exista dans les années soixante en Europe, particulièrement en France pays de la Raison cartésienne : elle s'attaqua (usant d'actions psychologiques et psychosociologiques spécifiques) à la maladie du Paternalisme ; laquelle consiste à penser qu'un patron, une direction d'entreprise, etc. ont une responsabilité éthique quasi familiale, à l'endroit des ouvriers, employés et collaborateurs beaucoup plus importante que le chiffre d'affaire ; et que la mise en chômage de ceux là même qui ont permis les heures de bonne fortune est une indignité. (Watts pensait que l'homme devrait être payé pour le travail qu'une machine fait à sa place.)

– Nous aurons probablement à poser la question : l'ésotérisme, une initiation ; mais à quoi ? Et d'y répondre : la liberté de l'esprit, tel le passeur de Zhuangzi, manœuvrant tel un dieu ou le nageur qui oublie l'existence de l'eau « même sans avoir vu un bateau » (Les philosophes taoïstes, La Pléiade, T I, p 223), dont Jean Levi, dans ses Propos intempestifs Allia, p 79) qu' « Il l'oublie parce-qu'il y baigne comme dans son élément naturel. Oublier le milieu, s'oublier soi-même et ne plus voir son moi agissant, tel est l'impératif d'une vie pleine et libre selon Tchouang-tseu. »



Nous verrons bien où nous mènera la relecture de Psychothérapie Orientale et Occidentale.

Ryokan, en hommage à Zhuangzi, écrivit ce poème :

     « Ce qui est approuvé hier,

     On le nie aujourd'hui. (…)

     L'idiot s'accroche à son pilier

     Et, où que ce soit, il ne voit que différences.

     Le sage sage atteint leur source,

     Promène sa pensée et passe son temps.

     Qui ne reconnaît ni connaissance ni ignorance,

On peut l'appeler alors l'enfant possédant la Voie. »

(Ryôkan moine zen, par Mitchiko Ishigami-lagolnitzer, CNRS Éditions, p 107)



En 1960, lorsque Alan Watts signe Psychothérapie orientale et occidentale depuis sa maison des Monts Tamalpais, il est heureux et libre. Il y connaît le bonheur depuis quelques années, libre de toute contrainte institutionnelle et financière, pourvu d'une audience bien plus grande que celle à laquelle il s'attendait. Il a trouvé en Mary Jane (dite Maryjo) l'épouse qu'il cherchait dans toutes les autres femmes. Il est heureux sur tous les plans.

29 janvier 2014

Trajectoire & Cheminement 2/3, B

Trajectoire & Cheminement 2/3, B

Je rappelle que l'objet de ce blog est la philosophie d'Alan Watts - une métaphysique (et sa sous-catégorie théologique et religieuse comme moyen d'accès au Sacré), une éthique (et/ou une psychologie personnelle des états de conscience permettant d'utiliser ces accès au Sacré comme d'une psychologie globale, donc l'ensemble des prétendues sciences humaines, de l'être humain affronté aux conventions sociales, prostituées depuis deux-trois siècles aux contraintes économiques), un art de vivre dans l'air du temps à proportion du parfum d'éternité qu'il porte, et bien des choses encore si l'on définit la philosophie comme un Savoir total et une Sagesse ; lesquels par ailleurs ne sauraient être vraiment planétaires si elles ne sont une pensée/vie amérindienne, arabe, bantou, chinoise ou esquimaude autant que grecque ou greco-cartésienne révisée et adaptée aux servilités de la mondialisation des banques.

Et, je rappelle ainsi que la trajectoire d'une boule de pétanque ou d'une boule de billard, l'impassibilité ou les mouvements d'humeur de Sa Gracieuse Majesté britannique n'ont ici leurs places qu'en ce qu'ils servent mon propos et ma propre existence... marquée ces temps ci d'une humidité ambiante favorable à la perception de rhumatismes, de mes rhumatismes personnels à moi. Vous, c'est peut-être un rhume, le démarrage difficile de votre automobile ou votre imperméable qui ne l'est pas assez sous la pluie...

Car, tout étant lié dans cet univers phénoménal, l'actuelle Reine d'Angleterre est une passionnée de cheval. (Et, l'association d'idées superficielles s'impose : Alan Watts a fait ses études de collégien à l'ombre de la Cathédrale de Canterbury et du sous-chef de l’Église d'Angleterre.) Une bande défilante, symbolisant toute la fougue de la Tamise – sur laquelle reposa des siècles durant toute la puissance économique et militaire de l'Angleterre – représentait un cavalier galopant sur l'un des ponts, se cabrant et (je suppose) s'élançant dans les airs. Malheureusement, pour mon œil de téléspectateur que tout laisse penser disposé sous le même angle de vue que celui de la Reine, une mauvaise disposition de cette bande donnait beaucoup plus l'impression d'une chute dans le fleuve qu'un bond dans le ciel ! On comprend l'émotion de la Reine et son interpellation gestuellement vigoureuse du Chef des cérémonies... La Reine dont on se souvient qu'elle sut maîtriser sa monture alors qu'on lui tirait dessus, lors d'une visite au Canada. La Reine s'aperçut immédiatement qu'il s'agissait de balles à blanc, mais pas le cheval, déjà passablement énervé par le défilé, les flonflons comme les cris de la foule. Obtenir d'un cheval qu'il retrouve rapidement tout son calme dans de telles circonstances n'est pas à la portée de n'importe quel cavalier... Et, il est connu que plus jeune, Élisabeth II était du genre casse-coup que ce soit à cheval ou en voiture automobile (dont elle était capable de vérifier la mécanique).

Toute la question, - d'accord !-, est de savoir si je suis en train de défendre la Monarchie, de faire allusion au problème théologique de l'efficacité d'un rite : dépend-il de la sainteté de l'officiant ou de l'exactitude de son exécution ? Ou bien encore – pourquoi pas ?– des réflexions assez acides d'un Alain Danielou sur ces intellectuels qui refond la société ou l'univers, mais sont incapables de réparer le moteur de leur automobile ou d'affronter le danger avec une bonne aisance. Est-ce une question de nerfs, de savoir faire avec son psychisme ou d'une foi fondamentale dans le sens de son existence ? Il n'est pas interdit non plus de s'interroger sur la naissance comme irréductible opposé de la mort, et sur la mort comme simple aspect de la vie elle-même...

Psychothérapie orientale et occidentale date de 1960, et appelle une certaine mise à jour. Les dites sciences humaines ont évolués ces soixante dernières années ; la pensée chinoise (dont vient le Chan/Zen) est mieux connue et, dans son ensemble, la sinologie française commence de s'intéresser à la Chine plus qu'à la sinologie ou un orientalisme aux préoccupations coloniales. (A cet égard, l'Orientalisme de rêve ou d'utilité guerrière s'est déplacé vers le « Monde arabo-musulman », du reste beaucoup plus musulman que numériquement arabe ; et, on en parle peu, l'étude de l'Occidentalisme à des fins militaires, par les anciennes colonies américano-européennes est une réalité.)

Je voudrais souligner qu'à mon avis cette pique anti-orientalisme est en congruence avec mon propos, si l'on considère avec Zongmi (780-841) que notre esprit, telle une perle de Claire Lumière en son essence, a la fâcheuse tendance de se colorer ou de se noircir au contact de son environnement chromatique. (cf. Bernard Faure, Bouddhismes, philosophies et religions, Flammarion, p 236-294)

Ou, autrement dit, qu'une trajectoire peut aisément se faire mousqueterie, jeu de ping-pong ou de billard, astronomie ou astronautique. On me dira que je mélange les torchons et les serviettes. Ce sera justifié. Les actuelles réalisations touchant à l'astronautique ou à l’astrophysique n'ont plus rien à voir avec les premiers Spoutniks, bien que le terme de « lancement » ait été maintenu.

Je reviens donc à la question mal posée dans le dernier billet de cet ''intermède'' mais que je conserverai présente à l'esprit tout au long de mon étude de Psychothérapie, afin de l'avoir à l’œil et de m'en défier.... : la Tradition (cosmologique, rituelle, initiatique et théophanique) peut-elle résister aux assauts humanistes, machinistes, scientistes, laïcistes, anti-ritualistes, anti-écologiques et anti-téléologique1 du Monde Moderne ? Poser ainsi les questions (philosophiques ou supra-philosophiques) revient à entrer dans une impasse en bloquant l’accélérateur au plancher.

Les difficultés d'une Claire Lumière, ou d'un éveil potentiel déjà là mais soigneusement camouflé – perturbé par les cinq sens (cinq couleurs) et ce patchwork plus ou moins artistique qu'est le mental

(=> entassement des nœuds de vipères d'émotions fluctuantes, d'idées abstraites figées et de représentations diverses qu'est le mental) individuel égocentrique retranché en ses murs, dénués de la moindre ouverture à un Mental Écologique et Cosmo-centrique.

Par « mental écologique », j'entends ici la perception consciente de ce que l'Inde appelle koshas, revêtements de l’Être, et la Chine les wuxing, les Cinq éléments animés des changements incessants du Yin-Yang... notre corps avec le corps du monde... dans l'alternative de se suicider ou de tuer pour manger... de résonner positivement ou négativement, esthétiquement et affectivement, sous la stimulation des objets de perception de nos cinq sens... et, pour s'en féliciter ou s'en lamenter, confronté à l'Inconnu qu'est l'expérience spirituelle, qu'on l'appelle sahaja (état/action naturels) avec l'Inde ou ziran (de soi-même ainsi/spontanéité 'intérieure' =/= des réponses aveugles aux stimuli externes)...

Ou, pour reprendre Alan Watts lui-même : Accepter de répondre à l'Invitation à la danse, la cosmique tai-ji quan. L'exercice conscient de soi sur soi-même peut y aider en en montrant les limites. Mais, « le spirituel » qualifié par Watts d'érotisme polymorphe, se développe de lui-même dès que l'âme est restituée au corps et que l'individu cesse de s'identifier avec l'ego. Ce qui consiste à assimiler le corps d'un sage à celui d'un enfant « qui va sans savoir où il va, et se tient tranquille sans savoir ce qu'il fait. Il se confond avec ce qui l'entoure et il en suit les mouvements. » (cité dans Psycho... pp 165-66... voir, par exemple, Les philosophes taoïstes, La Pléiade, p164 ; depuis 1980 diverses traductions et commentaires du Zhuangzi/Tchouang-tseu ont été proposés.)

Au fond, dans cet échange de « psy/spi » orientale et occidentale, l'intérêt est d'apprendre l'art et la manière de repérer du premier coup d’œil le point commun dans ce qui survient au dehors ou en nous, l'harmonie unifiante si bien cachée dans des « choses » aussi différentes que le jeu de billard et le jubilé de Sa Très Gracieuse Majesté Élisabeth II d'Angleterre...

 

 

1Je viens d'utiliser ce concept presque pour la rime ! Mon idée est plutôt en amont (quoique évidemment étroitement liée avec tout ce qui touche une approche écosystémique de notre planète) : le monde n'est pas vide de sens, mais une ensemble de signes changeants, en mouvement, qu'il nous appartient de déchiffrer selon notre « svadharma », notre nature (svabhoga) et devoir propres. C'est ici que l'aspect « existentialiste » du Chan/Zen reprend son utilité descriptive, quoiqu'il reste à examiner si dans un monde « dérégulé » être libertaire ne revient pas à rappeler l'utilité pratique de certaines valeurs telles que l'Honneur, le Respect et l'Obéissance (étant entendu que la désobéissance civile est une Obéissance supérieure).

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